Elles vont vite,
les mains de ma mère…
Elles suivent
un chemin de velours clair.
Voici, sous l’aiguille frêle,
une layette
ourlée de fils blancs :
j’ai deux ans.
Puis une robe de laine
bleue avec des rubans
rouges comme mes joues :
j’ai sept ans.
Les années me font grandir.
Ma mère ajuste
ma robe fleurie :
j’ai dix-sept ans.
Pour les lampes
des soirées,
ma mère coud
une robe qui scintille.
Le temps d’aimer,
de parcourir le monde,
avec une jupe qui danse
au-dessus des genoux
file tel
du vif-argent
sous les doigts de Maman.
J’ai vingt-cinq ans.
Et la pédale
de la machine à coudre
Singer,
noire de jais,
scande
les secondes.
Qu’importe
que l’ultime point
se soit enroulé
autour de lui-même
et que les doigts aient perdu
la trop fine aiguille
dans la nuit
parce que les yeux
n’y voyaient plus.
Ma mère
par la fenêtre
de ma mémoire
garde le talent
de coudre le Temps
éternellement.
Géraldine Andrée
