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Écritothérapie : Métamorphoser la perte

Fais ton inventaire !

Malgré les pertes que t’impose la vie, fais l’inventaire de tout ce qui continue à vivre en toi.

Géraldine Andrée

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Histoire de regard

Qu’est-ce qui peut t’éveiller ici et maintenant, faire en sorte que tu comprennes la valeur de ta vie quotidienne ?

Pour moi, c’est le fait d’écrire sur Tout, c’est-à-dire sur la moindre chose, l’odeur du café le matin, la biscotte qui craquette comme du papier épais, un après-midi où je demeure dans mon journal intime, le bercement de l’écriture qui est le même que celui des vagues des vacances, ces objets que je ne vois plus avec conscience et qui, pourtant, me font signe dans leur apparente insignifiance si je veux bien être attentive à leur présence – la théière, le plumier, ce tableau où des jeunes filles lisent sous la lampe, par exemple -, le bouquet de fleurs séchées que ma mère avait disposées dans le vase il y a un lointain été, ces fleurs qui, à la manière avec laquelle elles se sont penchées, gardent encore le mouvement de sa main et dont le silence des corolles témoigne de l’éternité :

Des fleurs que furent les mains de ta mère il restera toujours trace.

Et puis la mèche de la bougie au rendez-vous de la lueur, la cire qui descend dans la coupelle tandis que j’écris, ce recueil de poèmes sur le lutrin que cache un rideau. Son titre Le Regard des mots

me regarde et insiste :

Tire donc le rideau !

Que je voie le jour car tu existes !

Géraldine Andrée

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L’au-delà de l’écriture

On croit souvent, dans notre vie quotidienne, que l’on est séparé du rythme des saisons, du souffle des marées, de la ronde des étoiles, de l’Univers et de la Vie elle-même.

Bien entendu, cette séparation n’est qu’une illusion.

Lorsque tu écris, le fil de l’encre te relie à tout ce qui a existé, à tout ce qui est présent et tout ce qui doit advenir. La force du ciel te traverse et tu en assures la transmission sur cette nouvelle terre qu’est la page.

  • Relie-toi aux feuilles chatoyantes du jardin de ton enfance. Et voici un poème.
  • Penche-toi sur la goutte de pluie qui luit sur le pétale d’une pervenche. Et tu vois poindre un haïku.
  • Va à la rencontre de ta tante Marie qui se coiffe dans la grande chambre ; envoie-lui un signe dans le miroir. Tu fais ainsi la connaissance du premier souvenir de ton autobiographie.
  • Sois ami avec le reflet du réverbère dans la flaque. Et tu marches sur les pas du détective de ton roman policier.
  • Retrouve comme le matin de tes cinq ans ton théâtre en carton-pâte. Ce sourire que la marionnette te renvoie, c’est le tien. Et tu peux diriger ta lampe de chevet vers cette scène exceptionnelle dont tu es l’heureux dramaturge.
  • Fais serment à la robe de Catherine de ne jamais la quitter du regard lorsque ses volants ondoient dans cette danse avec un fiancé fourbe. Et tu entres au cœur de cette nouvelle où tu comprends combien l’héroïne trahit ses propres espérances.
  • Sois à l’écoute des forêts, des espaces vierges, des abysses. Et tu seras le nouvel explorateur de ton roman d’aventure.
  • Permets au plus insignifiant brin d’herbe de te parler. Et tu détiendras la formule magique qui t’ouvrira les portes du royaume de ton conte.
  • Prends conscience du mégot dans le cendrier, du verre de coca, de l’ombre qui gagne la chaise, d’un nuage qui passe, de l’écho d’une sonnette quelque part. Et intègre tous ces détails à la page de ton roman. Ne ressens-tu pas comme tu es désormais uni à la Vie ?
  • Quant aux défunts, tes chers défunts… L’espace vide qu’ils te laissent n’est qu’une croyance. Si tu affines ta perception comme la mine de ton crayon, tu retrouveras le grain de beauté sur la joue de ton père, le col ouvert de sa chemise rouge, un bouton qui manque à sa veste, le lacis bleu des veines de ses poignets quand il lit le journal au soleil, sa façon lente de préparer le café – vois comme il remplit chaque tasse, cuillerée par cuillerée… Il a tout son temps dans ta mémoire…

L’écriture te relie à une autre forme de présence. Un visage que tu as connu dans l’une de tes multiples vies apparaît à la fenêtre d’un mot voguant sur le blanc pour t’accompagner dans ton voyage infini.

