Publié dans Berthe mon amie, C'est ma vie !, Journal d'instants, Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Je suis née ici

Je suis née ici pour écrire
la couleur de la terre quand les brumes se lèvent
le frêle bruit des feuilles foulées
les noisettes dans les tabliers des écoliers

le givre au bord des fenêtres
les étincelles bleues de la neige sous le pas
le craquement du bois
la flamme qui traverse un murmure d’ami

la nouvelle constellation de bourgeons
la seconde qui ajoute son éclat à la seconde précédente
un souffle si large qu’il rassemble toutes les fleurs
pendant que le petit nuage blanc prend tout son temps

l’explosion silencieuse du foin dans l’air
la porte du jardin ouverte jusque tard dans la nuit
les mirabelles fendues
d’où sourdent quelques gouttes de sucre

Je suis née ici pour écrire
la ronde des visages mêlée à celle des saisons
la perpétuelle enfance qui recommence
dans la mémoire

Je suis née ici pour relire
le journal de ma grand-mère
en faire un livre d’heures
où sonne le temps du retour

de ce que l’on croyait à jamais perdu
une joie un espoir
une étoile vibrante
que découvre soudain la nue

Je suis née ici pour écrire
dans les traces de ma grand-mère
en allée là-bas
faire de chaque souvenir un présent

qui dure

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

Les instants observés

On vit souvent avec pour seuls objectifs « faire », « accomplir ».

Aussi, lorsque l’on écrit son journal intime, on raconte davantage ce que l’on a « fait » dans sa journée que ce que l’on y a vécu.

Et quand on referme le cahier, on peut éprouver du regret, voire de l’amertume : notre récit est plat, « trop quotidien ». Assurément, il manque quelque chose à sa vie. Mais quoi ? Sans doute la Vie elle-même.

Alors, on cherche un événement qui ajouterait du piquant à l’existence. En vain. Il est difficile d’en trouver d’intéressant à relater chaque jour. Et si l’on se met à en inventer, on n’écrit plus sa vie…

Et si, pour mieux vivre, on commençait à écrire sa vie autrement ?

Si, pour mieux écrire sa vie, on commençait à vivre autrement ?

Au lieu de « faire », puis de « raconter », il suffit parfois d’observer, c’est-à-dire prendre le temps de s’arrêter puis de capter à travers ses cinq sens ce qui se passe à cet instant : un rayon de soleil est apparu à l’angle de la pièce, un chat bâille, il flotte une odeur de café dans l’air, on entend tomber une petite goutte dans l’évier, le tissu du nouveau chemisier est doux à porter…

Il y les coups réguliers du marteau dans l’appartement du dessus, la poussière luit sur les meubles, la voisine doit cuisiner une sauce béchamel, une mouche se pose régulièrement sur mon bras, elle s’annonce avec des étincelles bleues, juste avant de bourdonner…

Ensuite, il convient de noter dans son cahier le jour, l’heure et d’élaborer sa petite liste « d’instants observés », sans jugement, sans émotion.

On peut même jouer le jeu de s’acheter un agenda et, au lieu d’y inscrire les rendez-vous, les tâches à achever, noter dans chaque case ce que l’on a « perçu » aujourd’hui.

On devient ainsi le témoin d’un instant, le spectateur du cours du temps, le contemplateur du rythme de ses jours, ces jours qui ne reviendront plus jamais et qu’il faut saisir, vite, avec la pointe de sa plume pour les accrocher au papier.

On aimera, plus tard, relire ces recueils d’instants observés, se dire

« j’étais assis(e) à cette table que j’ai donnée depuis longtemps, le 12 juillet 2020 à 17 heures et mon coude touchait son vieux bois », « au moment où j’écrivais ceci, le thé infusait dans la théière argentée », « j’ai vécu hier comme aujourd’hui », « c’était au temps où j’habitais la maison de la rue Bouchot »…

Dans ce cahier, il ne se passe rien en apparence. Non. Rien n’arrive car tout est inscrit dans cette évidence qui nous rend présents à ce qui est là, bien loin de toute attente.

Géraldine Andrée

Être, c’est observer tout ce qui est présent.
Pour compléter le sujet de ce billet, vous pouvez visionner ma vidéo L’écriture et le temps.

Publié dans Actualité, Créavie, Je pour Tous, Journal d'instants

Profiter de la vie

Profiter de la vie.
Couper tout lien avec des personnes ou des situations toxiques.
Ne pas travailler trop.
Ne pas amasser d’argent pour rien.
Ne pas vouloir plaire à tous.
Être soi, c’est-à-dire faire ce que l’on aime, ce qui nous passionne, nous fait plaisir.
Lâcher prise sur les gens et les situations qui ne dépendent pas de soi.
Voyager. Découvrir. Explorer. Parler à la nature et aux animaux.
Voir de beaux tableaux, de beaux films. Lire de bons livres. Fabriquer des oeuvres de ses mains. Écouter puis retranscrire la musique des jours.
C’est ce que j’appelle une vie – non pas réussie, mais la vie tout court, la Vie si courte que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons à travers le temps.
Je m’en souviens quotidiennement.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

Une page puis une autre

Écrire à mon rythme. De page en page, le temps passe.

Écrire une page puis une autre
Se lever pour préparer un café
Commencer à écrire une autre page
S’interrompre au milieu d’une phrase
Laisser un espace blanc entre deux mots
Comme un peu de ciel entre deux bourgeons
Pour boire une gorgée de café
Puis reprendre le fil du temps le fil de l’encre
Après avoir observé pendant quelques secondes
Un petit nuage de beau temps
Au-dessus de ce point du monde

Géraldine Andrée

Publié dans Bullet journal, Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

L’écriture de la gratitude

En ces temps difficiles, je souhaite vous communiquer les bienfaits d’une activité qui développe la sérénité, la foi et la confiance inébranlable en l’Univers :

L’écriture de la gratitude.

