Il est des voix qui demandent à être écoutées, entendues, vues, comprises. Des voix qui cherchent une plume pour voler au-dessus du monde. Je suis une plume pour ces voix. Je suis une plume pour votre voix.
Mais, afin que vous sachiez comment j’écris pour vous, je vais vous présenter qui je suis.
J’ai coutume de dire que j’écris depuis l’enfance.
Et je considère l’enfance autant comme une période de vie que comme un pays. Très jeune, j’ai tenu des carnets de poèmes auxquels je mêlais dessins et images. La poésie m’a toujours habitée. Et j’ai toujours habité la poésie. Mon intuition et ma sensibilité m’ont permis de pénétrer au cœur des choses, des plantes, des animaux ; de saisir le sens du vivant ; de donner des voix aux fleurs, aux arbres, aux chemins. C’est ainsi que j’ai obtenu, à l’âge de treize ans, le troisième prix du Pont des Arts de la ville de Longwy pour mon conte Le Bateau abandonné.
Je peux affirmer aujourd’hui que l’écriture a été un membre de ma famille.
Dès mon adolescence, j’écrivais des lettres pour des proches, des amis. Je composais des récits dans lesquels je les mettais chacun en scène. Je faisais même les rédactions de mes camarades. Pendant les repas du dimanche, je lisais mes poèmes au dessert. L’écriture fut le fil qui a réuni tous les membres d’une famille où l’on ne se parlait guère.
Mon cheminement de biographe a commencé par l’écriture poétique de ma propre vie.
J’ai autopublié un roman à dominante autobiographique Le Grand Retour (dont le thème est un amour toxique de jeunesse) et j’ai obtenu, parallèlement à cette publication, le Premier Prix de Poésie libre du CEPAL pour mon poème La Petite chambre du sud.
Puis, le temps passant, j’ai ressenti que chaque expérience vécue de manière intime, secrète, avait une résonance collective, que, pour reprendre l’expression du poète Arthur Rimbaud,
« Je est un Autre. »
C’est ainsi que, tout naturellement, j’ai commencé à écrire des biographies pour autrui, des livres de vie, que j’appelle des livres vivants.
Mes épreuves, la différente palette des émotions que j’ai éprouvées me permettent aujourd’hui de capter ce que mon prochain ressent, et donc de dire l’indicible, tout en retraçant son existence que je mets en lumière.
L’écriture biographique est, pour moi, un acte de transmission pure.
J’aime mettre en exergue les petites anecdotes, les détails, les motifs du quotidien qui créent une atmosphère. J’aime condenser le souvenir en quelques mots, l’encrer/l’ancrer dans une sensation vibrante. Sons, odeurs, couleurs, textures s’entremêlent dans un livre de vie pour composer une véritable fresque quand il s’agit, par exemple, d’écrire une biographie familiale.
Mes études de psychothérapeute m’ont ensuite amenée à cibler une dimension plus spécifique de l’écriture biographique : la dimension thérapeutique.
En effet, j’ai pu expérimenter combien le fil des mots permet de réparer la vie de la voix qui raconte et, par conséquent, toutes les vies qui gravitent autour de cette voix.
En écrivant pour autrui, je suis accoucheuse d’âme, c’est-à-dire que j’aide l’autre à accoucher de son âme dans un livre qui lui ressemble, qui porte sa signature énergétique. J’ai ainsi été sollicitée pour écrire des biographies spirituelles, ésotériques, dans lesquelles l’on touche la frontière du mystère qui sépare cette vie-ci de la vie dans l’au-delà. Pour cette raison, je dirais que je suis spécialiste de l’écriture de livres de deuil qui amorce nécessairement un processus de renaissance. Et je continue d’approfondir la mission de biographe qui se mêle à celle de doula (personne accompagnatrice dans les grands changements de vie qui impliquent le renoncement et le renouveau dans cette métamorphose de l’être).
Enfin, je pense qu’un livre de vie raconte non seulement le passé – incitant ainsi le narrateur à le solder, voire à s’en libérer – mais il l’invite également à écrire l’avenir.
Or, il est indispensable, pour créer cet avenir, de le comprendre. Une séance d’entretien biographique peut être l’occasion de mettre à jour certaines mémoires familiales par une analyse transgénérationnelle, afin de les déposer dans les pages et d’inventer ensuite sa propre histoire future, celle que l’on se choisit, et non plus celle que l’on subit parce qu’elle a été inconsciemment écrite par des aïeux qui, eux-mêmes, ignoraient le scénario qu’ils jouaient à leur insu.
Aujourd’hui, je continue à écrire des vies, des vies de proches et les vies de tous ceux qui viennent à moi.
La parution de la biographie de ma mère, Le Regard de ma mère, récemment publiée aux éditions Advixo, alimente également les biographies de terroir lorrain que j’initie pour tous ceux qui veulent mettre en voix cette mémoire à la fois individuelle et collective, personnelle et sociale, dont les circonstances, les coïncidences et les synchronicités les ont précieusement rendus dépositaires.
Écrire votre biographie est un acte de transmission.
Transmission d’un patrimoine matériel, déjà.
En effet, votre livre de vie et sa diffusion font partie de la dévolution successorale. À ce titre, l’ouvrage et ses droits peuvent figurer dans un testament ou être reçus par vos héritiers.
Et aussi transmission d’un patrimoine immatériel.
