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Quand l’enfance s’en est-elle allée ?

Quand l’enfance s’en est-elle allée ?

Est-ce lorsque j’ai rangé toutes mes poupées ?
Ou quelques jours avant,
lorsque, dévalant la pente à bicyclette,
j’ai senti le soleil monter dans mes reins ?

Ce qui est certain,
c’est que je n’étais plus une enfant
après la première goutte de sang carmin
sur ma jambe…

Et encore,
je cherchais le visage des fées
dans les édredons des nuages
bordés d’or

tandis que rien
dans le ciel
ne laissait présager
cet événement.

Mais pendant que je me baissais
pour tracer
la marelle
à la craie

et que j’y sautais ensuite
à cloche-pied,
je ressentais une présence
dense

tout près de mon coeur.
C’étaient – je m’en aperçus
au cours des baignades –
mes seins naissants.

Laquelle des deux,
mon enfance et moi,
a quitté l’autre
d’abord ?

J’ai seulement souvenance
que nos pas, un jour,
se sont confondus
au moment

d’emprunter
le chemin bleu.
Puis, je me suis perdue
au point

que le toit
de la maison
s’était échappé loin
de mes yeux.

J’ai bien sûr eu peur
de ma soudaine
indépendance
et à mon retour,

bien que l’on m’ait trouvée
la même,
je m’éprouvais un peu
différente.

En septembre,
j’étais trop grande
pour porter mon manteau
d’école

et je l’ai laissé
suspendu
sur le patère
de l’entrée.

C’est alors, je crois,
que j’ai pris vraiment
conscience
de cette absence.

Mon enfance s’en était allée
et il y avait désormais
entre elle et moi
la distance d’une vie

à combler.

Géraldine Andrée

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Les matins de mon enfance

J’ai souvenance
des matins de mon enfance,
beaux comme les sous neufs
d’une bourse qui s’ouvre.

J’espérais toujours quelque chose
du scintillement d’une jeune aube.
J’avais tant de choix devant moi
que je ne savais que faire

face à la naissance
de cette lumière.
Baigner mon ours
dans la rosée fraîche ?

Suivre à bicyclette
ce sentier
pour aller à la cueillette
du trèfle mouillé ?

Déchiffrer l’alphabet
des racines qui s’enchevêtrent ?
Ou alors colorer des cailloux
de bleu, de rouge, de roux ?

J’attendais de ces matins
un véritable miracle
qui changerait mes peines
en joie,

qui détournerait le cours
des événements de la veille
jusqu’à l’embouchure
de tous les possibles,

qui multiplierait le soleil
dans une seule goutte.
Et mon coeur battait
jusqu’à l’heure de la sieste

où le rêve remplaçait
mon heureuse attente.
C’est parce que j’ai eu foi
en ces matins de jouvence

que j’écris de préférence
quand le jour commence.
Et même lorsqu’il fait noir
dans le froid qui s’attarde,

je donne à ma page le pouvoir
de devenir fenêtre
pour qu’une clarté d’enfance
puisse à mes yeux apparaître.

Géraldine Andrée

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La plume délivrée

Voilà.

Vous avez mis tout votre coeur, toute votre âme dans l’écriture de ce roman, de ce recueil de nouvelles ou de poèmes et, ce matin, vous recevez une lettre de refus de l’éditeur sur lequel vous aviez fondé tous vos espoirs. Pire parfois : cet éditeur ne vous répond pas, ne vous répondra jamais, comme si l’enfant auquel vous avez patiemment donné naissance n’avait jamais existé.

Alors, votre blog est immédiatement abandonné. Votre cahier de poésie se referme. Votre plume est emprisonnée dans son étui. Vous vous jurez de ne plus jamais écrire.

Pourtant, ce refus cinglant ou cette indifférence méprisante ont plusieurs raisons.

Votre oeuvre, objectivement, peut très bien – comme il arrive que le notifie honnêtement l’éditeur – « ne pas appartenir à la ligne éditoriale ». Communément, ce n’est pas le genre de la maison.

Ce refus ne représente pas la qualité de votre travail. Celui-ci ne touche pas la subjectivité de ce lecteur si particulier qu’est l’éditeur. Il s’agit donc d’une simple question de goût – très discutable, voire versatile, je vous le concède.

Il est, de plus, des maisons d’édition qui n’ont absolument pas les moyens de vous éditer, même si votre style est brillant. Publier un livre par an requiert déjà, pour elles, une prouesse.

Enfin, il est des maisons complètement fermées et, quoi que vous fassiez, quelle que soit la manière avec laquelle vous affinez votre style, les portes ne s’ouvriront jamais. C’est ainsi. Il vous faut l’accepter sans vivre ce refus comme un rejet.

Ce qui est sûr, c’est qu’un refus n’a souvent rien à voir avec la valeur de votre écrit. Julia Cameron s’est heurtée à l’antipathie de tous les éditeurs lorsqu’elle leur a présenté son futur best-seller Libérez votre créativité 1. Elle n’a, néanmoins, pas perdu confiance en elle et elle a publié son oeuvre de manière totalement indépendante, à compte d’auteur. Le livre s’est vendu et se vend encore à des millions d’exemplaires. Il connaît un immense succès mondial.

