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La fin d’un livre de vie

Il arrive, lorsque vous avez terminé d’écrire votre livre de vie, de traverser un processus de deuil.
En effet, vous vous étiez habitué aux rencontres régulières avec le biographe.
Vous avez cheminé avec lui à travers votre vie et il vous semble que celle-ci prend fin.
En vérité, il n’en est rien.

Néanmoins, vous pouvez ressentir de la tristesse car la destination atteinte signe la fin du voyage ; la réalisation d’un projet marque toujours la fin du rêve.
Il est possible de dépasser ce deuil et d’aller plus loin que votre livre qui vous ouvre à une autre vie.

Outre le fait d’envoyer un livre à un éditeur ou à un imprimeur – et donc de transformer le terme de ce cheminement en un autre trajet -,
vous pouvez, par exemple, ajouter des pages blanches à votre œuvre. Ces pages évoqueront la poursuite de votre vie au-delà de tout ce que vous avez écrit.
Vous pouvez adresser, en guise d’épilogue, une phrase à vos proches afin que ceux-ci continuent avec leur propre plume leur histoire qui, ainsi, s’unira à la vôtre.
Vous pouvez même adjoindre un cahier vierge qui prolongera, une fois rempli, le livre initial. Vous donnerez jour, alors, à un projet d’écriture à plusieurs mains.
Vous pouvez aussi tenir un journal sur ce que vous avez éprouvé pendant la réalisation de votre autobiographie, noter comment cette entreprise a profondément contribué à votre évolution personnelle, faire une liste de tous les atouts qu’elle vous apporte dans votre quotidien. C’est ce que j’appelle écrire une autobiographie sur l’autobiographie ou encore créer, cette fois-ci, non plus la biographie de votre passé, mais celle de votre présent – une fois que les pages de votre passé sont bel et bien tournées.

N’oubliez jamais. Un livre achevé ouvre une fenêtre en soi.
Alors, changez par votre écriture qui renaît de jour en jour,
votre deuil en joie.

Géraldine Andrée

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Tout est biographique

Je l’ai déjà écrit,

Est-ce que c’est assez intéressant ?

tout est intéressant dans l’entreprise d’écriture d’une biographie. Et pourtant, beaucoup de ceux qui veulent mener à terme un tel projet ne cessent d’être taraudés par cette question :

Est-ce que ça vaut le coup ?

Souvent, ce sont leurs proches qui, inquiets de ce qui pourrait surgir au cours d’un tel processus de métamorphose de l’être que l’écriture de soi peut déclencher, posent cette question. Ou alors, c’est la partie contrôlante de soi – l’ego comme les psychologues l’appellent, Niegel sous le nom que donne à cet ego Julia Cameron, cette instance parentale sarcastique niant la partie créative et audacieuse en soi – qui parle ainsi. 1

Oui, ça vaut le coup.

Parce que tout est biographique.

On peut écrire et on a le droit d’écrire sur la nappe à carreaux de l’ancienne cuisine, sur la pipe de Grand-Papa et la manière avec laquelle il prisait le tabac, sur le crottin que laissaient les chevaux le long du sentier, sur le tablier d’école taché de peinture, sur la bulle de chewing-gum qui s’est accrochée aux cheveux en éclatant. Un rien, d’ailleurs, est susceptible de déclencher l’envie d’écrire sa vie. Je me souviens que la réminiscence d’une lampe jaunie par l’éclat des ampoules successives m’a incitée à écrire mon premier récit intime.

Si l’on sent, malgré tout, que ça ne vaut toujours pas le coup d’écrire sur soi, on peut écrire sur la relation de soi au monde. Pourquoi ne pas écrire l’histoire de son arbre ou de son animal ?

Commencez le journal de votre arbre ou de votre plante préférés. Chaque jour, notez le changement des feuilles, la variation des couleurs, l’épanouissement ou la léthargie de ce végétal, sa croissance ou sa pleine maturité. Prenez le temps de décrire sa disparition si tel est le cas.

Jugez-vous encore que ça ne vaut pas le coup de consacrer des mots – les vôtres – à ce qui marquera toujours votre psyché, quels que soient les événements et les circonstances ?

Faites de même pour le chat ou le chien qui vous sont chers – ou encore votre poisson rouge. Comment communiquez-vous avec votre animal ? Comment jouez-vous avec lui ? Comment vous accueille-t-il ? Pourquoi ne pas écrire un poème sur son regard ? Prenez le temps d’évoquer tous les détails, jusqu’à compter les points lumineux dans ses yeux.

