Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Le secret

Depuis que tu n’es plus,
tu n’as jamais été aussi présent en moi.
Tu demeures dans l’ombre profonde
de mes souvenirs,
de mes poèmes appris par coeur,
de mes désirs,
de mes regrets aussi.
Tu sais désormais les prénoms
de mes amis que tu n’as pas connus,
quelques fautes
que je me reproche encore
et que tu ignorais
du temps de ton vivant.
Maintenant que tu gardes le silence
pour toujours,
je t’avoue tout.

Parfois, j’entends ta voix,
tes conseils,
des expressions qui ne peuvent venir
que de toi,
mais je me garde bien
de les révéler au monde.
Qui comprendrait ?
Pour tant de gens,
tu as disparu.
Alors, je me tais.
Je te laisse m’habiter.
Depuis que tu es parti
une nuit de novembre,
chacun de nous
est devenu
le secret
de l’autre.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Chambre de la douleur

Relire Chambre de la Douleur de René-Guy Cadou,
un poème que j’ai lu et expliqué dans un devoir quand j’étais adolescente,
un poème que j’ai ensuite oublié
sur mon chemin parsemé de rendez-vous avec d’autres poèmes,
un poème qui me rappelle le feu des soirs anciens, la lampe et le visage de mon père,
un poème qui me revient comme l’ami
pour me dire qu’on ne mesure pas toujours l’importance
de ce qui est essentiel dans notre vie,
tel le poème Chambre de la Douleur
qui a habité ma chambre
de toute sa présence
dans cette nuit de deuil entre
le onze et le douze novembre.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La porte de la petite armoire

La porte de la petite armoire vitrée demeure ouverte depuis plus d’un an, selon le même angle, comme si tu étais juste venu y prendre quelque chose – un clou, un tournevis, un outil.

Et je cherche sur la table l’ultime objet que tu as posé, mais je ne le trouve pas car il se confond avec tant d’autres objets que tu as placés là, des mois avant lui.

Telle est l’absence :
une porte ouverte dans l’invisible
et qui fait revenir le dernier souvenir
parmi d’autres souvenirs qui lui ressemblent.

Géraldine Andrée