Ce qui est certain, c’est qu’un refus n’a rien à voir avec votre valeur intrinsèque liée au seul fait que vous existiez. Et puisque vous existez, vous avez le droit absolu de vous exprimer.

Demandez-vous pourquoi vous écrivez.

On peut écrire d’abord pour soi, pour voir clair, pour mieux mener sa vie, pour se libérer du passé, s’inventer un avenir, tracer son propre chemin… Ces raisons sont tout aussi importantes que la raison qui vous pousse à vous faire connaître en envoyant votre manuscrit à une maison d’édition.

Dans mon cas, l’écriture m’a permis de me détacher du regard de l’autre par le biais de cette mésaventure que je vais vous raconter.

Très jeune femme, j’ai mis tout mon coeur, toute mon âme dans l’écriture d’un conte dit « spirituel ». J’ai envoyé mon travail avec confiance à un éditeur dont je tairai le nom. La foi m’habitait : le directeur de la ligne éditoriale ne pouvait qu’aimer mon histoire d’amitié avec un ange. La réponse m’est arrivée au bout de six mois, si humiliante, si cinglante, si injuste à mes yeux que je me suis condamnée au silence. J’ai complètement arrêté d’écrire pendant deux longues années. C’est durant cette période de jachère que des rêves riches et multicolores ont constellé mes nuits. Au cours d’une discussion avec un ami lors d’un après-midi d’été, il me fut suggéré de noter mes rêves dans un carnet pour m’exercer à m’en souvenir, pouvoir les analyser plus tard et voir comment ils construisaient dans mon sommeil ma réelle identité.

J’ai acheté, après beaucoup d’hésitations et de répétitions de « A quoi bon ? », un carnet neuf, et, au fil de l’encre, j’ai retrouvé le goût du détail, de la description. La couleur d’un jardin contemplé de l’autre côté m’invitait à chercher un adjectif approprié à mon ressenti, la respiration d’une feuille écoutée au coeur de ces nuits me guidait vers la rencontre d’une métaphore. Je me suis abandonnée à l’élan du stylo. Des ailes m’avaient poussé. Mes rêves nocturnes m’avaient fait renouer avec le grand rêve de ma vie : l’écriture.

Depuis, je n’ai plus jamais quitté la page. L’écriture m’accompagne partout. Elle est l’ange fidèle que j’ai reconnu dans mon conte refusé et qui m’a appris à ne plus faire dépendre la perception de ma valeur du regard d’autrui, fût-il celui d’un célèbre éditeur de Paris.

Alors, remettez-vous à écrire.

Entre le silence blessé et l’obtention du prix Goncourt, il y a la voie du juste milieu, du chemin vrai pour vous : écrire aide à vivre.

Sur le rejet de votre enfant, écrivez. N’y ajoutez pas l’abandon. Ecrivez pour aller vers sa guérison.

Remettez-vous à mal écrire, même, puisque c’est ainsi que vous vous jugez. En effet, comme le dit Julia, les mauvais écrits d’aujourd’hui font les oeuvres réussies de demain 2.

Et vous en avez également le droit : n’écrivez pas, si telle est votre envie. N’écrivez pas, mais la raison ne doit pas en être le dépit. N’écrivez pas. Cela ne fait rien. Ce n’est pas parce que la page demeure blanche que rien ne se murmure en vous. Il est temps, tout simplement, pour votre âme de s’exprimer autrement jusqu’à ce que vous vous remettiez à écrire, riche de vos moments vécus.

Remettez-vous à écrire, ne serait-ce que sur la redécouverte de votre blog, la page tournée de votre cahier ou sur le changement de couleur de votre encre signalant votre résilience.

Remettez-vous à écrire cette phrase : « Je ne laisserai plus jamais le jugement d’autrui détourner le cours de ma vie. »

Remettez-vous à écrire, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de vous relire plus tard et de réécrire vos pages, car votre oeuvre évolue comme votre être. Mieux : votre être fait évoluer votre oeuvre et votre oeuvre fait évoluer votre être. Vous êtes comme vous écrivez. Vous écrivez comme vous êtes. C’est bien ainsi. C’est ce qu’on appelle « un style », au naturel.

Vous vous apercevez alors que votre plume délivrée vous fait aller toujours plus loin que les refus et qu’elle n’a même plus besoin d’un quelconque désir d’approbation pour vous emmener vers le mot juste pour vous.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité, Osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 1992
2 Ibid

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La biographie de l’être

Vous pouvez venir chez le biographe avec la liste de tout ce que vous avez fait depuis votre naissance.

Vous pouvez établir une liste des dates importantes correspondant à ces actes.

Vous pouvez raconter comment vous êtes devenu enseignant, chercheur, couvreur, plombier, commercial, mère de famille…

Là encore, ce que vous êtes, vous le faites.