C’est ainsi. En suivant le fil de l’encre jusqu’au bord de ton cahier, tu es parvenu à l’autre rive sans jamais perdre de vue la rive que as quittée car tu as compris une chose essentielle :

L’écriture t’a guidé vers cet au-delà qui est en Toi.

Géraldine Andrée

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L’indépendance émotionnelle de l’écriture

On écrit pour

  • aller mieux
  • faire le point
  • éclairer son passé
  • dessiner ses projets
  • retrouver sa vérité, après avoir fait le deuil de toutes ses illusions…

Toutes ces justifications sont pertinentes. Je te suggère de dresser une telle liste de motifs d’écriture, de l’accrocher sur la première page de ton journal intime et de l’enrichir au fil du temps. Cette liste t’accompagnera dans ton évolution personnelle.

Mais, puisque les raisons d’écrire ont souvent été étudiées par les psychologues et les critiques littéraires – dont Philippe Lejeune, en particulier, dans son ouvrage Cher cahier qui interroge les motivations de l’autobiographie -, je te propose aujourd’hui de te questionner non sur l’explication, mais sur le processus d’écriture.

Remplacer le Pourquoi par le Comment ?

Comment écris-tu ?

J’écris

  • pelotonnée sous ma couverture
  • après la douche, cheveux mouillés
  • mon chat à côté de moi
  • en buvant une tasse de Yoggi Tea
  • mon cahier sur les genoux…

Très vite, si tu développes l’exercice, tu t’apercevras que tu écris sur cette question fondamentale :

Comment je me sens lorsque j’écris ?

« Quand j’écris dans mon journal, j’habite simplement l’instant présent. Je suis là, dans l’éclat de l’encre sur le cahier blanc. Je suis attentive au mouvement de ma main qui va doucement pour rattraper ce rayon de soleil. Raconter ce que j’éprouve, ici et maintenant, ma main gauche posée sur mon front tandis que ma main droite trace son chemin sur la feuille posée devant moi. Écrire est un voyage immobile. Ma poitrine se soulève lentement ; mon souffle est calme. C’est une course patiente et lente, dont la justesse réside dans l’absence d’intention.
Quand j’écris, je prends conscience que je vis.
« 

Tu explores ainsi la pureté de l’écriture en tant qu’acte gratuit. En écrivant pour écrire, tu te détaches de toute éventualité d’être lu, jugé, publié. Tu perçois combien tu gagnes en qualité d’être. Tu oublies que tu écris pour être pleinement dans l’action elle-même. D’ailleurs, tout ton corps se relâche ; tes épaules se détendent ; la pression sur le stylo se fait moins forte. Tu te laisses porter par ton propre rythme qui allie celui de l’écriture à ton souffle.

Anny Duperey, dans Le Voile noir, raconte que, pour alléger « le poids de son cœur  » – qu’elle portait depuis l’âge de ses neuf ans quand ses parents moururent tous les deux d’une intoxication au monoxyde de carbone -, elle écrivait uniquement afin d’entendre le frottement de sa plume sur le papier : cela lui faisait perdre le désir de contrôler l’incontrôlable qui avait envahi sa vie.

L’écriture devient respiration.

Dès lors, la frontière entre « faire » et « être » s’amincit. Tu t’approches du seuil de la méditation.

Et c’est au moment où s’efface la ligne qui sépare ton être de ton texte, où ta phrase rejoint ta respiration que l’inattendu – voire l’impensable – se produit. Peuvent jaillir un haïku, un poème, une nouvelle… Mais loin de toi est l’envie de travailler ce texte comme un objet d’art car il se passe quelque chose de plus important que l’art en lui-même – qui, souviens-toi, a besoin du regard d’autrui pour exister -, tu deviens – comme le méditant devient ce qu’il voit -, ce que tu écris.

