Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Créavie, Grapho-thérapie, histoire, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Belle des mots

Lorsque tu écris,
tu retrouves
le fil de la vie
autour de la quenouille
du temps

et c’est ainsi
qu’en le dévidant
doucement,
avec toute
ta patience,

tu dessines
le sentier
qui te ramène
au sourire
ultime,

tu rallumes
le feu
des fleurs
dans la chambre
des amants,

tu relances
le cœur
des belles heures
au rythme
d’or

d’un poème
– cette horloge
éternelle -,
tu ranimes
le soleil

dans la profonde
peine
pour qu’une aurore
nouvelle
revienne.

Lorsque tu écris,
tu redonnes
des joues
rouges
à l’ancienne

enfant
ensevelie
dans l’oubli
des jours.
Une goutte

d’encre
est l’équivalent
d’un baiser
déposé
sur une feuille

que soulève
ton souffle.
Et ton âme
se réveille
à l’écoute

de son propre
conte.
Lorsque tu écris,
tu ravives
les mots dormants.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Poésie, Poésie-thérapie

Quand j’écris de bon matin

Quand j’écris
de bon matin,
je vois s’étendre
sur l’ancien jardin

la lumière
blanche
comme une nappe
de dimanche,

le forsythia de mon enfance
que je croyais déraciné
refleurir
pour l’éternité,

la flamme rousse
de la chatte décédée
s’élancer d’un taillis
vers mon souvenir,

et si je me laisse guider
par ce rythme régulier,
je retrouve
le petit sentier

qui mène
à l’étoile verte
de la clairière
où Marie la vive

vient de s’asseoir,
jupe retroussée
au-dessus des genoux
pour son amoureux…

Quand j’écris de bon matin,
des soleils s’alternent
devant mes yeux
et ma page est une vitre

où se rapproche
chaque instant
de jadis
qui m’attend…

Quand j’écris
si tôt,
je prends le train
du temps.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de ma résilience, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le rêve

Je suis retournée là-bas
en rêve
et j’ai retrouvé
l’empreinte de mes pas
sur la terre de l’allée,
le feu nacré des roses-thé,
les étincelles du rire de Maria,
l’ombre bleue du tilleul,
et quand j’ai franchi le seuil,
l’impression que je n’étais pas seule
car il y avait une fenêtre
ouverte pour moi
dans l’été.
À mon réveil,
je me suis sentie
si habitée
par la vie
de jadis,
que je me suis demandé
si l’absence
de toutes ces choses,
de tous ces êtres
n’était pas un rêve
et si ce qui m’était revenu,
le temps d’une nuit,
dans le secret
de mes yeux fermés,
n’était pas réel…

Géraldine Andrée

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Mon entourage

Lorsqu’il n’y a plus personne,
je m’entoure de mots
tels que « jardin », « lumière »,
« beauté », « source »,
« enfance »,
des mots qui éclairent
mon regard
quand ils voyagent
de la page
à mes lèvres,
des mots
dont le murmure
précède
le poème
et qui deviennent
enluminure
du silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Poésie-thérapie, Récit de Vie

Un jour j’ai eu envie de partir loin

Un jour j’ai eu envie de partir loin
Mais je n’avais pas assez d’argent pour acheter un billet longue destination
Alors j’ai ouvert mon cahier brun
Qui était à portée de main

Mot après mot j’ai fait mon voyage
J’ai tracé mon chemin
J’ai franchi la ligne qui me séparait
De ma liberté de ma vérité de ma beauté

J’ai trouvé mon élan
J’ai déployé mes ailes dans le blanc
J’ai créé mon horizon
Et j’ai rencontré un pays si secret

Qu’il ne figure sur aucune carte du monde
Pas même un point ne le désigne
Seul un poème peut le rejoindre
Parce qu’il porte mon prénom

Géraldine

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, histoire, Poésie

Votre livre de vie

Il y a des moments
où vous perdez le livre de votre vie,
où celui-ci vous échappe,
emporté par le vent des épreuves

qui vous l’arrache
et il s’envole très loin
sur un chemin
qui n’est pas le vôtre.

Alors, il vous faut désespérément
tout réécrire,
réinventer votre histoire
ou prier

pour retrouver
le livre de votre vie.
pour en reprendre le fil,
le souffle interrompu.

À force de chercher,
d’espérer,
de vous appuyer
sur cette foi

qui ne ressemble pas
à celle d’un autre,
il arrive
que le livre de votre vie

vous réapparaisse
au hasard,
au cours d’une promenade
à l’aube,

entre deux feuilles
tombées
que constelle
la rosée.

Vous vous penchez
pour le recueillir
et la page
sur laquelle il a demeuré

ouvert
pendant ces jours de silence
et ces nuits d’égarement
est votre page du jour.

Il vous suffit
de continuer
votre récit
en laissant un espace

infime,
juste un peu de blanc
entre hier
et aujourd’hui,

signe
que le temps a passé
et qu’une autre phrase
peut commencer

sans que rien
de ce qui précède
ne soit effacé
ou renié.

Alors, vous refaites
un pas sur la route
en tenant bien,
cette fois,

votre livre de vie
dans vos mains
et vous avancez,
un rêve plus loin.

Géraldine Andrée