Souvent, l’on déclare que le projet d’écrire sa vie ne vaut pas le coup car l’on craint, en parlant de soi, de faire preuve d’un orgueil démesuré. Mais, en écrivant sur la vie de votre jardin, de votre maison – ou de n’importe quoi d’autre -, vous constatez que le Je ne prend pas autant d’importance pour lui-même. Il prend de l’importance dans l’échange qu’il entretient avec le monde. Et vous voici le porte-parole et le chroniqueur de cet échange.

Enfin, il arrive de se dire que ça ne vaut pas le coup de « raconter ça » car l’on craint de donner une image peu avouable de soi dans ces pages. Or, c’est justement ce qui n’est pas avouable qui doit être le plus avoué – non pas comme l’on avouerait une faute sous le poids de la culpabilité, mais parce que cet aveu révèle de manière intéressante l’universelle complexité de l’esprit humain.

On a le droit de réserver un livret au souvenir de ses bêtises d’enfant ou à sa dépression post-partum, son burn-out au travail, son adultère, sa jalousie… Même les sentiments obscurs ont une place sur le blanc du papier.

Mais j’écrirai ultérieurement un billet plus long sur la biographie et le tabou.

Arthur Rimbaud a attribué une grande part autobiographique à ses poèmes. Dans Les Poètes de sept ans, il a consacré certains vers à décrire l’odeur et la fraîcheur des latrines dans lesquelles il s’attardait, attiré par cette pestilence. Et c’est ce lieu bien peu social qui lui a permis de déployer son rêve de liberté dans l’écriture et toute une palette d’images poétiques comme les « lourds ciels ocreux », « les forêts noyées », « les fleurs de chair aux bois sidérals ». « les parfums sains » et « les pubescences d’or ».

Alors, oui, cela vaut le coup non seulement de décrire l’insignifiant, le caché, le discret, le muet, mais aussi ce que l’on étiquette comme « animal », « bestial » – voire « dégoûtant »,

car tout est biographique.

Et tout est biographique car tout – même ce que d’aucuns appellent « un rien » – est vivant
tant que notre mémoire vit encore.

Et le principe de la vie elle-même est d’échapper à tout jugement.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! La Bible des artistes, collection Aventure secrète
2 Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, Collection Poésie Gallimard

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Sans titre

Je veux rendre honneur
à tous ces objets
qui accompagnent
mon écriture quotidienne :

ma vieille tasse
dans laquelle les thés
de différentes saveurs
ont laissé trace,

ma bouilloire
dont le ronronnement sûr
répond
à toutes mes questions,

mon bâtonnet
d’encens
écrivant
en silence

sa phrase
qui danse
en volute
grise

jusqu’à la page
blanche
du plafond,
et surtout

ma pierre
d’améthyste
dont les lueurs
m’inspirent

un mot de foi
à chaque fois
que j’ai noté
un mot triste…

Géraldine Andrée

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Le cahier neuf

Cette excitation, toujours, quand j’achète un cahier neuf…
Je caresse son papier comme jadis, je prenais plaisir, enfant, à passer ma main sur la neige fraîche.
Et, avant même de me présenter à la caisse,
je joue à deviner les mots qui vont apparaître,
à fleur de page,

ces mots qui percent déjà
le blanc de tout cet espace,
avant qu’ils n’éclatent en phrases,
car ils ont la patience secrète
des perce-neige.

Géraldine Andrée

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Sans titre

Il faudra que j’écrive, un jour, sur tous les actes que j’accomplis alors que j’écris, que j’en fasse la liste :

poser ma plume et aller me préparer un café, vérifier si la brèche dans la toiture ne s’est pas aggravée, décrocher le téléphone qui sonne, ouvrir la porte au chat qui miaule, combler d’autres brèches – psychologiques, émotionnelles – créées par les demandes d’autrui ou les exigences des choses quotidiennes,

puis retourner à la légèreté de ma plume, reprendre la temporalité hors du temps de mon récit, m’envoler même si je suis toujours présente – Oh ! Ne pas partir très loin ! Juste dans le ciel de la page !

Il faudra que je réponde, un jour, à cette question :

L’écriture s’intègre-t-elle à la vie
ou la vie s’intègre-t-elle à l’écriture ?