Je me souviens du témoignage à la télévision, il y a quelques années, d’une jeune femme peintre, rescapée d’un accident de voiture. Cette jeune femme menait une vie qui ne lui convenait pas – un travail où elle gagnait beaucoup d’argent, mais qui l’épuisait, une relation amoureuse difficile. Un après-midi où elle rentrait d’une réunion professionnelle houleuse, un accident de voiture lui brisa les deux jambes qui durent être amputées. Condamnée au fauteuil roulant et envahie par la dépression, cette jeune femme entreprit une thérapie à l’hôpital. Et la thérapeute lui demanda de noter entre les séances, dans un petit carnet, toutes les choses sur lesquelles elle pouvait compter :

« J’ai deux yeux pour voir. C’est déjà ça.
Je peux saisir une tasse. C’est déjà ça.
J’ai des idées pour peindre. C’est déjà ça.
J’ai pu sortir aujourd’hui… Je fais des progrès
. »

Au fil de ces listes de choses pour lesquelles sa gratitude s’exprimait, la jeune femme reprit confiance en la Vie. Et cet accident lui révéla son cadeau caché : un changement complet de direction qui l’amena à devenir peintre professionnelle.

L’être humain est ainsi fait : il se complaît souvent dans un état d’impuissance qui l’empêche de progresser. Il s’accroche aux drames, aux peurs, aux phobies individuelles ou collectives. Si le statut de victime doit être indéniablement reconnu, il importe néanmoins d’en sortir pour explorer – comme le dit Boris Cyrulnik – sa résilience.

Et le carnet de gratitude est un excellent outil thérapeutique pour cela. Nul besoin d’y noter des choses compliquées, des sensations extraordinaires, des événements exceptionnels. La source de l’inspiration est le quotidien. Il suffit simplement d’écrire :

Merci.

pour l’eau chaude de ma douche,
l’essence de ma voiture qui me permet de rouler loin,
mon stock d’oranges,
la visite de mon amie Jessica,
la présence de mes enfants…

L’écriture de la gratitude n’est pas un exercice de style, même si elle peut donner lieu plus tard à la publication d’une oeuvre sous forme de Journal comme Le Sel de la vie de Françoise Héritier. 1
Ce n’est, cependant, pas sa fonction première. C’est avant tout une activité qui vous relie à vous-même et qui vous permet de déployer votre confiance en l’existence, et donc en vos propres forces :

« Si la Vie, tellement généreuse, me donne déjà tout ça, il n’y a aucune raison qu’elle soit avare envers moi à l’avenir.« 

Nul besoin d’être bien pour écrire sa gratitude. En fait, l’écriture de grâces est un excellent remède quand vous avez peur, que vous êtes triste, démuni.

En entraînant l’esprit à exercer sa créativité pour nommer les choses envers lesquelles la reconnaissance s’exprime, ce type d’écriture a permis à des femmes – des études le montrent – de surmonter l’épreuve du cancer du sein.
Je vous invite pour cela à découvrir le livre canadien Pétales de vie : 12 stratégies à votre portée pour surmonter les épreuves. 2

Vous pouvez adresser votre gratitude à une puissance supérieure, à Dieu si vous y croyez, au cosmos, à une étoile précise, mais aussi à vos proches et surtout à vous-même car, en étant attentif à ce que vous recevez, vous êtes la source du déversement de votre abondance.

Vous pouvez intituler votre journal Carnet de bienfaits, Cahier de Positivité, Carnet de mille mercis

Allez dans une librairie-papeterie et prenez le temps de choisir votre carnet. Vous aurez beaucoup de choix entre le carnet tout simple à décorer soi-même et le carnet artistique, déjà orné de motifs ; le bullet-journal vierge et le bullet-journal préalablement organisé. D’autres supports s’offrent à vous : une page Facebook, un agenda, un blog. La gratitude s’exprime aussi merveilleusement bien dans un carnet de dessins, un album de photos, par la méthode du scrapbooking.

J’ai souvenance d’un carnet de gratitude qui m’a aidée à surmonter le deuil de mon père. Il s’organisait en jours, en mois, en saisons et, au printemps, j’ai découvert que mon regard changeait, mes pages se remplissaient plus facilement. Rien que la lumière d’une matinée ne me laissait plus indifférente…

L’essentiel est de vous exprimer librement et, pour compléter votre créativité, il est possible de lire 3 kifs par jour 3 ou Quatre plaisirs par jour au minimum ! 4

Nous ne pouvons contrôler les événements. Nous pouvons, en revanche, contrôler nos pensées, nos émotions, la manière avec laquelle nous nous sentons car nous sommes responsables de notre instant présent.

Je vous souhaite une belle écriture de votre gratitude !

Géraldine Andrée

1 Françoise Héritier, Le Sel de la vie de Françoise Héritier, éditions Odile Jacob, 2012

1 Anick Lapratte et Sylvie Ouellet, Pétales de vie : 12 stratégies à votre portée pour surmonter les épreuves, éditions Le Dauphin blanc, 2010

3 Florence Servan-Schreiber, 3 Kifs par jour, éditions Marabout, 2011

4 Evelyne Bissone Jeufroy, Quatre plaisirs par jour au minimum ! Les bienfaits du plaisir sur le corps et l’esprit, éditions Payot, 2009