Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Poésie

Dans mon petit cahier

Dans mon petit cahier
il y a les vacances à la mer
les ondulations de la lumière
les rires de la promenade
le temps qui s’invente un air léger
à la crête des vagues
et la brise qui dépose
au seuil de la nuit
sa corbeille de senteurs
pour les étoiles qui se sentent seules
Dans mon petit cahier
il y a l’infini

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de ma résilience, Le journal de mes autres vies, Un cahier blanc pour mon deuil

Les saisons passent

Les saisons passent sur le seuil de ta maison.

A la place des violettes dont tu me fis la cueillette, pousse une herbe jaune et sèche.

Mais dans le grand salon, de partie de scrabble en partie de scrabble, le temps reste le même.

Tu n’as pas trouvé de mots nouveaux.
Alors, tu feuillettes un catalogue de mode :

– Regarde comme c’est beau ! Le bouffant de cette manchette ! La dentelle du col ouvert ! C’est original ! Cette taille cintrée t’irait bien !
Qu’est-ce que t’en penses ?

Tu parles patron, coupe, tissu.
La maladie semble avoir disparu, emportée par les pages du catalogue que tu tournes.

– Il faudrait que je me remette à coudre !
Je n’ai pas le temps !

Le temps, tu l’as. Elle est finie, l’époque des enfants et du mari, des repas, du ménage et de la lessive.

Mais tu ne trouves plus le chas de l’aiguille. Ta main tremble en tenant le fil. Tu t’éloignes de la ligne, tu assembles en un gros point deux tissus qui n’auraient jamais dû être ensemble.

Tu as, certes, beaucoup cousu dans ta vie. Avec dextérité. Tu as même enseigné cet art. Mais sans doute pas encore assez pour les projets que tu avais.

Dans ta prochaine vie, tu te réincarneras peut-être en styliste. Ou tu dirigeras une entreprise de vêtements que tu créeras toi-même. Tu monteras ta propre enseigne.
Tu inventeras une marque. Tu habilleras des générations entières. Coco Chanel d’un autre siècle dont on méconnaît toute la mode.

J’aime y croire.
J’aime croire que les passions nous survivent,
qu’elles nous redonnent rendez-vous
depuis l’autre rive,
qu’elles nous reconnaissent
dans un autre corps de chair,
un autre vêtement de scène,
et qu’elles nous redisent
avec notre sourire :

A nous !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie

Un simple poème

On se méfie souvent des poèmes simples.

C’est comme si les mots de l’enfance étaient suspects.

On se demande : Qu’est-ce qui se cache ? Quel sens ?

C’est trop facile pour être vrai !

Ce n’est pas normal qu’un poème aille droit au coeur !

Il en est ainsi de la vie dont on peut ressentir l’unique bonheur en ayant seulement les coudes posés sur la table baignée de soleil.

Et, au lieu de se dire qu’aucun instant ne peut être mieux que ça, on se répète :

Allons ! Le bonheur ne peut pas être que ça…
Ce n’est pas possible !

Prenons la vie comme un simple poème.

Y a-t-il besoin de trente-six mots et métaphores avec variété de rythmes savants et de rimes riches

pour dire le chemin de la lumière sur la peau,

ce chemin qui s’écrit sans laisser de trace ?

Y a-t-il besoin de réfléchir profondément pour vivre ?

Faisons d’un simple poème

notre vie

pour que nous puissions nous dire

lorsque le jour rencontre par hasard notre sourire :

C’est bien ça !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

La maison s’est effacée

La maison s’est effacée
avec ses fenêtres,
son seuil,
son toit de tuiles brunes.

Elle a emporté avec elle
le jardin aux mille soleils
tout étoilé
de cerfeuil

et de feuilles
autour desquelles
les papillons
sèment leurs lueurs.

Pendant un instant
encore,
la treille
m’a montré ses couleurs.

J’ai recueilli
une larme
qui coulait du coeur
fendu d’une prune.