Tu deviens

  • le bleu de la fenêtre à l’aube
  • l’aile de ton songe
  • une flamme follette
  • un halo de buée
  • ta propre étoile…

Tu es Toi et, en même temps, la braise dans le cendrier, la mie de pain, la goutte d’eau, la maille de ton chandail, l’ongle de ton index – si tu écris sur ça.

Tu es Toi et tout cela à la fois. Tu es Toi parce que tu es Tout. Et tu es Tout parce tu es Toi.

En te fiant au processus naturel de l’écriture, tu parviendras alors, peut-être, à saisir l’essence de ton objectif : gagner en autonomie affective, en indépendance émotionnelle par rapport à autrui. Écrire parce que tu prends plaisir à le faire et surtout, parce que tu existes et que c’est ton droit absolu de naissance de t’exprimer.

Pour finir, je te propose une liste de sujets d’écriture qui t’aideront à voyager avec ta plume vers qui tu es vraiment, au moment où tu écris :

  • Quand j’ai ouvert ma fenêtre…
  • Si j’étais une couleur, je serais…
  • Je ne me souviens pas de ma petite enfance, mais tout ce que je peux dire…
  • Alors, je suis parti…
  • Aujourd’hui, il y a dans mon cœur…
  • Je suis…
  • Je ne sais comment cela commença…
  • Je ne sais comment cela se termina…
  • J’écris sur…
  • Vivre, dis-tu..

Tels les astres dont la présence ne se justifie pas,

Que tes mots soient…

Géraldine Andrée

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Note le poème dès qu’il te vient

Note le poème dès qu’il te vient.

Ne remets pas l’écriture au lendemain

car qui sait si demain,

tu seras encore là ?

Mais en dehors de ce drame

certes improbable,

mais imprévisible,

attendre un jour prochain

pour écrire ton poème

affaiblit la flamme,

émousse l’enthousiasme,

éloigne ton âme

des mots qui t’attendent

pour quelques instants

seulement.

Alors, prends n’importe

quelle feuille

– de papier, de chêne-

et griffonne

ton poème.

Tu te préoccuperas plus tard

de l’ordre possible

des vers et des rimes.

Mais ne détourne pas les yeux

quand le poème te fait signe.

Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,

un oiseau se posait sur ta main,

de lui dire avec un sourire

qui te montrerait combien

tu te résignes :

« Reviens » ?

Géraldine Andrée

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« L’existence s’apprécie. »

« L’existence n’est pas une série d’épreuves à endurer. L’existence s’apprécie. »
J’ai fait mienne cette phrase de Tara Schuster dans son livre Achète-toi toi-même ces p***tains de fleurs.

En effet, notre tradition judéo-chrétienne nous pousse au perpétuel sacrifice, à l’éternel renoncement à soi.

Et pourtant, l’on peut apprécier les petits présents que nous offre l’existence et ce, en dépit du traitement que peut nous infliger autrui, des soucis que causent les enfants, des exigences que nous imposent nos proches ou amis, de notre désert matrimonial, du montant de notre compte en banque, de la prochaine facture…

Note sur ton journal – en y mettant des étoiles ou des pastilles colorées – les petites choses de la vie, indépendamment de tout challenge, défi, volonté de réussite, désir d’approbation ou de revanche.

Moi, c’est

*Voir un écureuil sautiller dans le feuillage
*Regarder un bon film tard le soir
*Écrire (ou lire) jusqu’au cœur de la nuit, simplement pour moi
*Feuilleter un nouveau roman qui sent bon l’encre
*Prendre une douche fraîche en plein soleil
*Enduire mes cheveux de crème pour frisottis
*Tremper un carré de chocolat dans mon thé, lui aussi au chocolat
*Cuisiner des légumes bio
*Manger en écoutant de la musique
*Allumer une bougie parfumée

Et toi ? Qu’est-ce que tu aimes faire pour toi ? Rien que pour toi ?
Programme-le dans ton cahier !

