Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Journal de la lumière, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le journal des confins, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Méditations pour un rêve

Regarde-toi dans la page

Devant le miroir de la page

La page de ton cahier de chevet à la fin de ta journée est comme un miroir éclairé dans le soir.

Plus tu écris, plus tu avances vers toi-même. D’un mot à l’autre, ta silhouette se précise. Te voilà qui approches ton visage de ton regard.

En confiant tes yeux à ce regard, que vois-tu vraiment ?

Écris-le !

« Je vois combien j’ai ressenti, aimé jusqu’à maintenant, combien toutes ces peines et toutes joies du passé m’appartiennent encore, combien ces pensées me sont miennes.

Je vois tous les pays de ma vie que j’ai traversés pour arriver là où je suis. Je garde bien en mémoire mon enfance, cette chambre profonde qui m’a nourri au lait des rêves pour que je grandisse et que je sois là, à présent, conscient du mouvement de mon sang, promesse du cycle d’un autre sang, celui de l’encre que propulse aussi mon cœur.

Je sais que j’ai éprouvé des sensations et des sentiments communs à bien des individus. Au fond, quelle banalité ! Cependant, je dois avouer que personne ne me ressemble.

Je suis unique, comme n’importe qui est unique en ce monde. »

Telle est la vocation du miroir de la page : te faire répondre à ton appel de reconnaissance. Il n’est rien d’autre qui importe, que ce que tu es. Cela, écris-le aussi. La page te ramènera toujours au regard que tu poses sur ton histoire, à l’histoire de ton regard, à toutes ces évolutions dont tu es à la fois l’auteur, le protagoniste et le spectateur.

En écrivant, tu places ta main sur qui tu es. Certes, tu ne parviens pas à te toucher à travers ce miroir car tu réussis quelque chose de plus vaste encore et qui abolit tes limites : tu te rejoins complètement.

C’est ainsi que tu peux définir le miracle de l’écriture. Tu ignores désormais qui est le reflet de toi-même. Peut-être est-ce le principe de la réalité qui s’inverse : tu n’es devant ta page que l’image que projette ta vérité de l’autre côté, là où tout de toi s’écrit.

Pour cette vérité, écris plus loin encore, c’est-à-dire rapproche-toi au plus près de toi-même à cet instant précis.

Et souviens-toi, comme chaque instant change et te change, tu n’en finiras jamais d’apparaître dans le cadre du papier et donc d’écrire jusqu’à la fin de ta vie.

Géraldine Andrée

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Le pays de la mémoire

Bien sûr que les étés ne durent pas…
Déjà, il faut raccompagner l’ami dans l’ombre du soir et la lampe du chemin éclaire les derniers pas.
Bien sûr qu’il faut quitter le murmure de la fontaine lorsque les fleurs se penchent.
Et le vent d’octobre frappe la joue sur laquelle la rose d’un baiser s’était déposée quand le temps se balançait d’une enfance à l’autre.
Bien sûr que les pétales s’unissent à la terre du jardin et que les pêches dans les mains s’étoilent de taches brunes.
Bien sûr que la chambre d’amour referme sa porte, bateau voguant sur l’immense silence jusqu’à une saison bien trop lointaine.
Et le collier de perles blanches qui a embelli les fiançailles se range dans un tiroir promis à l’oubli.
Bien sûr qu’il faut dire Adieu à la chatte sauvage, lui chuchoter dans une ultime caresse À l’année prochaine sans que l’âme en soit certaine.
Bien sûr que rien ne dure et que la lueur d’une virgule ne peut guère prolonger l’histoire que d’un instant supplémentaire, juste avant que ne s’interrompe le souffle.

Pendant longtemps, je me suis demandé où s’envolaient toutes nos expériences de vie, d’amour, de beauté et de mort.
J’aime songer qu’il existe un pays où se promènent toutes les essences de nos expériences, tels les esprits des défunts, et que nous revivrons ces sensations de l’autre côté, après notre passage Ici.
Mais il est un pays plus proche, plus présent Maintenant,
celui de notre mémoire,
où l’abricotier, les asters, les menthes, l’herbe du matin, le pain chaud, les cheveux de Marie, la mésange qui picore une miette de gâteau, le verre de grenadine, le chapeau de paille, la merveille de la fenêtre ouverte nous retrouvent, aussi vivants que si l’ancien été nous attendait.
Et – le sais-tu ? – il existe un cahier blanc que je t’ai offert pour témoigner de toute cette vie qui dure dans son absolue lumière
parce qu’une seule phrase
la prolonge
aujourd’hui encore
jusqu’au sourire.