Vous confiez à vos descendants tout ce que vous avez vécu : vos peines comme vos joies, vos espoirs comme vos déceptions, vos attentes comme vos accomplissements.
Ainsi, votre biographie est un témoignage à triple titre :
Le processus de l’écriture en tant que tel se fait le témoin de votre vie. Toutes ces pages montrent que vous avez aimé, détesté, vibré, respiré. Elles constituent la trace de votre existence. Chaque phrase est la preuve de votre passage sur cette terre.
De même, vos descendants, qui sont les dépositaires de votre histoire, deviennent aussi les témoins de tout ce qui s’est passé à l’intérieur, et donc à l’extérieur de vous : les mouvements de votre âme, le flux de vos émotions, vos fulgurances, vos révélations et les choix qui ont influencé la trajectoire de votre vie. En effet, le monde extérieur est le miroir de notre monde intérieur. En y projetant nos pensées, nous les matérialisons. La biographie montre ce cheminement des désirs à leur réalisation.
Et, chose extraordinaire, vous devenez vous-même votre propre témoin. Vous pouvez vous regarder d’un œil extérieur et vous dire : « Voilà comment j’ai réalisé ma vie avec les ressources et les contingences dont je disposais. »
Une biographie transmet qui vous êtes.
Dans le livre de votre vie, vous transmettez les valeurs chères à votre cœur et à votre esprit (l’amour familial, l’engagement social, la fidélité…) ou un savoir-faire ancestral qui est passé par vous (l’art de cuisiner, de jardiner, de coudre, de réparer ou de construire des meubles…) Il en est ainsi des biographies qui relatent un parcours artisanal et entrepreneurial.
Et surtout, vous transmettez ce qui est, à mes yeux, un cadeau que vos proches garderont à vie : votre regard sur la vie et un savoir-être (en plus d‘un savoir-faire).
Voilà, par exemple, comment vous étiez quand vous cousiez ou inspectiez chaque plante de votre jardin. Heureux. Ce bonheur, il s’inscrit déjà dans les gènes de tous les lecteurs que sont les membres de votre famille.
Mais, m’objecterez-vous, nulle vie n’est parfaite.
« Il est des parcours de vie difficiles. Et des modèles à ne surtout pas imiter. D’ailleurs, je ne suis pas fier moi-même de certaines de mes réactions, de ce que j’ai pu dire ou faire. Il est aussi des loyautés familiales dont il vaut mieux s’extirper, des patterns toxiques qui ont dominé toutes les branches de l’arbre familial. Que faire de cela dans un livre ? Peut-on dire les douleurs claniques, les secrets, les tabous, les hontes transgénérationnelles ? »
Je vous répondrais que c’est peut-être l’objectif le plus important d’un projet biographique : transmettre un souci de vérité d’une part, et dire aux descendants ce qui a hanté leurs aïeux, formuler l’indicible (d’un adultère, d’une bâtardise, d’une « mort inacceptable, inconcevable » pour reprendre l’expression d’Anne-Ancelin Schützenberger dans son ouvrage Aïe, mes Aïeux !) d’autre part.
Comme le déclare Carl-Gustav Jung,
« ce qui n’est pas parvenu à la conscience revient sous forme de déterminisme ».
En écrivant le livre de votre vie, vous transmettez à ceux qui vous succèdent dans l’existence un présent inestimable :
votre prise de conscience, ce qui permet de rompre immédiatement par les mots, au niveau de votre lignée, la chaîne des aliénations familiales. Vous empêchez la fatalité de frapper encore une fois. Vous ouvrez des cadenas en libérant la parole. Vous tendez à vos enfants et petits-enfants la clé de la délivrance :
« Mais oui, c’est vrai qu’il y a eu ça dans notre famille ! Cette culpabilité autour de la mort de Claire que l’on a attribuée au fait que sa grand-mère l’a fait sortir aux premiers jours du printemps sans bonnet. Or, on sait aujourd’hui qu’il n’y avait pas de lien de cause à effet. Empêcher un enfant de vivre n’est pas l’empêcher de mourir. Bien au contraire. Empêcher un enfant de vivre, c’est le tuer psychologiquement et, à terme, le rendre malade.On ne sauve pas un enfant de la mort en le mettant sous cloche. »
Vous montrez ainsi les schémas dont il faut se défaire, les comportements transmis de génération en génération et qu’il convient de ne plus imiter pour perpétuer la vie de l’arbre familial. Vous contribuez à en faire pousser les fruits de branche en branche – des fruits sains, sans ver susceptible d’en ronger le noyau.
Car c’est cela aussi, la transmission d’une biographie :
permettre aux descendants d’hériter du meilleur de leurs ancêtres, tout en se libérant de certaines maladies provoquées par le mal-à-dire transgénérationnel qui rendrait, à terme, l’arbre stérile.
Une biographie est cathartique. Elle libère la famille de ses névroses pour que chaque membre puisse vivre sa propre vie.
Tel est l’enjeu d’une écriture biographique : transmettre la vie dont vous êtes le messager.
Et je serai, à ce titre, votre accompagnatrice sur ce chemin intérieur.
J’ai écrit pendant des nuits. J’espérais que mes mots atteignent la lampe de la fenêtre d’en face, qu’ils roulent le long du périphérique, traversent la métropole pour toucher un cœur qui bat quelque part,
un regard.
Or, il n’en était rien.
