Publié dans Cahier du matin, Créavie, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Un troublant été

Méditation pour un cahier

Voilà. C’était écrit.
J’arrive à la dernière page et à la ligne ultime de mon cahier.
C’est toujours un petit deuil de terminer un cahier,
surtout celui-là,
à la couverture argentée,
car j’ai eu beau chercher dans toutes les librairies-papeteries de la ville,
je n’ai pas trouvé le frère qui lui ressemble.
J’avais acheté ce cahier à Florence,
dans une petite ruelle transversale au Palazzo Vecchio,
non loin d’une église
dont le soleil d’août
rassemblait les étincelles des tuiles
en un bouquet roux.
Mais ce cahier ne doit pas me faire oublier que chaque cahier est unique,
qu’il soit le précédent
ou le suivant.
Aussi le fermer équivaut-il à clore la fenêtre d’une énième maison de vacances
dans laquelle je ne reviendrai pas de sitôt.
Je le relirai dans six mois peut-être,
avec suffisamment de distance
pour le considérer comme le journal de quelqu’un d’autre.
Je dresserai un sommaire de mes idées essentielles,
réunies en un titre évocateur pour mon cœur.
Je soulignerai les passages qui m’étonnent
avec une encre brillante.
Je suivrai le chemin de mon écriture jusqu’à celle que j’étais
à un moment précis, dans la couleur du jour où j’écrivais.
Je retrouverai ce cahier comme la chambre d’un ancien été
après avoir longtemps voyagé.
C’est ainsi que je vieillis
de cahier en cahier.
Chaque jour vécu est une page tournée.
L’écriture est une traversée de ma vie
et j’accepte ce destin
sans mot dire.
Certes, il y aura bien d’autres cahiers à la suite de celui-ci
car comme je vais écrire, je vais vivre.
Je me vois relier plus tard tous mes cahiers
avec un long fil argenté,
le fil de la vie,
car ce geste aussi,
il est écrit.

Géraldine Andrée