Géraldine Andrée

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Nuit bleue

C’est une nuit bleue, celle du solstice de juin.
Une nuit intensément claire mais éphémère, constellée par les lueurs de la zone industrielle, si nombreuses qu’il me semble que le ciel étoilé a glissé devant la fenêtre.
J’aurai bientôt dix-sept ans. J’entends encore en souvenir, dans le silence enveloppant la chambre de mes parents, la chanson Bella Vita de David et Jonathan qui est passée à la radio pendant le dîner, sur le transistor d’argent.
Je regarde longuement la nuit bleue, traversée de reflets rouges à cause des ultimes forges de De Wendel qui brûlent au loin, vers Hayange. Et je me demande qui lira mes premiers poèmes, qui les aimera, qui m’aimera, qui posera ses mains sur mes pages comme si c’était ma peau.
Quel amant de ce que j’écris et que je ne connais pas ? Quel amoureux de ma vie ?

Géraldine Andrée

Et je me demande qui lira mes poèmes, qui les aimera, qui m’aimera… Quel amoureux de ma vie ?
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L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

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Écris tes peines et tes joies

Écris tes peines et tes joies, tes peurs et tes espoirs, tes renoncements et tes métamorphoses, tes étoiles et tes soleils.

Écris tout ce que tu ne comprends pas dans l’impardonnable commis.

Écris ce que tu ne peux plus changer, quoi que tu fasses.

Écris tout ce dont tu as à rougir, tes hontes et tes satisfactions aussi.

Grave dans la page le manque (d’un père, d’un amant, d’un foyer) ; écris-en un poème qui te contente au moment de son achèvement.

Écris ton chemin qui part de ce point invisible pour se fondre dans ce blanc que tu conjures par l’étincelle supplémentaire d’une goutte d’encre à laquelle tu destines le mot prochain – et pourquoi pas l’Aurore, ici et maintenant ?

Écris pour que ta feuille soit cette flamme qui t’éclaire jusqu’à demain.

Écris pour que ton cahier ressuscite dans le froissement de la page tournée ce qui n’est plus – le jardin, la maison, l’enfant, l’ami.

Écris un conte pour toi, le roi ou la reine perdu(e) dans son royaume.

Écris pour explorer ce qui se cache dans la boîte rouge à douleurs et pour en faire toute une histoire avec d’autres couleurs.

Écris pour que la Vie ait le dernier mot

Géraldine Andrée

@L’Encre au fil des jours

Peut être une image de texte
Écris pour que ta feuille soit cette flamme qui t’éclaire jusqu’à demain.
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Écrire va changer ta vie

On te dit qu’écrire va changer ta vie. On t’a enseigné le pouvoir des mots, l’importance d’être attentif aux termes que tu emploies, aux tournures de tes phrases :

– Pas de négatives, s’il te plaît ! Seulement des affirmatives, des phrases positives car, tu le sais, l’Univers retient tout !
Si tu affirmes que tu es contre la guerre, l’Univers entendra le mot Guerre et il y aura toujours plus de guerres.
En revanche, si tu affirmes que tu es pour la paix, l’Univers expansera le mot Paix en toi, dans ton foyer et dans tous les pays.
Les mots, tu le sais, constituent les aimants de la loi d’attraction.
Par conséquent, écris avec les couleurs que tu souhaites pour ta vie. Emploie les mots qui te mèneront à ce que tu désires obtenir – mer, lumière, amour, peut-être…

On te dit aussi que le mouvement de ta main, le choix de l’encre et du papier incarneront tes rêves dans un texte – qu’il soit récit ou poème…

Alors, tu prends ton stylo magique. Chaque matin ou chaque soir, tu écris. Au fil des jours, tu écris. Au fil du temps, coule ton encre. Tu te racontes des histoires positives, des aventures inspirantes.

Seulement voilà, rien ne change en apparence, dans ta vie. Le robinet fuit toujours ! Tu n’as pas encore eu le courage d’appeler le plombier. Et puis, de toute façon, tu n’aurais pas de quoi le payer… Ton amoureux ne t’a pas téléphoné. Ta mère ne te parle plus depuis deux mois. Tu vis dans ce petit appartement dont la tapisserie défraîchie devrait être remplacée.

Cela ne fait rien. Écris. Même si tu stagnes, avance sur ta page. Même si tu te décourages, tiens le stylo. Même si tu es noyé(e) par les problèmes, nage dans l’inconnu qu’est le blanc du papier. Avec l’élan de l’enfant que tu fus, embrasse la vie telle qu’elle est. Confie au silence du papier les mots qui décrivent fidèlement ce que tu vis :

-J’ai besoin d’écarter ces murs qui m’étouffent. Chaque goutte du robinet est l’une de mes larmes. Le robinet de la cuisine pleure pour moi. Je crois que Jean est égoïste. Il faut que je le quitte. Et puis, je suis dépendante de ma mère.