J’en ai noirci, des pages et des pages dans la nuit. Lorsque mes mots s’approchaient de la flamme d’une bougie, ils n’allaient pas plus loin. Ils retombaient, les ailes repliées. Comme brûlés.
J’ai même créé des pages virtuelles, pour que ces mots fendent de leur vol tout l’espace qui existe et qu’ils atterrissent de l’autre côté de la planète.
Mais le silence était de mise. Il ne me revenait aucun signe de leur réception.
Un jour, j’en ai eu assez. Lorsque Maman est morte, je me suis dit que j’allais écrire pour moi. Rien que pour moi.
J’ai commencé à tenir un cahier de deuil, un cahier bleu Clairefontaine au cœur duquel je notais tout ce que je traversais. Mes émotions. Mon abandon. Mes différents renoncements.
Je ne cherchais rien d’autre.
Je ne cherchais plus l’autre.
Les mots ne regardaient que moi.
Puis, je me souviens de ce dimanche matin. Ce mail des éditions Advixo qui me demandaient d’écrire la vie de ma mère parce que le comité de lecture avait apprécié l’extrait de mon journal que je lui avais envoyé par hasard. Comme ça. Sans rien attendre. Le geste de cliquer sur la touche Envoi s’était suffi à lui-même.
Ainsi a commencé l’aventure.
Ainsi a débuté l’envol.
Rivée à ma chaise.
Courbée sous la lampe.
Des nuits à écrire.
Des nuits à me souvenir des souvenirs d’enfance que Maman m’avait racontés dans sa cuisine remplie de buée.
Des nuits à rallumer sa mémoire, elle qui est partie sans mémoire.
Des nuits à retracer le chemin de sa voix.
À travers les mots, c’étaient les yeux de ma mère qui me regardaient désormais et qui me disaient :
« Fais de mon histoire une hirondelle, s’il te plaît. Ouvre la cage de ton cahier quadrillé et laisse ma vie s’envoler vers le monde. »
Aujourd’hui, en cliquant sur le mail que m’a envoyé l’éditeur, j’ai su que Le Regard de ma mère était présent en vrai, sur les étagères des librairies à Genève, Lausanne, Fribourg.
J’aimerais traverser de mon doigt la photo pour toucher le livre, le visage de Maman sur la couverture, le grain du papier comme celui de sa peau, jadis.
Les yeux de ma mère là-bas regardent passer les lecteurs dans les dédales de la librairie pour les mener à mes mots.
Des yeux bleus comme ceux qu’elle posait sur moi en lavant la vaisselle, en me grondant ou en resserrant mon écharpe autour de mon col, juste avant que je n’aille à l’école :
« Surtout, ne t’enroue pas ! »
C’est elle, le guide.
J’ai toujours gardé l’espoir de voir réapparaître ma mère, alors qu’il m’arrive d’entendre sa voix en rêve.
Je me demande au réveil : se réincarnera-t-elle ? En quoi ? En qui ? En une autre femme ? En fleur ? En hirondelle ?
Aujourd’hui, j’ai la réponse : ma mère s’est réincarnée en livre dans lequel mes mots longtemps invisibles
On a coutume de penser que ne peuvent réaliser une biographie que ceux qui ont vécu une belle vie. Naissances, mariages, baptêmes, fêtes d’entreprise et promotions, pendaisons de crémaillère, vacances, moments de complicité familiale…
Tous ces instants de joie ont, bien sûr, leur place dans un livre de vie que vous pouvez réaliser sous forme de recueil de plaisirs, de bonheurs, de gratitudes. La biographie devient l’équivalent d’un album de photographies, ou toute une collection d’évocations sculptées comme des bijoux, sous un éclairage de choix.
Mais, il est une biographie plus précieuse encore, une biographie-trésor, une biographie dans laquelle vos mauvais moments ont aussi leur place.
Divorce, deuil, chômage, harcèlement professionnel, maladie… Personne n’est à l’abri d’un coup du sort. On le sait, la vie est rarement une route droite et lisse. Elle est faite de virages, de sentiers escarpés, de sinuosités. Et c’est durant ce voyage difficile que vous allez mobiliser toutes vos ressources intérieures, celles que l’on appelle des qualités de résilience : courage, sang-froid parfois, patience, voire abnégation, volonté, ténacité, capacité à s’affirmer, acquisition de l’estime et de l’amour de soi.
Au cœur de l’épreuve, de tels mots apparaissent comme de jeunes pousses sur une terre gelée, et pourtant destinées à croître.
Alors, vos descendants pourront dire de vous en lisant tous les revers que vous avez dû endurer :
«Mamie a peut-être eu de la chance. Mais, je crois qu’elle possédait ce don d’intuition inné qui l’a sauvée lorsque les nazis sont montés dans l’appartement, lui permettant de se cacher à l’endroit où il fallait : ce coin de cagibi. »
« Se construire une nouvelle image après cet accident n’a pas été facile. Mais tu y es parvenue, Maman. Et je te trouve aujourd’hui plus belle qu’avant, car ta foi en demain irradie sur ton visage. »
« Évidemment, cela n’a pas été facile lorsque Grand-Père s’est retrouvé seul. Mais ce veuvage l’a conduit à peindre de sublimes toiles, à dialoguer avec les couleurs, à devenir un grand artiste. »
Ensemble, nous faisons remonter ces ressources sur la page. Je vous aide à vous souvenir
comment votre corps s’est glissé parmi les obstacles, comment votre main s’est cramponnée à la pierre, comment votre âme a rétabli l’équilibre, comment la petite flamme de l’espoir a frémi dans la nuit épaisse de la dépression, comment le bourgeon, qui semblait insignifiant au départ, a révélé une magnifique fleur – in fine.