Peut-être qu’il faut que je vive et que j’écrive encore,
que j’écrive et que je vive encore,
pour noter une réponse dont je sois sûre…

Géraldine Andrée

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Retrouvailles

J’ai relu le journal intime que j’ai tenu dans l’ancienne maison.
J’ai été surprise par l’encre toujours bien nette, toujours bien vive
de mes phrases
et j’ai retrouvé comme de vieux amis
des mots comme « véranda », « platane, « chat », « jardin »,
des expressions aussi telles que « l’heure mauve dans ma chambre », « l’aube aux lisières »,
alors que toutes ces choses ont disparu depuis longtemps
et qu’il ne subsiste aucune preuve de leur existence,
sinon la trace de leur passage dans la neige éternelle de la page
et qui me mène à un espace de silence
que je me crée dans le temps d’aujourd’hui
pour mieux me souvenir…

Géraldine Andrée

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La nouvelle résolution

La nouvelle année commence ! C’est le moment d’écrire des résolutions pour accomplir ce que l’on n’a pu accomplir l’année précédente, parce que l’on est insatisfait des résultats, parce qu’il faut toujours se lancer dans de nouveaux challenges, se défier, être en compétition avec soi-même.

Ces résolutions, souvent notées dans un calepin tout neuf, seront certainement vite abandonnées par lassitude, manque de temps, d’investissement sur la durée ou de conviction…

Et si l’on ne notait qu’une seule résolution cette année,

Être ?

À partir de ce seul verbe, faire une petite liste – sous forme de bullet-journal, pourquoi pas… – des activités qui nous invitent à Être.

Comment les reconnaître ?

Ce sont les activités où vous oubliez votre mental, où vous cessez de planifier, de contrôler, où vous abandonnez toute obligation de performance.

Pour moi, c’est

  • sauter dans une vague
  • caresser un animal
  • me promener dans un jardin
  • m’asseoir au soleil
  • regarder défiler un paysage par la vitre du train
  • inspirer et expirer profondément
  • danser
  • contempler la lune
  • attendre que le thé infuse sans rien faire d’autre, en observant l’eau qui prend doucement la couleur du thé
  • m’étirer

Et vous ? Promettez-vous, ou plutôt, permettez-vous de choisir un item de votre liste et d’y être fidèle une fois par jour.

Décidez d’être qui vous êtes quelques instants, chaque jour, loin des conventions, des obligations que vous imposent les autres et des masques sociaux (sans mauvais jeu de mot).

C’est largement suffisant pour tout un an !

Géraldine Andrée

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Mon entourage

Lorsqu’il n’y a plus personne,
je m’entoure de mots
tels que « jardin », « lumière »,
« beauté », « source »,
« enfance »,
des mots qui éclairent
mon regard
quand ils voyagent
de la page
à mes lèvres,
des mots
dont le murmure
précède
le poème
et qui deviennent
enluminure
du silence.

Géraldine Andrée

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Est-ce que c’est assez intéressant ?

Lorsque vous avez le projet d’écrire votre biographie, une petite voix – la vôtre ou celle d’un proche – vous susurre :

-Est-ce que c’est assez intéressant, ce qui est arrivé, pour que cela soit écrit ?

Il n’y a pas de hiérarchie dans les écritures de vie. Tout comme chaque vie est digne d’être vécue, chaque vie est digne d’être écrite. Dans le film Quelques Heures de printemps, la mère d’Alain Evrard est prête à mourir. On lui pose la question :

-Avez-vous eu une belle vie ?

Et elle répond :

-C’est ma vie !

Je connais un homme qui répertorie sur chaque page et dans chaque case de son agenda ce qu’il fait, jour après jour. Il y inscrit les actions les plus anodines au rythme des instants, comme :

Remplir la gamelle du chat
Rempoter les fleurs
Changer de lessive
Fumer un cigare
Ramasser un papillon mort dans la rainure de la fenêtre
Redonner sa liberté à une coccinelle qui se balade sur ma plante d’intérieur
Acheter TV Magazine
20 heures ; revoir pour la treizième fois Un Tramway nommé Désir

Ces actions semblent si banales que certains les relègueraient au stade du « non événement » ou de la trivialité.

Pourtant, j’imagine quelle découverte ce sera pour les petits-enfants de cet homme qui note tout de feuilleter plus tard ces nombreux agendas, de poser un doigt sur la case du 15 avril 2018 et de se dire :

-Tiens ! Ce jour-là, Pépé a assisté à la floraison de l’hibiscus ! Il a acheté de l’eau en bouteille car il en avait assez de l’eau du robinet. Il a prévu de s’acheter de nouvelles chaussures !

