Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Journal de ma résilience, Le livre de vie, Récit de Vie

La fin d’un livre de vie

Il arrive, lorsque vous avez terminé d’écrire votre livre de vie, de traverser un processus de deuil.
En effet, vous vous étiez habitué aux rencontres régulières avec le biographe.
Vous avez cheminé avec lui à travers votre vie et il vous semble que celle-ci prend fin.
En vérité, il n’en est rien.

Néanmoins, vous pouvez ressentir de la tristesse car la destination atteinte signe la fin du voyage ; la réalisation d’un projet marque toujours la fin du rêve.
Il est possible de dépasser ce deuil et d’aller plus loin que votre livre qui vous ouvre à une autre vie.

Outre le fait d’envoyer un livre à un éditeur ou à un imprimeur – et donc de transformer le terme de ce cheminement en un autre trajet -,
vous pouvez, par exemple, ajouter des pages blanches à votre œuvre. Ces pages évoqueront la poursuite de votre vie au-delà de tout ce que vous avez écrit.
Vous pouvez adresser, en guise d’épilogue, une phrase à vos proches afin que ceux-ci continuent avec leur propre plume leur histoire qui, ainsi, s’unira à la vôtre.
Vous pouvez même adjoindre un cahier vierge qui prolongera, une fois rempli, le livre initial. Vous donnerez jour, alors, à un projet d’écriture à plusieurs mains.
Vous pouvez aussi tenir un journal sur ce que vous avez éprouvé pendant la réalisation de votre autobiographie, noter comment cette entreprise a profondément contribué à votre évolution personnelle, faire une liste de tous les atouts qu’elle vous apporte dans votre quotidien. C’est ce que j’appelle écrire une autobiographie sur l’autobiographie ou encore créer, cette fois-ci, non plus la biographie de votre passé, mais celle de votre présent – une fois que les pages de votre passé sont bel et bien tournées.

N’oubliez jamais. Un livre achevé ouvre une fenêtre en soi.
Alors, changez par votre écriture qui renaît de jour en jour,
votre deuil en joie.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de ma résilience, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies, Toute petite je

La chambre de l’enfance

Retrouver
la chambre
de l’enfance
et sous l’édredon

qui fleure
bon
la lessive
de lavande

vivre
mes rêves
pendant que le feu
vermeil

et tranquille
d’un bouquet
de roses
me veille

Puis le lendemain
me voir
dans l’aube
du miroir

un peu autre
plus neuve
plus heureuse
ignorante

de toutes
ces épreuves
qui m’attendent
Sourire

ainsi
à mes yeux
tranquilles
en bordant

chacun
de mes cils
de mascara
bleu

sans me soucier
d’entendre
la voix inquiète
de ma mère

qui s’exclamera :
Voyons !
C’est beaucoup trop tôt !
Tu es si jeunette !

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de ma résilience, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le rêve

Je suis retournée là-bas
en rêve
et j’ai retrouvé
l’empreinte de mes pas
sur la terre de l’allée,
le feu nacré des roses-thé,
les étincelles du rire de Maria,
l’ombre bleue du tilleul,
et quand j’ai franchi le seuil,
l’impression que je n’étais pas seule
car il y avait une fenêtre
ouverte pour moi
dans l’été.
À mon réveil,
je me suis sentie
si habitée
par la vie
de jadis,
que je me suis demandé
si l’absence
de toutes ces choses,
de tous ces êtres
n’était pas un rêve
et si ce qui m’était revenu,
le temps d’une nuit,
dans le secret
de mes yeux fermés,
n’était pas réel…

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience

Lettre à l’enfant intérieur

Beaucoup d’entre nous ont abandonné leur enfant intérieur.
C’est comme si, préoccupés par les exigences de la vie, ils l’avaient oublié dans un orphelinat ou un pensionnat.

Et si nous lui écrivions, par cet après-midi d’hiver, une lettre d’invitation pour de grandes vacances ou un long séjour ?
Prenons du beau papier à lettre.


Écrivons sur l’en-tête son prénom (le mien est Angello).

Cher Angello, mon enfant,

Premièrement, demandons-lui pardon de l’avoir délaissé. Expliquons-lui les raisons, très sérieuses et cependant fausses, de notre conduite envers lui. Faisons amende honorable.
Puis, annonçons-lui en majuscules de couleur que nous serions très heureux de le serrer à nouveau sur notre cœur.
Décrivons-lui sa maison, la chambre où il pourra, comme autrefois, continuer à faire des rêves.
Proposons-lui des activités insouciantes.