Dans un récit, tous les retournements de situation sont possibles. On les nomme péripéties.
J’ai toujours cette phrase à l’esprit quand j’écris :
« N’abandonne pas juste avant la percée. »
Et chacune de nos phrases est une percée dans les tunnels obscurs de l’existence.
De même, si vous peinez à voir une situation de perte comme « un présent mal emballé », une opportunité de croissance ultérieure ou une promesse de gain, je peux vous aider, par l’écriture, à modifier votre perception des événements, à faire en sorte que votre regard, comme celui d’Etty Hillesum dans le baraquement du camp, voie le rayon de soleil dorer la boue au fond du seau. Un adjectif bien choisi permet de faire basculer la signification d’un paragraphe – et donc le sens d’une tranche de vie.
« C’est cette feuille verte parmi toutes celles qui étaient desséchées qui m’a fait changer d’avis. »
« Au bout du chemin noir, une lueur plus proche. Celle des phares de mon ami. »
« Alors, une main a tiré le rideau. Et j’ai rencontré le ciel étoilé. »
Une vie n’est jamais écrite.
Pourquoi ? Parce qu’elle s’écrit toujours.
Le mouvement de l’écriture incarne cette métamorphose de l’être à travers chaque instant.
Même vécu, surmonté, un moment peut recéler un enseignement supplémentaire qui vous apportera davantage de sagesse, de confiance, de sérénité, de profondeur pour l’avenir.
La narration possède un atout inestimable : vous guider vers un singulier bijou, qui ne se situe pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de vous.
Telle est ce que j’appelle la biographie-trésor dont l’éclat se perpétue de ligne en ligne, de lignée en lignée, et qui est si puissante qu’elle permet à un descendant qui a lu votre vie de se dire : « Je m’en souviens encore. »
Le 05 décembre 2025, est paru aux éditions Advixo le livreLe Regard de ma mère, qui croise la biographie de ma mère avec mon autobiographie.
« Dans la pénombre d’une chambre d’hôpital, une fille tient la main de sa mère mourante de la maladie d’Alzheimer. Cette main qui a épluché les légumes, pétri la pâte, repassé le linge ; cette main qui, parfois, l’a aussi corrigé. En la serrant une dernière fois, Géraldine entreprend un voyage singulier : remonter le fil du temps pour habiter le regard de celle qui l’a mise au monde. De la campagne lorraine des années 1940 aux couloirs silencieux de l’Ehpad, ce récit tisse trois vies en une seule trame. Celle de Gisèle enfant, cueillant les mirabelles dans le verger familial de Chaudeney avant que la poliomyélite ne marque à jamais sa démarche. Celle de la mère exigeante et aimante, héritière des gestes ancestraux et des silences de femmes. Et celle de la fille, moderne et pressée, qui découvre enfin, par l’écriture, le chemin vers une réconciliation impossible de leur vivant. »
Genèse d’écriture du livre
J’ai écrit ce récit pendant tout l’été 2025, à l’ombre de mes volets clos, les jours de grande chaleur et d’orage.
J’ai repris une partie du journal que j’ai tenu en automne 2023, lors du départ de ma mère pour sa traversée vers une rive inconnue.
J’ai pu constater que beaucoup de notations sensorielles et émotionnelles que j’avais notées en vrac, au milieu de l’étendue de mon chagrin, s’étaient transformées, précisées, métabolisées dans mon âme, avec le temps, pour devenir de véritables pages de roman.
Le thème principal du roman est la communication – et pourquoi pas, la communion – réparatrice qui transcende l’indicible de la maladie de l’oubli, et les non-dits dans la relation entre une fille et sa mère, tout au long de leurs vies respectives.
Que devient une fille que la vie invite à être une mère pour sa mère ?
Que devient une mère que la vie finissante incite à être une fille pour sa fille ?
Tout au long des pages, s’entrelacent l’ici et l’ailleurs, le présent et le passé, les herbiers et les bouquets d’algues de l’enfance.
Des vergers de mirabelles au lit de la maladie, de la joie au déchirement, de la ferme en peine campagne à un appartement citadin, de la nature à la sidérurgie…
Le livreLe Regard de ma mère est un voyage à travers ce pays que fut le bleu clair des yeux de ma mère. L’écriture m’a permis de comprendre toute une époque à travers son regard. Notre condition de femme a-t-elle tellement changé ? Une chose est sûre : celles qui nous précèdent ont tracé notre chemin. L’écriture rend hommage à cette trace et disperse le sable de l’oubli qui tend à la recouvrir.
Écrire parce que tout passe…
Écrire pour que rien ne s’efface…
Je pense que le plus grave n’est pas l’oubli dont ont souffert nos proches que la maladie d’Alzheimer a emportés.
Je pense que le plus grave est l’oubli de notre part de nos proches que la mort a emportés.
Puisque nous n’avons pas pu leur rendre la mémoire, l’écriture nous permet d’être leur mémoire.
