Publié dans L'alphabet de l'herbe, Poésie

L’écriture et la connaissance

Écrire nécessite de connaître les choses.

Mais surtout, écrire nécessite de saisir ce que connaissent les choses.

Que savent-elles ?

Que sait l’arbre ? Que sait la pluie ? Que sait le vent ?

Pour cela, il importe, en écrivant, d’être l’arbre, la pluie, le vent,

faire l’expérience, une feuille après l’autre,

du souffle sur chaque goutte.

Écrire le ressenti d’être le monde dans un mot, quand toutes les étoiles sont réunies.

Alors, on ne cherche plus désespérément le puits de l’inspiration.

On accueille l’évidence de ce qui est

à fleur de notre conscience

et on en fait un roman,

une nouvelle,

un poème court

qui célèbre le simple miracle

de nous mener à la connaissance

d’un autre jour.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Grapho-thérapie, Dialogue avec ma page, L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie, Journal de silence

Écrire ou donner une voix au silence

L’écriture du silence

Écrire, c’est s’écrier en silence

Je me souviens d’avoir été subjuguée, adolescente, par le tableau Le Cri d’Edvard Munch, ce cri lancé sur un pont face à l’ineffable, face à l’invisible et qui semble traverser la toile pour cribler le cœur du spectateur.

J’ai déjà expliqué dans mon billet Le cahier de l’indicible comment l’écriture reformulait ce qui était crié en silence, comment elle permettait à ta voix de reprendre toute sa place originelle sur la page, telle une constellation qui apparaît de manière évidente dans la nuit. Je t’ai montré comment mettre en voix le non-dit, voire le tabou.

Aujourd’hui, je souhaite que ton regard aborde un autre angle de l’écriture.

Certes, tu fais résonner, en écrivant, ta voix dans le silence.

Et si, dès demain, sur tes pages du matin, tu donnais une voix aux multiples silences de ta vie ?

L’écrivain – et chacun de nous est un écrivain à partir du moment où il fait de l’écriture une pratique quotidienne – parle souvent au nom de tous ceux qui ne peuvent s’exprimer.

Par des personnages emblématiques d’une classe sociale brimée – il en est ainsi du forçat comme Jean Valjean, de la prostituée qu’est Fantine, de l’enfant maltraitée Cosette -, par des héros fictifs qui affrontent, tels de courageux Misérables, le déterminisme d’une vie que la société a écrite pour eux, l’écrivain remet le lecteur au contact du vrai fil de son existence. On sait, comme dit Jung, que tout ce qui n’a pas été clairement énoncé en conscience revient sous forme de fatalité. Les écrivains offrent donc une chance à leurs lecteurs, par le truchement d’êtres de papier – y compris quand ce ne sont qu’eux les lecteurs -, de s’écrier :

– Mais, c’est mon problème, cela ! Comment puis-je faire pour le dépasser ?

De même, pour avoir lu beaucoup de poèmes, je crois que l’écriture donne une voix à tous ceux qui ne parleront jamais – tous ces animaux, toutes ces plantes et ces choses qui, pourtant, nous font signe chaque jour, en quête de notre reconnaissance.

Prends ton cahier et dresse une liste d’écriture de tous ces silences dont tu pourrais être le porte-parole.