Autant de gestes, autant de projets immédiats, autant d’humbles émerveillements sauvés du silence.

Et puis, est-ce un « non événement » que d’écrire, par exemple, sur la mort d’une mouche dont on a été témoin dans la lumière du soleil, comme le fut Marguerite Duras ? 1

Anne Frank et Etty Hillesum ne se sont pas demandé si elles écrivaient quelque chose d’intéressant pendant la sombre période de l’Holocauste. Elles ont pris la plume pour sonder leur coeur en temps de guerre, se confier, se retrouver dans la calme et blanche unité d’un cahier, alors que l’angoisse des persécutions menaçait d’éparpiller à chaque seconde leur identité profonde. Elles n’ont pas rédigé un journal pour être publiées ou documenter une époque, mais pour s’appartenir enfin, bien qu’autrui se soit acharné à spolier leur existence.

La jeune fille Etty note un mercredi 10 juin 1942 au matin :

Cette heure qui précède le petit déjeuner est en quelque sorte l’antichambre de ma journée. Tout est si calme autour de moi, même si la radio marche chez les voisins et si, derrière moi, Han ronfle, Han ronfle – encore que pianissimo. Nulle précipitation autour de moi.

Il ne viendrait à personne l’idée de pointer la banalité de ce passage. Pourquoi ? Car il n’est en rien banal. Il s’agit d’une tentative psychologique – avant que d’être littéraire – de maintenir par la tenue régulière du journal le tendre et secret équilibre des heures, au coeur-même d’Une Vie bouleversée 2.

Dans chaque récit de vie confié au biographe, il y a une vie bouleversée. Et ce qui semble insignifiant pour certains peut être chargé de sens, révélateur, voire traumatisant pour d’autres. Bon nombre d’enfants ont avoué, adultes devenus, que leur enfance avait été transformée par la mort de leur chien. La destinée d’Elisabeth Kübler-Ross – la célèbre psychiatre qui a complètement changé notre conception de la mort – a, elle, été fortement influencée par la mort de son lapin.

Il n’est pas d’événements moins pertinents que d’autres à relater. Le moindre détail contient toute sa charge sensorielle, émotionnelle, affective dans une vie. Il n’y a qu’à, pour s’en convaincre, songer à cette petite madeleine proustienne trempée dans un peu de thé qui a permis au jeune Marcel de déployer la fresque immense du souvenir.

On n’écrit pas une autobiographie pour flatter son ego. Cela peut, certes, être le cas mais généralement, on écrit son autobiographie pour sentir enfin que la vie – la nôtre – nous retrouve, nous rejoint dans les mots ; pour se dire une fois le livre achevé :

-C’est moi ! C’est ainsi que j’ai vécu ! Tous ces instants ne m’ont pas échappé, même si j’ai souvent cru le contraire…

En effet, personne ne vit à votre place, n’éprouve, ne ressent à votre place. Personne ne possède la propre force de votre mémoire…

Aussi, confiez sans hésitation votre récit de vie à un biographe, si tel est votre souhait, car lui ne vous dira jamais :

-C’est intéressant

ou

-Cela ne l’est pas !

Le biographe vous ramènera, avec sa plume, à votre vie vivante, vibrante, perçue dans tout le passé qu’elle contient sous le prisme d’un jour nouveau.

Et vous trouverez cette expérience d’écriture très intéressante à vivre…

Géraldine Andrée

1 Marguerite Duras, Écrire, Gallimard, 1993

J’y ai déjà fait référence mais je m’y réfère encore, tant je trouve cette réflexion sur l’écriture inépuisable et probante…

2 Etty Hillesum, Une Vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork, JOURNAL

Je la cite souvent sur ce blog. Je la citerai encore dans l’avenir car son journal est d’un précieux enseignement en la période si singulière que nous traversons.

Tenir un agenda en y notant tout ce que l’on vit au jour le jour peut constituer le point de départ d’une autobiographie.
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Je suis en voyage

Je suis en voyage
Je passe
sur cette terre
en ne laissant
que quelques traces

Je dois vivre
suivre
vaille que vaille
mon chemin
qui consiste
à écrire
la lumière

et lorsque je serai arrivée
à destinée
c’est-à-dire
au bout de la ligne
dans je ne sais
quel espace
de la page

je rentrerai
à la maison
où l’enfance
sans un signal
recommence

Géraldine Andrée