Note de l’éditeur
« Le Regard de ma mère est une ode lumineuse à la transmission féminine, un adieu qui devient renaissance. Géraldine Andrée y déploie une prose sensuelle et délicate, où le parfum des confitures de mirabelles se mêle à la douleur du deuil, où chaque souvenir restitué devient un acte d’amour. Un livre sur ce que nous devons à celles qui nous précèdent et sur la grâce d’accepter enfin de voir le monde à travers leurs yeux. »
« À présent que ses lèvres ne laissent plus échapper un mot, je suis son histoire. À présent que ses yeux sont clos, je suis son regard. »
Le livre est disponible en version broché sur le site de l’éditeur et en e-book sur des sites comme Amazon, la Fnac, avant de paraître dans toutes les bonnes librairies.
À bientôt,
À la fenêtre des mots !
Géraldine Andrée
« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. »
Écrire sur le Féminin en soi : Pour rendre hommage à toutes celles qui m’ont précédée et à toutes celles qui me suivront
Je veux écrire ce que cela fait d’être une femme dans la vie, d’avoir une vie de femme,
c’est-à-dire
d’avoir un corps de femme, des cycles, du sang, la poitrine qui se rappelle à soi quand on court dans les champs ou pour attraper le bus ;
d’endurer les efforts dans les épaules, les reins en portant une bassine pleine de draps mouillés sur son ventre habité ;
de choisir la robe à bretelles, le matin, pour sentir le satin du vent autour de soi, en s’imaginant que c’est la main d’un amant ;
d’espérer en un probable enfant, y voir dans le blanc une promesse puis être ramenée sur le chemin du sang ;
de laisser aller l’embryon bleu sur la rivière parce que « c’est ainsi que tu feras ton deuil, ma fille » ;
de s’offrir entière à lui, d’attendre en vain son appel et se voir flouée de la part la plus précieuse de soi-même ;
de faire attention à sa ligne tout en mangeant du gâteau au chocolat, car on ne peut pas résister et, d’ailleurs, on se promet de faire régime demain ;
de se maquiller longuement, non pour se plaire, mais pour plaire à celui qui nous regardera peut-être ;
de faire claquer ses talons-aiguilles ; en effet, c’est ainsi que « tu montres que tu t’affirmes » et, tant pis si ces chaussures sont une torture ;
de décider de changer de vie en changeant de coiffure, ensuite se regarder dans le miroir en se demandant : « Est-ce bien moi ? »
de frotter ses jambes l’une contre l’autre sur le trottoir, en robe de soirée courte ;
de se demander « Qu’est-ce que je fais là ? » après une étreinte éphémère et être certaine de devenir une étrangère dans sa propre vie si l’on ne fait pas de meilleurs choix ;
de fuir de chez soi parce qu’il y est, qu’il ne s’en ira pas. Alors, se réfugier dans une chambre d’hôtel au bord de la mer en hiver ;
de découvrir le pouvoir du mot Liberté, même s’il fait mal et qu’il implique des sacrifices ;
d’être heureuse d’ouvrir son compte en banque personnel après des années de mariage et de comptes communs ;
de mettre sous plastique sa robe de mariée avec ce sourire : « Je ne suis plus Elle. Maintenant, je suis Moi. » ;
de se renvoyer ce sourire dans le miroir et se trouver belle « finalement » ;
de lire, d’étudier, de se former ; de créer, d’écrire dans « une chambre à soi » ; d’être fière d’avoir inventé son propre modèle sans le montrer à sa mère ;
de signer avec son nom ses œuvres ; de les exposer, sans crainte d’être jugée, car on se connaît mieux que les autres et on sait intimement ce que l’on a voulu dire ;
d’être toute sa vie en gestation de Soi, en accord avec les cycles de l’Univers.
Victor Hugo est un poète, romancier, dramaturge et essayiste français. Il a créé de nombreuses œuvres dans tous les genres littéraires. Homme politique et romantique engagé, il fut un fervent défenseur des droits des opprimés, de tous les Misérables et a combattu contre la peine de mort. Surnommé L’Homme-Océan – expression qui se vérifie par la lignée maternelle – et L’Homme-Siècle – expression qui se vérifie par la lignée paternelle -, il a participé à la réparation de toute la société du XIXème siècle, de par son arbre généalogique.
Génosociogramme fait à la main de Victor Hugo
1) L’Homme-océan
Victor Hugo naît le 26 février 1802 de Sophie Trébuchet et de Joseph Léopold Hugo.
Sophie Trébuchet est orpheline de son père Jean-François Trébuchet, mort de noyade sur l’île Maurice où il a dû s’exiler après avoir été ruiné. Sophie Trébuchet est originaire d’une famille d’armateurs bretons ayant très probablement participé au commerce triangulaire au XVIIIème siècle. La mère de Sophie Trébuchet, Renée Louise Le Normand du Buisson, est morte « dans les eaux », juste après l’accouchement de son huitième enfant. Renée Le Normand du Buisson est fille de Renée-Pélagie Brevet, morte à vingt-trois ans et de René-Pierre Le Normand du Buisson, avocat et procureur fiscal qui a fait preuve de lâcheté sous la Terreur, puisqu’il a acquiescé aux noyades de Nantes commanditées par le juge Carrier (génocide breton et vendéen).
Sophie Trébuchet mourra d’eau dans les poumons (phtisie) après avoir jardiné.