Et le chat
aux profondes
prunelles
m’a regardée

entre les branches
de la haie
comme si je quittais
ce monde.

Et puis, tout
a disparu tel
le reflet
d’une bulle

qu’emporte
un souffle
d’enfant
qui joue.

A la fin,
il n’y avait plus
que moi
seule

avec le temps.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le carnet de mille grâces

J’ai achevé mon carnet de gratitudes que j’ai tenu pendant un an.

Hier était l’ultime page.

Je reviens au premier feuillet.

Il y a un an, jour pour jour, le 27 août, ces mots étaient écrits à l’encre bleue :

« La nuit me fait toujours l’immense présent du frêle frottement de la plume sur la page.

Je note la phrase de mon père :

C’est un beau jardin. Regarde cet arbre centenaire.« 

Mots qui datent d’avant la mort de mon père et dont l’encre demeure si vive !

Pendant toute cette année de deuil, je n’ai pas flanché ; je n’ai pas fléchi.

J’ai relaté fidèlement mes petits émerveillements.

Dans ma solitude, je n’ai pas trahi l’écriture.

Quand je relis ce carnet de mille grâces, j’approuve ce que j’y ai déposé.

Je note à nouveau ici la récurrence de mes joies :

  • écouter une émission de rock en faisant la vaisselle du dîner
  • étendre mon linge dans le calme d’une fin de journée
  • observer la lente promenade des nuages avant de partir travailler
  • lever les volets sur les roses du balcon d’en face
  • remercier la lumière que j’ai pour lire, le temps pour désirer, l’espace pour rêver
  • sentir vibrer ce que j’écris comme le soleil sur mes reins

En mars, je déclare
« Faire le deuil des cendres et grandir« .


Pendant tout l’hiver, je suis partie pour le pays d‘Happinez, de Simple Things, d’Open Mind, de Respire.
J’ai aimé les couleurs et les odeurs d’imprimerie de ces magazines, la fraîcheur de leur couverture pour mon âme brûlée. J’avais l’impression d’être apaisée par de la neige d’avril.


« Mon plaisir favori, glisser un petit carton imprégné de mon parfum personnel dans ce carnet. Ce sera, ainsi, un véritable carnet intime.« 


Le cahier de gratitudes m’a appris la réciprocité de l’offrande : découvrir que la gratitude est une offrande et l’offrande une gratitude.


J’ai traversé l’absence avec ce carnet à la main. Cette mort que j’ai vécue fut constellée d’une myriade de vies.


Alors, gratitude à mon carnet de gratitudes qui m’invite à revivre tous ces petits plaisirs pour un an encore.


C’est promis, demain matin, j’allume un soleil dans le soleil en faisant fondre du miel blond sur de la mie d’or.


Géraldine Andrée


Publié dans Actualité, Non classé

Le jardin volé

L’une de mes tantes souffrait du syndrome de Diogène, une maladie psychologique qui consiste à accumuler sans cesse des objets.

Cette tante déterrait des plantes dans les jardins publics pour les replanter chez elle.

Aujourd’hui, les branches sont sèches, cassées, piquantes.
Les arbustes se dressent, hirsutes.
Les herbes jaunes s’emmêlent.
Les pots sont fendus.
La terre craquelle.

On ne trouve pas une feuille vive.
Même les insectes ont fui.
Ma tante ne s’occupe plus de ce jardin volé.
Forcément, elle est morte.

Si elle avait laissé les plantes
dans la bonne terre fraîche
où elles appartenaient,
où elles étaient nées,
celles-ci continueraient à grandir,

à fleurir, 
à monter dans la lumière,
à attirer des lueurs et des ailes
pour les yeux de tous.

Aujourd’hui,
ce jardin est étiolé
derrière son grillage
et ma tante en allée
dans un envol
vers une saison

qui n’est pas de ce monde.
On ne garantit pas son éternité
en confondant
ce que l’on possède
et ce que l’on est,

le nombre
et l’unicité.

Géraldine Andrée