Il en est ainsi

  • des amis que tu as perdus de vue et qui, parce que vos adresses respectives se sont égarées, ont cessé de te donner de leurs nouvelles et de te demander des tiennes. Écris une lettre comme si tu étais à leur place. Invite-les à te raconter leur vie – ce qu’ils sont devenus, comment ils ont évolué. Peu importe que cela soit vrai ou pas. L’essentiel est que tu métamorphoses leur silence en danse des phrases. Et qui sait si, demain ou après-demain, une synchronicité ne surgira pas sous forme de rencontre ?
  • des défunts, de tous ces êtres chers partis dans l’au-delà. Allume une bougie devant ton cahier et instaure un dialogue avec eux en laissant aller ta plume, tout simplement. Il arrivera un moment dans la page où ta main voguera sur le papier, traversée par un étrange courant, guidée par un mouvement qui vient de bien plus loin que ta volonté – comme si ta main vibrait. Ne t’inquiète surtout pas. Fais confiance à cette ondulation. L’Univers sait quel chemin tu peux suivre pour atteindre le mystère de l’autre rive.
  • des objets qui te sont précieux sentimentalement – ceux que tu as conservés et ceux que tu as perdus. Retrace, par exemple, l’histoire de ce service à thé de porcelaine de Chine qui a franchi les époques pour venir jusqu’à toi. Et ce tableau peint par ta grand-tante ? Raconte l’instant qui correspond au point initial, lorsque ton aïeule a posé la première touche de couleur sur la toile.
  • des animaux qui t’entourent, des animaux décédés ou encore des animaux sauvages qui te fascinent. Instaure un contact avec eux en décrivant par des phrases brèves ou amples le rythme de leur respiration, de leur course, de leur galop… Que contemples-tu dans leur regard ? Que comprends-tu à leurs jeux et à leurs cris ? Évoque comment tu perçois le caractère inconditionnel de leur présence qui dépasse les barrières du langage verbal.
  • des poèmes que tu écris au nom de la pluie, des forêts, des rivières. Qu’aurait à te dire une pervenche ? Quel message te transmettrait le chêne de ton enfance ? Que te chanterait un fleuve ? Quel mot placerais-tu sur la note de cet oiseau ? Écris sans t’interrompre, sans lever la main, pour laisser couler de source ce qui va se dire et dont tu es le messager.

Tu t’apercevras, ainsi, qu’en donnant une voix à tous ces soi-disant silences, en laissant parler librement tous ces êtres et toutes ces choses qui ne parlent pas le langage humain, tu te mettras à l’écoute de ce qui t’était caché.

Et ce ne sera plus ce que tu écris qui constituera une révélation, mais ce que tu entends dans ce que tu écris.

Tu seras sensible à tous les souffles ténus qui te soutiennent, qui ravivent et renforcent ton souffle. De surcroît, tu prendras conscience que le silence n’est pas une fatalité car tu n’es jamais seul. Jamais. Tu es en permanence entouré de signes – y compris ceux qui te paraissent les plus insignifiants comme le spot de cette vitrine qui s’allume quand tu passes.

Et – chose extraordinaire -, tu redonneras alors la parole à des sentiments que tu avais trop longtemps étouffés en toi. Tu te surprendras à les mettre en scène, à être à la fois le dramaturge, l’acteur et le spectateur de cette rencontre que tu retranscriras en vivante saynète de théâtre :

– Bonjour ! C’est moi, ta joie d’enfant ! Pendant trop longtemps, tu es passé à côté de moi sans me voir ! Ce soir, je vais te dire comment ton étoile s’appelle…

Alors, ne résiste pas, je t’en prie ! Note le nom de ton étoile pour mieux ensuite invoquer des réponses de sa part.

Quel éclat a-t-elle donc ?
Ne ressemble-t-elle pas à cette goutte d’encre de couleur qui s’allume dans le ciel du papier
et qui contient tous les mots du monde ?

Géraldine Andrée

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Les possibles de la page

Suzuki déclare que c’est dans le silence de la méditation
que la présence se révèle
et que le moment qui précède l’illumination
est déjà l’illumination.

Et il se dessine dans la nuit
un chemin de neige dans les Vosges de mon enfance.
Je sais, en marchant, que tout peut apparaître
dans ce blanc :

la trace d’une patte d’oiseau,
la pointe d’une souche,
l’éclat d’un caillou,
un perce-neige précoce,

la frêle feuille
d’une pousse nouvellement née.
Alors, je suis à l’affût,
en me penchant sur la page,

de la moindre trace de l’envol
d’un poème,
d’une virgule qui perle
à fleur de ma plume

– invitation à aller plus loin
que le premier signe -,
du scintillement d’un mot
qui m’annonce une autre saison.