Victor Hugo épousera Adèle Foucher et donnera naissance à Léopold qui mourra à 4 mois, Léopoldine qui mourra noyée dans la Seine à Villequier à l’âge de 19 ans, Charles (décédé d’apoplexie), François (décédé de tuberculose), Adèle qui « sombrera » dans la folie (comme les navires) après s’être éprise d’un officier qu’elle suivra de manière obsessionnelle jusqu’à l’île de la Barbade (réplique de l’exil de l’aïeul à l’île Maurice où il laissera la vie) et où elle errera avant d’être rapatriée en France.
Victor Hugo devra s’exiler sur les îles de Jersey et de Guernesey où il rédigera une partie des Contemplations – recueil dédié à sa fille noyée Léopoldine – en contemplant l’océan, la nuit. Le thème du gouffre, des abysses, des épaves, des monstres dans la nuit marine reviennent souvent dans son œuvre poétique et symbolisent une hantise psychique par la douleur du deuil.
Victor Hugo mourra d’asphyxie (autre variante de la noyade) déclenchée par une pneumonie.
On peut donc relever du côté maternel la problématique transgénérationnelle liée au thème de l’eau et des mortalités précoces : « mort dans les eaux », de Louise ; noyade de Jean-François Trébuchet ; noyade à dix-neuf ans de Léopoldine ; noyade symbolique d’Adèle dans la folie et du frère de Victor Hugo, Eugène (suite au mariage de Victor avec Adèle dont il était éperdument amoureux) ; noyade pulmonaire (phtisie de Sophie Trébuchet, tuberculose de François, pneumonie de Victor)…
Il y a, dans ces phénomènes de répétitions et de loyautés familiales (« on doit mourir de la même mort que l’aïeul J F Trébuchet »), le devoir de remboursement inconscient (ou karmique ?) d’une double dette de culpabilité : celle des noyades vendéennes sous la Terreur et celle d’avoir laissé s’exiler l’aïeul qui est mort seul, au loin. Ce phénomène de rétribution inconsciente passe par les noyades, l’errance et l’exil (exil de Victor Hugo, errance de sa fille Adèle, exils successifs de Sophie Trébuchet qui devait suivre son mari officier au cours de ses campagnes militaires napoléoniennes).
La postérité donnera à Victor Hugo le surnom d‘Homme Océan qui renvoie directement à la mémoire transgénérationnelle maternelle dont il est à la fois le porteur et le réparateur, puisqu’il met en mots l’indicible douleur familiale, régionale et collective des êtres chers disparus dans les eaux.
Analysons maintenant la branche paternelle du poète.
2) L’Homme-siècle
La problématique transgénérationnelle liée au triangle amoureux tragique et à la rivalité fratricide domine cette branche. L’issue est toujours la même : la mort ou la folie.
Joseph Léopold Sigisbert Hugo naît à Nancy le 15 novembre 1773 et meurt d’apoplexie le 29 janvier 1828 à Paris. Il vient d’une lignée ayant servi dans l’armée royale et accompli de hautes fonctions, surtout du côté paternel, puisque son père Joseph était un ancien adjudant et homme de loi auprès du roi Louis XVI.
Nommé officier puis colonel au service du frère de Napoléon, Joseph Léopold Sigisbert Hugo parcourt toute l’Europe, de garnison en garnison. Son épouse est contrainte de le suivre avec ses trois enfants, Abel, Eugène et Victor. En route vers l’Espagne où Léopold est muté, tous les trois sont témoins de massacres et d’exécutions qui marqueront fortement la mémoire de Victor.
Le couple ne s’entend pas, se dispute fréquemment et, lorsque le divorce est prononcé, la fratrie est divisée : Abel ira vivre avec son père, tandis que les deux frères considérés comme jumeaux, Eugène et Victor, restent avec leur mère.
Joseph Léopold Hugo a un ami très proche, qu’il considère comme son frère jumeau de cœur, Victor Fanneau de la Horie, général français (né le 5 janvier 1766 et mort le 29 octobre 1812 à l’âge relativement jeune de 46 ans, fusillé), descendant d’une lignée de juges. Il est notoire que Victor Fanneau de La Horie devient l’amant de Sophie Trébuchet, l’épouse de Léopold. Les deux entretiennent une liaison pendant de longues années. Quand Victor Fanneau est accusé de conspiration contre Napoléon 1er, Sophie le cache dans le couvent des Feuillantines, la demeure et le jardin refuges – symboles de l’Éden – que le poète évoquera beaucoup dans Les Contemplations. Victor Fanneau devient le précepteur et le parrain du jeune Victor. Il est à noter que le parrain et son neveu portent le même prénom. Ce n’est pas un hasard. En vérité, beaucoup d’éléments biographiques établissent que Victor Fanneau de La Horie est, en vérité, le père biologique de Victor, tandis que Léopold est le père adoptif. Inlassablement traqué par ses anciens amis représentants de la police impériale, Fouché puis Savary, Victor-Fanneau est arrêté et fusillé.
Le jeune Victor perd donc deux fois une figure paternelle : la première avec l’éloignement de Léopold lors de la séparation du couple légitime, la deuxième avec l’exécution du parrain – en vérité, père biologique – Victor Fanneau de La Horie.
Il reste au jeune Victor son frère aîné Eugène dont il est si proche que tous les deux sont considérés comme jumeaux. Cependant, tous les deux tombent amoureux d’Adèle Foucher, une amie d’enfance. C’est Victor qui épouse Adèle. Eugène ne peut le supporter et sombre dans la folie schizoïde le jour du mariage de son petit frère.