Que veux-tu, Angello ?
Que l’on reprenne notre collection de coquillages ?
Que l’on chausse de hautes bottes pour marcher dans les feuilles mortes ?
Que l’on donne un sobriquet à chaque nuage qui passe ?
Que l’on saute dans les flaques ?
Que l’on modèle des visages avec de la pâte tendre ?
Que l’on colle de grands posters dans ta chambre ?
Que l’on achète un large chapeau de magicien ?
Que l’on dénoue le sachet de billes sur le tapis ?
Que l’on appelle une fée si tu as la fève ?
Que l’on danse jusqu’à perdre le souffle ?
Que l’on se perde avec plaisir dans les buissons ?
Que l’on fasse une fugue au clair de lune ?
Que l’on contemple jusqu’à minuit la voûte céleste ?
Que l’on écrive un message ensemble sur la buée de la fenêtre ?


Adressons-lui une liste de propositions qui lui semblera infinie.
Traçons sur notre lettre un long chemin de découvertes.

Nous verrons peut-être se raviver dans le reflet de l’encre des cauchemars que nous avons refoulés. Dans ce cas, promettons à l’enfant d’être là, et de l’aider au matin à dessiner ce terrible dragon pour que ce dernier sorte de lui et qu’ainsi, à jamais figé sur le papier, il ne l’embête plus.

Je t’ai acheté, Angello, une myriade de confettis, des guirlandes, du papier doré qui bruit.
Toutes les choses agréables de jadis t’attendent
car après toute cette vie, tu n’as pas grandi.


Enfin, signons la lettre de notre nom de père ou de mère.
Notons notre adresse sur l’enveloppe
puisque c’est à cette adresse que se situait l’orphelinat ou le pensionnat
qui redeviendront une vraie demeure
pour notre enfant intérieur.
Le cachet de la poste fera foi.

Géraldine Andrée

Écrivons une lettre à notre enfant intérieur !





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Le souffle de l’instant

C’était une ardente après-midi de printemps.
J’avais attendu, dans le plein soleil tout étoilé de pollens, que ma mère vînt me reconduire chez nous à la sortie de l’école.
Dans la voiture, je cherchais mon souffle.
En rentrant à la maison, je respirais de plus en plus difficilement, de plus en plus désespérément.
Je m’assis, exténuée, dans la cuisine baignée de lumière.
Lorsque j’inspirais, mon souffle cheminait très lentement dans mes bronches comme si des obstacles s’étaient dressés à son passage, puis s’en retournait par ma bouche avec des râles rauques.
L’air gonflait mon estomac comme un ballon de baudruche.
Pour franchir le cap de chaque instant, je fixais les fleurs de la nappe.
Il y en avait des mauves, des roses, des blanches.
Je ne faisais que cela: regarder les fleurs une par une, comme si je les cueillais patiemment dans un grand champ.
Et je me disais, sans ces mots que j’écris dans mon journal d’aujourd’hui, mais avec le silence de ma pensée presque inconsciente:

« Tu as vécu un instant de plus, puisque tu as vu une fleur de plus.  »

Le docteur consultait à six heures. Ma mère m’y emmena d’urgence. En m’auscultant, le docteur décréta que je faisais une crise d’asthme et qu’il me fallait une injection de cortisone. De toutes mes forces d’enfant, je refusai l’injection de cortisone; ma détermination eut raison de mon étouffement. Pour la première fois, je CHOISISSAIS. Je posais un acte libre du haut de mes onze ans.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, l’asthme avait cessé ; je respirais mieux.
Dès que je vis un moment difficile, je songe à chaque instant de mon souffle, au souffle de chaque instant.
Cela me rend plus libre dans le déterminisme apparent d’une situation :
je sais que je suis la seule souveraine de l’adéquation qui existe entre l’éclosion de mon souffle et l’instant présent.

Géraldine Andrée

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Écrire la nuit

Écrire la nuit au rythme de la musique
des poésies, des récits
et me souvenir de ces longs voyages nocturnes
avec des morceaux d’Enya
qui remplissaient l’habitacle de la voiture.

La route s’éclairait au fur et à mesure que nous avancions
tout comme le mot allume la lueur du mot suivant.
De chaque côté de la vitre, c’était le désert de l’Atlas
et de frêles touffes d’herbes brunes
qui apparaissaient devant les phares.

L’écriture et le voyage ont un point commun :
la confiance en sa propre trace,
quels que soient l’intensité du noir,
la faiblesse de la lampe,
la sécheresse qui menace.

L’écriture me conduit
dans la nuit.

Géraldine Andrée

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La lampe allumée

J’ai souvenance que mon père, grâce à un montage électrique qu’il avait inventé, programmait qu’une lampe s’allumât toute seule dans l’une des chambres lorsque nous partions longuement en vacances, ceci pour dissuader les éventuels cambrioleurs.

Ainsi, à minuit, une petite lampe de chevet brillait derrière la fente des volets. Le passant pouvait croire la maison habitée.

Mon père est feu aujourd’hui.

C’est pour cela, je crois, que j’écris des poèmes au coeur de la nuit, sous le fêle halo d’une ampoule blanche.

Je veux être, par le mouvement de l’encre dans le silence, cette énergie électrique qui allume une lueur au fond de l’absence.

Géraldine Andrée