J’observe ce qui surgit
ça et là, dans l’espace
devant moi,
quelle phrase minime

qui, telle une tige
timide,
me promet
sa radieuse croissance…

J’ai conscience
que sur le long chemin de neige
du papier,
l’idée possible

qui précède
mon œuvre
est déjà
une réalité.

Et parce que la discrète
étincelle
est à l’origine
de la flamme la plus haute,

c’est ainsi que j’avance,
en m’éclairant
avec ce silence
initial.

Géraldine Andrée

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Quelques pas encore

L’aile
de l’ultime
rayon de soleil

s’envole
loin
de mon épaule

Je me penche
dans l’ombre
du sentier

pour récolter
peut-être
deux ou trois

graines
de ton rire
prêtes

à fleurir
au bord
de ma mémoire

mais il n’y a guère
que les frêles
points

de suspension
qu’une première
luciole

allume
après le souvenir
de tes paroles

Je reviendrai
à la belle saison
En attendant

je fais encore
quelques pas
jusqu’à la grille

que je referme
sur mon cœur
tranquille

Géraldine Andrée

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L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

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La barque du poème

Le poème

est une barque

qui attend

entre les feuilles

que quelqu’un

veuille

la détacher

de ce qui la relie

au trop connu

et s’en aille

à son bord

jusqu’au point

du tout

premier jour

Géraldine Andrée

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Je jardine

Je vis en ville. Mais chaque matin, je vais dans mon jardin. Là, je sème un rêve ; j’observe comment pousse un projet, tenu droit par le tuteur de ma volonté ; je plante un espoir ; je fais mûrir des pensées en prenant bien soin de leurs graines. Je récolte des fruits qui sont souvent très différents de ce que je croyais. Qu’importe ! Je les répertorie patiemment sous ma paume en donnant un nom à chacun.

Parfois aussi, je désespère. L’étendue devant moi semble silencieuse et gelée. Alors, il faut que j’attende d’être réchauffée par une lumière qui vient des profondeurs pour creuser loin, jusqu’à la source du souci. Et quand une goutte de délivrance jaillit, je la dépose sur le brin d’une promesse. Je sais que seul le temps a le pouvoir de la floraison – et donc de la réponse.

Je me contente de me pencher sur ce qui doit advenir. La feuille ne peut m’accorder un signe que si elle est maintenue en vie par la sève montant des racines. L’encre du jour est cette sève qui me relie à elle. Je tends l’oreille pour témoigner de son voyage.

Je vis en ville mais chaque matin, je jardine, c’est-à-dire que j’écris dans mon cahier intime.

Géraldine Andrée

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Les feuilles arc-en-ciel

Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin

des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :

– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame

dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles

de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.

Géraldine Andrée

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Note le poème dès qu’il te vient

Note le poème dès qu’il te vient.

Ne remets pas l’écriture au lendemain

car qui sait si demain,

tu seras encore là ?

Mais en dehors de ce drame

certes improbable,

mais imprévisible,

attendre un jour prochain

pour écrire ton poème

affaiblit la flamme,

émousse l’enthousiasme,

éloigne ton âme

des mots qui t’attendent

pour quelques instants

seulement.

Alors, prends n’importe

quelle feuille

– de papier, de chêne-

et griffonne

ton poème.

Tu te préoccuperas plus tard

de l’ordre possible

des vers et des rimes.

Mais ne détourne pas les yeux

quand le poème te fait signe.

Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,

un oiseau se posait sur ta main,

de lui dire avec un sourire

qui te montrerait combien

tu te résignes :

« Reviens » ?

Géraldine Andrée

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Sans titre

Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.

Géraldine Andrée

Photo de Alexey Demidov