Le mariage de Victor avec Adèle sera malheureux. Le couple se préoccupera de préserver seulement les apparences. En vérité, Victor et Adèle ne s’entendent pas – l’un trompant l’autre, Adèle avec l’écrivain Sainte-Beuve et Victor avec Juliette Drouet dont il adoptera la fille (morte au même âge que Léopoldine) et qu’il installera non loin de chez lui lors de son exil à Guernesey.
En retraçant les événements-clés qui ont impacté la vie de l’écrivain dans ce génosociogramme, je peux noter deux déterminismes générationnels :
1) le trio amoureux infernal :
A. l’époux-l’épouse-l’amant (Léopold-Sophie-Victor Fanneau)
B. les frères jumeaux tous deux amoureux de la même jeune fille (Eugène-Victor-Adèle)
C. l’époux-l’épouse-l’amante (Victor-Adèle-Juliette).
Pour les cas A et B, ce trio amoureux est dominé par une rivalité fratricide reprenant l’épisode biblique de l’Ancien Testament où Caïn tue son frère Abel. Il est à noter que le frère aîné de Victor s’appelle Abel. Il est évincé de la fratrie en allant vivre avec son père Léopold, au rythme de ses conquêtes militaires. Il s’agit d’une sorte de disparition, voire de mort symbolique, pour le jeune Victor qui ne voit plus son frère.
Pour le cas A, la rivalité fratricide concerne Léopold, l’époux de Sophie et son ami intime Victor Fanneau, l’amant de Sophie. Inconsciemment, l’un doit nécessairement disparaître pour que l’autre garde – sinon sa place d’époux – au moins sa place de père auprès du jeune Victor. Ce souhait de meurtre psychique se matérialise, selon moi, dans la matière, avec l’éviction par les armes de Victor Fanneau de La Horie.
Pour le cas B, le même schéma de lutte fratricide se reproduit. L’un doit disparaître pour que l’autre existe en tant qu’époux. Eugène, amoureux fou d’Adèle, disparaît psychiquement puisqu’il devient dément le jour des noces entre Victor et Adèle. L’issue du conflit fratricide ne présente que deux alternatives – la folie ou la mort – comme dans les tragédies grecques.
Il est à noter que le thème de l’œil de la conscience culpabilisante qui juge Caïn est souvent évoqué dans la poésie de Victor Hugo :
« L’Oeil était dans la tombe et regardait Caïn. »
La Conscience
2) L’injustice et la trahison par un proche :
Victor trahit Eugène en épousant Adèle ; puis il trompe sa femme avec Juliette tout comme l’a fait sa mère Sophie avec Victor Fanneau. Quant à Victor Fanneau, ses implications dans les conspirations contre Napoléon n’ont pas été clairement démontrées. Il a été arrêté puis condamné à mort suite à la dénonciation de deux de ses amis (Savary notamment). Enfin, des études biographiques émettent l’hypothèse que ce serait Pierre Foucher, le père d’Adèle Foucher, greffier au tribunal de Paris, qui l’aurait dénoncé. Quoi qu’il en soit : Victor Fanneau de la Horie subit l’ironie d’une destinée tragique : il meurt exécuté alors qu’il est le descendant d’une lignée de juges de paix !
La mémoire transgénérationnelle que porte Victor Hugo pourrait donc être la suivante :
A) Victor est sous l’emprise d’une mémoire de répétition :
1) Il reproduit la mésentente conjugale de ses parents.
2) Il reproduit la mémoire d’adultère (liaison avec Juliette Drouet qui habite non loin du foyer conjugal à Guernesey et liaisons avec d’autres maîtresses).
3) Il reproduit la mémoire d’exil du fait des déplacements récurrents du couple parental à travers l’Europe.
4) Il reproduit la mémoire de révolte et d’exil du fait du traumatisme de l’exécution de son père biologique : Victor Fanneau de la Horie. En effet, tout comme Victor Fanneau de la Horie, il fomentera une conspiration contre le Coup d’État de Napoléon III et, ses jours étant clairement en danger, traqué par la police (comme le fut Victor Fanneau de la Horie), il est contraint de s’exiler pendant 20 ans sur les îles anglo-normandes.
B) Victor est sous l’emprise d’une mémoire de réparation vis-à-vis de son père Fanneau de La Horie :
1) Il prend la plume pour dénoncer les injustices et les misères de son temps (Les Misérables). En effet, son père biologique est mort comme un misérable, condamné à mort et fusillé, et il est représenté par l’image du forçat traqué, Jean Valjean, dans la fresque sociale Les Misérables. Il ne faut pas oublier que Victor a été prédestiné très jeune à ce rôle de réparation puisque son inconscient a été chargé de toutes les images d’exécutions sur la route espagnole.
2) Il se révolte contre la tyrannie de Napoléon III tout comme son père biologique Victor Fanneau de la Horie contre Napoléon 1er, reprenant le flambeau de son combat. Et il réussit là où son père a échoué. En effet, alors que Victor Fanneau aurait pu s’exiler aux Amériques – comme cela lui avait été conseillé – pour échapper à la mort, Victor, lui, parvient à s’exiler, non seulement pour sauver sa vie, mais aussi pour traverser le deuil de sa fille Léopoldine. Puis, à son retour en France, il fera une véritable carrière politique, siègera à l’Assemblée nationale, demandera l’abolition de la peine de mort – accomplissant ce que Victor Fanneau de la Horie n’a pu accomplir : le combat pour la justice, l’égalité et la liberté.