Géraldine Andrée

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Je me souviens à la manière de Georges Perec sur le thème de l’Enfance

Je me souviens du flamboiement de la forêt à la fenêtre de la maison disparue
Je me souviens de la gorgée de miel sur mon angine
Je me souviens des brûlures d’ortie que je frôlais quand je marchais dans les herbes folles
Je me souviens du bouquet de la mer qui s’ouvrait par surprise entre deux terres après de longues heures de route
Je me souviens de mon adieu au cèdre du Liban du haut de mes sept ans
Je me souviens de l’odeur d’imprimerie des catalogues de jouets dont je passais commande au Père Noël
Je me souviens des indigestions de brioche
Je me souviens des bâtons de réglisse que je suçais pendant ma varicelle
Je me souviens de la croûte que j’enlevais avec délectation de mes blessures
Je me souviens de ma longue conversation avec le noisetier j’en ai retenu le murmure des feuilles et le grand vague du vent
Je me souviens de la bulle de chewing-gum rose qui a éclaté dans mes cheveux et l’institutrice m’a fait faire le tour des classes ainsi coiffée
Je me souviens de ma rencontre avec l’abeille dans une corolle de rose
Je me souviens de l’odeur de tabac dans le salon de mon grand-père
Je me souviens du minuscule service à thé argenté pour petite fille
Je me souviens de la panthère du tapis persan qui voulait me dévorer de toutes ses dents quand je marchais sur elle
Je me souviens des sauces caramélisées de ma grand-mère
Je me souviens des pleurs et de la morve ravalés sur l’insoluble problème de géométrie
Je me souviens de mon cartable trop lourd dont la lanière me sciait les épaules
Je me souviens d’un pays du Sud qui m’est revenu dans la triste salle d’étude alors que je n’y étais jamais allée
Je me souviens de mon cahier ouvert après avoir marché longtemps dans la neige bleue
Et j’ai compris bien après l’enfance qu’écrire c’est marcher dans la neige tous les jours même lorsque la lumière de l’été accroche sa dentelle dorée aux volets vénitiens
Je me souviens de mes seins qui me faisaient mal quand j’enfourchais mon vélo C’était fini J’avais grandi

Et vous, quels sont vos souvenirs d’enfance ?

Géraldine Andrée

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Elle couche doucement son stylo

Elle couche doucement

son stylo dans l’étui

bordé de dentelle blanche.

Puis elle referme sur lui

son couvercle bleu de nuit

qui claque juste avant

sept longues heures de silence.

Il leur faudra bien tout ce temps de repos

car demain, elle a rendez-vous très tôt

avec l’œuvre de sa vie.

Géraldine Andrée

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Ce qui m’inspire

Ce qui m’inspire :

*Le soleil entre les feuilles

*Un sentier qui s’échappe dans le vert

*Un moineau sur le bec de la fontaine

*Un haïku lu tard le soir

*Le thé au chocolat – oui ! ça existe ! De la marque Yoggi !

Et vous ? Notez ce qui vous inspire dans un petit carnet ! Ces petits instants dans votre journée constituent aussi votre biographie.

Géraldine Andrée

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Le bout de l’ultime

J’écris sans doute
pour vivre encore
un fragment
de ce qui a été vécu jusqu’au bout

et en détachant une feuille
de mon bloc-notes,
arracher un instant
du temps.

J’écris sans doute
pour suivre l’étincelle
qui sautille
sur le sentier roux ;

contempler le battement
de la flamme
juste avant que mon souffle
ne l’éteigne ;

laisser à la pivoine
aux pétales fripés
à fleur d’eau
un jour de plus.

Mais j’écris surtout
pour redonner
un instant ultime
à ce qui est feu ;

avec l’encre
étincelante
de mon point,
maintenir la lueur

de la braise
jusqu’au moment
où l’heure du sommeil
aura sonné ;

avec la liaison
entre deux lettres,
retracer ton sourire
entre tes fossettes

pendant ce dernier déjeuner
en famille,
alors que tu t’apprêtes
à disparaître ;

avec une virgule,
faire palpiter
les ailes
du papillon

exilé de son jardin
et voir qu’il a pu renaître
sous ma fenêtre
en ce poème.

Géraldine Andrée