Publié dans Bullet journal, C'est la Vie !, Créavie, Le cahier Blueday, Le temps de l'écriture

Écris

Écris sur

  • la fourmi qui se promène sur ta page
  • la rivière aux étincelles toujours neuves
  • le rouge de la robe d’Alice entre les lys
  • les paroles des herbes folles
  • les lueurs d’une guirlande dans la nuit
  • les miettes après la fête
  • la fenêtre noire comme l’encre à dix-sept heures trente
  • les cymbales de la pluie
  • ton souvenir devenu jardin qui t’ouvre grand ses grilles
  • la bouteille de parfum dont le reflet te montre tous les jours écoulés
  • un rire d’enfant qui trotte dans ta tête
  • la braise d’un mégot tremblant dans le cendrier
  • la moiteur d’un soir en Louisiane
  • tes pleurs sous les étoiles
  • la brume qui se lève du lac avant de se fondre dans l’aube
  • le café à moitié bu de l’amant qui vient de partir
  • la moue que faisait feu ton père quand il était contrarié
  • la rencontre de deux planètes dans ton rêve
  • ce quelque chose ou ce quelqu’un qui attend de te connaître – et tu meurs de curiosité
  • sur le murmure de ton sang pendant que

tu écris

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Le temps de l'écriture, Méditations pour un rêve, Poésie, Poésie-thérapie, Récit de Vie

L’océan de l’écriture

Je me plonge dans l’écriture comme dans la mer. Je me laisse porter par son mouvement et bercer par son souffle qui contient toute une myriade de gouttes constellant l’azur blanc. Je me détache du rivage. J’ai franchi ainsi la marge du monde qui me sépare de l’infini.

Bien sûr, je sais que je reviendrai de cette paisible nage. Et lorsque je m’en retournerai vers le sable avec la même légèreté que celle qui dépose la conscience sur le papier, je suivrai du regard les phrases que les vagues ont tracées – syntaxe éphémère, vite effacée dans la lumière.

Et je serai fière de m’être avancée jusqu’aux plus lointaines lisières de moi-même, fière d’avoir été cette mer inscrivant son voyage dans ma mémoire.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, L'alphabet de l'herbe, Le cahier de la vie, Le temps de l'écriture, Poésie

La terre

Ma page est une terre vierge
où je crée mon paysage
une forêt pour protéger mes rêves
une rivière pour y abandonner mes soucis
un jardin pour réunir mes défunts
et une constellation de feuilles
pour que se répète à l’infini
le bruissement de la vie

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Le livre de vie, Le temps de l'écriture

Rendez-vous

Elle a rendez-vous avec Elle, ce soir, sous la lampe, à côté
d’une bonne tasse de thé.
Elle a rendez-vous avec Celle qui vient de très loin, depuis l’enfance,
et qui a voyagé sur longues lignes noires
pour être là, dans cette chambre.
Dès qu’elle La rencontre, c’est comme au temps jadis,
quand les feuilles servaient de refuge secret,
mais cette fois-ci, l’intimité est devenue autre : c’est elle qui, avec la clé, se tient sur le seuil pour recueillir Ses confidences.
Elle sourit au récit de Ses histoires qui semblaient si importantes – jusqu’à aujourd’hui.
Elle pleure devant Ses peines. De temps en temps, elle s’exclame : Pauvre petite !
Puis, en séchant une larme qu’elle sent poindre à travers un mot, elle Lui dit : Voyons ! Ce n’est pas si grave ! Tu vois, la Vie continue ! On vieillit !
Elle Lui donnerait bien des conseils mais le temps a fait son œuvre : Elle a déjà beaucoup appris. Seule l’expérience aide à comprendre…
Elle est contente d’être face à son Alter Ego qui lui montre qu’elle a changé, sans abandonner sa vérité.
Elle est ravie, vraiment, de retrouver Celle qu’Elle était.
Alors, elle ferme son journal de jeunesse et dans le silence qui l’envahit, elle se sent accompagnée.

Géraldine Andrée

Photo de Polina Kovaleva


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L’écriture de l’eau

L’eau fait
de chaque brin d’herbe
un délié
de chaque branche
emportée
par son mouvement
un long phrasé
Elle accroche
à la page
de sable
un alphabet
réservé
aux seuls
initiés
que sont
les oiseaux
et les méandres
qu’elle trace
avec du vert
aux marges
de la terre
sont des pleins
sur lesquels
s’attarde
le soleil
L’eau constelle
les bords
du ciel
blanc
de virgules
d’or
que l’on confond
à tort
avec
des étincelles
Non loin
de la grande
ville
où les hommes
se croient
éternels
l’eau
écrit
notre passage
dans le temps

Géraldine Andrée

Photo de Mabel Amber
Publié dans Créavie, Le temps de l'écriture

Méditation sur le pouvoir de l’écriture

Quand tu écris, tu dialogues en secret avec toi-même. Il n’y a personne pour te contredire et s’interposer entre ta vérité et toi. Tout est absolument vrai – surtout tes rêves.

Quand tu écris, tu peux te rendre n’importe où. Tu peux même retrouver ce qui a disparu et ce qui te manque. Si tu te sens bien dans le jardin de ton enfance qui n’est plus, l’histoire que tu te racontes peut t’y emmener.

N’attends pas d’être inspiré pour écrire. Et surtout, n’attends pas de connaître ta destination. C’est en écrivant que tu traces ton chemin et que tu l’éclaires.

Quand tu écris, tu es la lampe qui te guide jusqu’au mot prochain.

Quand tu écris, tu deviens ce chemin que tu as tant cherché à l’extérieur.

Et qu’importe où il te conduira finalement car, quand tu écris, tu fais d’une simple feuille volante ta demeure.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Le temps de l'écriture, Un troublant été

Écrire dans l’herbe

Écrire
dans l’herbe,
ce n’est, certes,
pas confortable.
Cela te picote
les jambes.

Il te faut souvent,
dans l’élan
d’une phrase,
te résoudre
à changer
de position,

pour t’asseoir
provisoirement
en tailleur
au milieu
des bourdonnements
du soleil.

Mais quel bonheur
quand la lueur
un peu follette
d’un papillon
volette
sur ta page…

Quelle surprise, aussi,
quand une minuscule
fourmi
déambule
dans la fourmilière
de ton récit !

Tu sais, alors,
que tu ne cueilles
aucun mot
par hasard
et qu’il en est
de la volonté

du Ciel
que ta feuille
soit placée
tout près
de cette feuille
de trèfle…

Géraldine Andrée