Écris ta vie telle qu’elle est. Et tu verras que, doucement, tandis que le fil de ton encre se dévidera, ce ne sera pas ta vie qui changera mais le regard que tu porteras sur elle. Tu la considéreras sous d’autres aspects. Tu repèreras ses angles morts et tu trouveras des solutions abordables pour chaque jour :

-Et si j’achetais demain un bouquet pour égayer cet appartement tristounet ? La météo annonce soleil. J’ouvrirai les fenêtres, en attendant mieux. Je vais remplacer mon rendez-vous avec Jean par un bon bouquin…  Et si je rendais service à ma mère ? Ce serait une façon de nous réconcilier et elle me donnerait, peut-être, l’adresse d’un bon artisan…

Les murs s’agrandiront. Ton espace s’éclairera. Ce ne sera pas ta maison extérieure qui aura embelli, mais bel et bien ta maison intérieure. Des voix y résonneront. Ce ne seront pas des amis d’un jour qui viendront te rendre visite, mais des aïeux, des guides, des anges, dans le battement d’ailes de nouvelles idées.

Un matin, tu te verras écrire :

-J’ai l’impression que j’habite autre part ! Mais ce n’est pas qu’une impression ! C’est bien réel ! En vérité, c’est dans ce nouveau Moi que je demeure !

Ainsi, tu auras fait le voyage. Tu auras franchi un pont à chaque page tournée. Tu seras arrivé(e) de l’autre côté de la rive et tu feras signe à ton ancien Moi pour qu’il te rejoigne. Tu te seras rencontré(e).

Ta vie ne sera plus la même parce que l’écriture t’aura changé(e).

Géraldine Andrée

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Des feuilles pour ailes

Toute petite, je voulais prendre mon envol
loin de l’école,
loin de son âcre odeur de colle,
de ses feutres aux traits épais,
de ses mauvaises notes,
de ses rondes où je n’entrais jamais ;
laisser accroché au clou rouillé
le sac jauni de mon goûter
et rendre à la maîtresse
mes fragments de papier déchirés.
Toute petite, je rêvais
de nager dans la lumière
en me retournant de temps en temps
sur le dos.
Mais je n’avais pas d’ailes
pour faire mon voyage.
Alors, je m’évadais
en regardant trembler le feuillage
du seul arbre de la cour
près de la fenêtre
et j’enviais l’oiseau
envoyé par le jour
qui se posait sur une branche,
avant de reprendre sa course
dans le ciel.

Une clé m’a délivrée,
celle de l’alphabet,
quand je compris qu’il composait
les mots
d’une formule secrète
qui m’aiderait à passer à travers
la porte.
J’ai commencé à écrire
– maladroitement certes –
des poésies vacillantes,
frémissantes cependant,
avec un crayon de couleur verte
et c’est ainsi qu’à ma manière,
je suis devenue cet oiseau
que je rêvais d’être.
J’avais pris pour ailes
les feuilles
de mon cahier ouvert
qui, tout au long de mon adolescence,
a traversé l’immense silence
pour me déposer
sur l’île dorée d’une lampe
où je pouvais tracer,
en concertation
avec moi seule,
l’itinéraire
d’autres vols
qui dureraient bien
une vie entière.

Géraldine Andrée

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Je jardine

Je vis en ville. Mais chaque matin, je vais dans mon jardin. Là, je sème un rêve ; j’observe comment pousse un projet, tenu droit par le tuteur de ma volonté ; je plante un espoir ; je fais mûrir des pensées en prenant bien soin de leurs graines. Je récolte des fruits qui sont souvent très différents de ce que je croyais. Qu’importe ! Je les répertorie patiemment sous ma paume en donnant un nom à chacun.

Parfois aussi, je désespère. L’étendue devant moi semble silencieuse et gelée. Alors, il faut que j’attende d’être réchauffée par une lumière qui vient des profondeurs pour creuser loin, jusqu’à la source du souci. Et quand une goutte de délivrance jaillit, je la dépose sur le brin d’une promesse. Je sais que seul le temps a le pouvoir de la floraison – et donc de la réponse.

Je me contente de me pencher sur ce qui doit advenir. La feuille ne peut m’accorder un signe que si elle est maintenue en vie par la sève montant des racines. L’encre du jour est cette sève qui me relie à elle. Je tends l’oreille pour témoigner de son voyage.

Je vis en ville mais chaque matin, je jardine, c’est-à-dire que j’écris dans mon cahier intime.

Géraldine Andrée

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Suivre le flow de l’écriture jusqu’à l’enfant intérieur

Article publié sur Les Mots Positifs

Géraldine Andrée

Photo de Cottonbro
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Sans titre

Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.

Géraldine Andrée

Photo de Alexey Demidov