Publié dans Journal de ma résilience, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies, Toute petite je

La chambre de l’enfance

Retrouver
la chambre
de l’enfance
et sous l’édredon

qui fleure
bon
la lessive
de lavande

vivre
mes rêves
pendant que le feu
vermeil

et tranquille
d’un bouquet
de roses
me veille

Puis le lendemain
me voir
dans l’aube
du miroir

un peu autre
plus neuve
plus heureuse
ignorante

de toutes
ces épreuves
qui m’attendent
Sourire

ainsi
à mes yeux
tranquilles
en bordant

chacun
de mes cils
de mascara
bleu

sans me soucier
d’entendre
la voix inquiète
de ma mère

qui s’exclamera :
Voyons !
C’est beaucoup trop tôt !
Tu es si jeunette !

Géraldine Andrée

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Retrouvailles

J’ai relu le journal intime que j’ai tenu dans l’ancienne maison.
J’ai été surprise par l’encre toujours bien nette, toujours bien vive
de mes phrases
et j’ai retrouvé comme de vieux amis
des mots comme « véranda », « platane, « chat », « jardin »,
des expressions aussi telles que « l’heure mauve dans ma chambre », « l’aube aux lisières »,
alors que toutes ces choses ont disparu depuis longtemps
et qu’il ne subsiste aucune preuve de leur existence,
sinon la trace de leur passage dans la neige éternelle de la page
et qui me mène à un espace de silence
que je me crée dans le temps d’aujourd’hui
pour mieux me souvenir…

Géraldine Andrée

Publié dans Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, musique, Poésie, Poésie-thérapie

Le long week-end

J’aimerais que ma vie soit un long week-end.
J’approcherais mon visage de la flamme
après m’être baignée dans mon âme

puis je baptiserais d’un poème
chaque goutte d’eau
qui constellerait ma peau.

Un rire dans son éclat
m’emporterait vers une existence
où l’on ne meurt pas.

Et au moment de m’endormir
au creux de l’enfance,
un rêve accrocherait des ailes

à mon dos
pour que la joie qui se termine
recommence aussitôt.

Le temps, alors,
serait largement ouvert
comme un bras de mer

qui me bercerait
sans que sa force ne m’étreigne…
J’aimerais que ma vie soit un long week-end.

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Poésie, Récit de Vie

Le savon d’Alep

J’ai retrouvé le savon d’Alep
-depuis le temps que je le cherchais
dans toute sa rondeur
sa vérité
et son parfum de laurier

Celui-ci est traversé
par de légères
cordelettes
pour que je puisse l’accrocher
au mur de faïence

Et je prends conscience
après tant d’années
que je demeure
reliée
à ce beau soir étoilé

où nous sommes sorties
en clandestines
au hammam
Christiane
et moi

Est-ce que le miroir
au-dessus de la fontaine
-s’il existe encore –
reconnaîtrait
notre ancienne jeunesse ?

Je ne sais
Mais le savon d’Alep
laisse
la même trace
sur ma peau

que jadis
et je me surprends à penser
que je suis
pour ce temps
qui ne peut revenir

une page
sur laquelle
le savon
fait apparaître
en guise

de mots
des bulles de mousse
qui crépitent
en leur lueur
dorée

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Le journal de mes autres vies, Le journal des confins

Écrire la nuit

Écrire la nuit au rythme de la musique
des poésies, des récits
et me souvenir de ces longs voyages nocturnes
avec des morceaux d’Enya
qui remplissaient l’habitacle de la voiture.

La route s’éclairait au fur et à mesure que nous avancions
tout comme le mot allume la lueur du mot suivant.
De chaque côté de la vitre, c’était le désert de l’Atlas
et de frêles touffes d’herbes brunes
qui apparaissaient devant les phares.

L’écriture et le voyage ont un point commun :
la confiance en sa propre trace,
quels que soient l’intensité du noir,
la faiblesse de la lampe,
la sécheresse qui menace.