En ce sens, il incarne l’expression de L’Homme-Siècle que la postérité lui a attribuée et qui correspond à la mémoire transgénérationnelle de la branche paternelle.
Il ne faut jamais oublier que nos réactions, choix, pensées sont déterminés par les événements familiaux et socio-historiques. Qu’aurions-nous fait à la place de cet aïeul dans le même contexte ? Pas mieux, je pense. Pas pire, non plus. Il est à noter que si la vie de Victor Hugo a été dirigée par des déterminismes transgénérationnels inconscients, l’écrivain a transformé ces déterminismes en élan réparateur et créateur puisque, grâce à ses œuvres littéraires et son engagement politique, il a réparé la société de son temps à travers ses deux lignées – maternelle et paternelle.
Intéressons-nous maintenant à l’enfant de remplacement et au fantôme transgénérationnel dans le génosociogramme de Victor Hugo.
1) L’enfant de remplacement :
Ce terme désigne un enfant né après un enfant mort, à la naissance ou en bas âge. Léopoldine, le deuxième enfant de Victor Hugo (considérée comme le premier enfant sur l’arbre généalogique), est l’enfant de remplacement du petit Léopold, décédé à 4 mois. Son prénom reprend le prénom de l’enfant mort, en étant féminisé : Léopold-ine. Il était courant, au XIXème siècle, que l’on donne les mêmes prénoms de génération en génération : Léopold fils reprenant le prénom Léopold père. Mais leur attribution peut être psychiquement significative du point de vue transgénérationnel (c’est tout l’inverse aujourd’hui, puisque la mode est de donner aux enfants des prénoms fantasques, ce qui n’efface pas les traumatismes générationnels mais qui, bien au contraire, les refoule très loin dans la psyché). De même, Léopoldine semble avoir remboursé dans le sacrifice inconscient de la noyade (sa robe est restée accrochée au bateau retourné et elle ne savait pas nager) la dette collective et karmique de René-Pierre Le Normand du Buisson, contractée lors des noyades vendéennes sous la Terreur.
2) De plus, Adèle semble avoir été colonisée par le fantôme transgénérationnel de l’aïeul Jean-François Trébuchet.
« Le fantôme transgénérationnel est une mémoire familiale qui se constitue et qui va être « gérée inconsciemment » par l’un des membres du clan né après le drame. Cette mémoire est enfermée dans une sorte de crypte de l’inconscient dans laquelle vivrait le Fantôme en relation avec le drame. Ce dernier sortirait de temps en temps et utiliserait le corps et l’esprit de l’enfant ». affirme le Docteur Salomon Sellam dans son ouvrage Le Syndrome du gisant.
Adèle Hugo est la gisante de l’aïeul Jean-François Trébuchet. Lorsqu’elle suit désespérément un officier dont elle est folle amoureuse jusqu’à l’île de la Barbade, c’est pour remettre en marche ce défunt, lui redonner vie et mouvement, d’une certaine manière, autre façon de le « ressusciter », ce qui ne peut que l’amener à sombrer dans la folie et à rejoindre ensuite le sépulcre de l’hôpital psychiatrique.
3) Ce fantôme transgénérationnel de l’aïeul J F Trébuchet, c’est Victor Hugo qui en fut le vecteur, contaminant ainsi inconsciemment ses enfants, ayant été lui-même contaminé dans son psychisme par cette disparition injustifiée, cette noyade injustifiable de son grand-père maternel.
Nombreuses sont les références à la crypte dans son œuvre poétique, comme dans le poème Veni, Vidi, Vixi: Je suis venu, j’ai vu, j’ai vécu (donc je suis mort) :
« Ô Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !«
La récurrence de l’attrait pour la mort et l’abîme montre que le poète souffre non seulement d’un deuil pathologique (volonté de fuir les fleurs, le soleil, les parfums du printemps pour reposer dans une nuit sans saison) de sa fille Léopoldine, mais aussi d’une fascination pour les fantômes du passé (qu’il interrogera lors de séances de spiritisme à Jersey et à Guernesey).
Cette contamination transgénérationnelle par le fantôme conduit également Victor Hugo à remettre debout son proche défunt mort de manière indigne : Victor Fanneau de La Horie, grâce à son combat politique et judiciaire, manière aussi de dépasser le deuil de Léopoldine dans ses plus beaux poèmes, comme Demain, dès l’aube, extrait des Contemplations, où il berce son souvenir par la marche, essayant de la faire revivre dans la beauté de la nature et le cycle du temps :
« Demain, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt ; j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.«
4) En laissant inconsciemment le fantôme de l’aïeul Jean- François Trébuchet le coloniser – jusqu’à contaminer ses descendants -, son clan maternel lui a transmis une mission de réparation par l’octroi de son prénom Victor, qui signifie Vainqueur en latin.
Victor devait vaincre la mort. Le déterminisme familial l’a confronté à de nombreux deuils pour remplir cette mission : la mort de Fanneau de La Horie, la mort du petit Léopold, la mort de Léopoldine, la mort de Charles, la mort de François-Victor. Seule sa fille Adèle lui a survécu, recluse à l’asile psychiatrique.
De la descendance de l’arbre généalogique de Victor Hugo, il ne reste que celle de Charles.
Alors, Victor Hugo a-t-il vaincu la mort ? Sans doute par la littérature et en accédant à la postérité, offrant ainsi à tout son clan l’opportunité d’être éternellement mis en lumière.