Les pétales roses du forsythia
Les jeux dans l’herbe du jardin
Le bleu du soir à ma fenêtre là-bas
La queue en panache du chat
Mon journal intime perdu au cours des déménagements
Les pas de mon père
Les pots de confiture de ma mère
Ce seuil que je ne franchirai plus
La tapisserie à fleurs sur laquelle j’accrochais mes dessins porte-bonheur
Ci-gît aussi ce chemin
qui ne mène plus nulle part
et le long duquel j’avais semé
des billes de couleurs
afin que mon voyage
ressemble à un foulard
de lueurs
La source asséchée
pour les mains du promeneur
mais qui chante encore sous la terre
pour elle seule
Dans ce point indélébile
je sais que je lui rends
hommage
maintenant que je n’espère plus
la voir réapparaître
J’ai aussi recouvert de feuilles
les ailes du pinson
mon ami
dont le bec s’est ouvert
sur le silence
Et je consens
à ce que ce petit cosmos
de papier blanc
soit constellé
à contrejour
de toutes les naines blanches
auxquelles s’est fiée ma vie
À présent ci-gît
le mot Fin
Je tourne la page
et j’écris une suite
différente
qui n’efface rien
cependant
des chapitres précédents
Géraldine Andrée