L’écriture me conduit
dans la nuit.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, histoire, Le journal de mes autres vies

Le miroir

Je me souviens d’un miroir rond et doré dans ma chambre d’hôtel à Alep. L’hôtel n’existe plus. Il a été pulvérisé. Mais je revois si bien le miroir. Il étincelait sous les lampes de la salle de bain laquée de blanc. Et il me semblait qu’il allumait sur mon visage des étincelles de diamant. Le miroir a dû se briser en mille morceaux sous un souffle très puissant contre lequel on ne peut rien. Il est toujours là, pourtant. En quelques mots, je l’accroche dans un autre espace tout aussi blanc, celui de la page. Je le fais briller avec ma lampe de chevet. Je m’y regarde. Je me vois songer que rien ne se perd. Ma mémoire devient ce miroir où réapparaît tout ce que l’on croyait à jamais effacé. Ma mémoire devient miroir vivant.

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Poésie

Le billet

Comment faire pour voyager dans sa chambre ?
C’est facile !
Vous prenez un billet unique,
le poème,
et vous partez en calèche
avec Victor Hugo, pour le jardin des Feuillantines,
ou en train avec Arthur Rimbaud, pour la rive qui promet la vie abyssine,
ou encore de l’autre côté du
temps,
avec Robert Desnos
qui vous guide vers votre ombre.
Et quand le voyage se termine,
nul regret,
car c’est là que tout recommence.
Vous prenez un autre billet
avec votre fidèle
compagnon de route :
le silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Le journal de mes autres vies, Mon aïeul, mon ami., Un cahier blanc pour mon deuil

Les soirs anciens

Quand j’écoute
l’Ami
m’évoquer
les soirs anciens
je revois
les visages
qui se touchent
dans la lumière
de la lampe
rouge
et ce souffle
des lèvres
qui précède
chaque mot
Alors
je me dis
que ce que j’ai vécu
n’est en rien
un mirage
un tour
ambigu
que me joue
ma mémoire
mais un présent
absolu
qui m’éclaire
jusqu’à l’aurore
quand je me souviens
avec remords
des jours
qu’il me semble
avoir perdus

Géraldine

Publié dans Le journal de mes autres vies, Toute petite je

Adieu mon enfance

Adieu
mon enfance
telle que tu as été
avec tes larmes
et tes secrets
enfouis
dans les cheveux
de mes poupées

Adieu
ta bicyclette rouge
dont les secousses
montaient
jusqu’à mon coeur
lorsque je dévalais
la pente
du Crève-Coeur

Adieu
mes peurs
qui criaient
en silence
dès que la lune
baignait
de sa clarté
rousse
ma chambre

Adieu
les maux
de ventre
quand
j’avais été
trop gourmande
de sirop
à la menthe

Adieu
le petit théâtre
de marionnettes
qui ouvrait
pour moi seule
son rideau
pour me divertir
de la solitude

Adieu aussi
mes conversations
avec les arbres
lors d’une fugue
dont je ne revins
jamais
tout à fait

Adieu les boucles
emmêlées
qui me faisaient hurler
sous le peigne
la bouche
entourée de terre
les écorchures

les mensonges
pour éviter
d’être punie
les Mange ta soupe
Elle est bonne
les chaussures
trempées
par la pluie
d’automne
qui me donnaient le rhume

Adieu
les fièvres
les brûlures
des gifles
sur les joues
les éclaboussures
de boue
sur la robe
qui me condamnaient
à me coucher
avant les premières
étoiles

Adieu
les devoirs
les mots barrés
les zéros
les remarques
dans le carnet gris
et qu’il fallait présenter
à la famille
à la fin d’une longue
journée d’hiver

Adieu
la sensation
troublante
à la fois exquise
et douloureuses
que mes seins
poussent
lorsque je passe
mes doigts
à l’échancrure
de ma chemise
pendant la sieste

Je suis devenue
une autre
Mais de toi
j’ai gardé
la force
des rêves
le mouvement
de sève
de la liberté
dont j’ai hérité
lors de mes échanges
avec le vent
ivre
du chant
des tiges

Maintenant
je suis capable
d’être seule
et de m’accompagner
Et je sais
que si je reviens
un jour
dans un autre corps
après ma mort
j’aurai une autre
enfance
qui me fera grandir
jusqu’à mon âme

Adieu

Géraldine Andrée