Mais vous pouvez aussi écrire une autre biographie.

Celle des instants qui ont le plus compté pour vous,

celle qui va rassembler dans un récit des fragments de votre vie

que vous avez vraiment aimés

et où, tout simplement, vous étiez vous,

joyeux, vibrant, vivant :

un coucher de soleil, un matin au jardin, les marrons sur le chemin de l’école, la robe violette de vos dix ans, ce match de foot où vous avez gagné et où vous sentez encore le rouge du bonheur vous monter aux joues, les bâtons de réglisse pendant votre convalescence qui brunissaient votre bouche, votre costume de clown pour Mardi-Gras, les dessins de votre souffle sur la fenêtre…

Vous pouvez écrire comment la Vie s’est accomplie à travers vous,

une biographie de l’Être.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal d'une maison de retraite, Journal de ma résilience

Le coupe-ongles

Ma mère me dit :

-Regarde mes ongles comme ils sont longs ! On dirait une sorcière !

ça ne va pas du tout !

J’emprunte un coupe-ongles à une infirmière.

Chacun de ses doigts est dans ma main.

L’ongle se détache dans un petit claquement et tombe en silence.

Il se confond tellement avec le blanc du carrelage que l’on ne le retrouve pas.

Une fois que c’est fini, ma mère me désigne de son index ses autres doigts.

-Celui-là est réussi !

Puis elle ajoute avec le même souci de perfection et d’exigence à mon encontre
que lorsque j’étais enfant :

-Celui-ci beaucoup moins ! Essaie encore…

Disparues, les dissensions d’une vie. Effacés, les désaccords.

Seule compte la petite faille d’un ongle mal coupé que je régularise

dans une fin d’après-midi grise.

Je crois qu’elle ressemble à cela la paix, désormais :

au claquement léger du coupe-ongles

et à la rencontre de nos doigts,

pour la première fois.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de la lumière, Méditations pour un rêve

La nouvelle pièce

Il y a dans mon rêve une nouvelle pièce
jusque là inaperçue,
une pièce dont j’ai obtenu la clé
par je ne sais quel voeu.

Une fois le seuil franchi,
je fais la découverte
du présent du silence
qu’elle a gardé pour moi.

Au fur et à mesure
que j’approche
la lampe,
je lis des titres de livres

qui m’annoncent
un futur
déjà accompli,
des cahiers

qui s’ouvrent
comme des fenêtres
sur les vérités
de ma vie,

des photographies
où je me vois devenue
celle que j’ai toujours
voulu être.

Il me semble même
croiser le regard
de mon âme
dans lequel ma lampe

allume la lueur
d’une flamme.
Et je m’exclame
en mon coeur :

J’ignorais
qu’il y avait une telle pièce
dans ma maison,
un endroit si profond

en moi-même
qui attendait
pendant tout ce temps
que j’entre

pour qu’il me révèle
toutes les richesses
– connaissances, réflexions –
que j’ai depuis toujours !

Maintenant, je fais confiance
à son obscurité.
Je lui apporte
chaque jour

les nouvelles visions
que j’ai récoltées
et que je destine
dans un coin d’ombre

à ma propre rencontre.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de ma résilience

La chance

J’ai traversé des épreuves dans ma vie,
des épreuves que je n’ai pas choisies,
et c’est bien ce qui définit le mot « épreuve ».
Certains, pour bien enfoncer le clou,
et m’inciter à croire
que j’avais été oubliée
par la vie,
m’ont dit que je n’avais vraiment pas de chance.
Mais de la chance, si,
j’en ai beaucoup.
J’ai de la chance d’aimer la musique,
l’art, la poésie,
Chopin, Van Gogh, Cadou.
Certains n’ont même pas cela en eux.
Alors, ils ont moins de chance encore
que moi
qui sais suivre
avec ma plume
la trace invisible
du chant
du vent
pour la noter
dans mon journal intime.
Et puis, j’ai la chance ultime
d’avoir toujours
un feuillet
suivant
pour le prochain jour
à vivre.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Chambre de la douleur

Relire Chambre de la Douleur de René-Guy Cadou,
un poème que j’ai lu et expliqué dans un devoir quand j’étais adolescente,
un poème que j’ai ensuite oublié
sur mon chemin parsemé de rendez-vous avec d’autres poèmes,
un poème qui me rappelle le feu des soirs anciens, la lampe et le visage de mon père,
un poème qui me revient comme l’ami
pour me dire qu’on ne mesure pas toujours l’importance
de ce qui est essentiel dans notre vie,
tel le poème Chambre de la Douleur
qui a habité ma chambre
de toute sa présence
dans cette nuit de deuil entre
le onze et le douze novembre.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Sans titre

Souvent, je me dis :
Il faut que j’écrive
ce que je veux vivre,
donner avec ma plume
de l’élan à ma vérité.
C’est alors
qu’une petite voix
d’enfant
m’interrompt
et me murmure
comme si c’était
un secret
dont je devais
absolument
me rappeler :
Tout est déjà
écrit dans ton coeur !

Géraldine Andrée