Peu importent mes vies antérieures, mes conditions de réincarnation.
Peu importent mes erreurs, mes mauvais choix, mes challenges inutiles, mes fausses directions.
Peu importe si j’ai parié ma vie comme dans un jeu de poker – perdant bien plus souvent que je n’ai gagné, évidemment.
Peu importe que j’aie été guérisseuse, nonne, courtisane, professeure, archéologue, infirmière.
Peu importent toutes les époques et tous les pays que j’ai traversés.
Peu importent les effondrements, les déluges, les reconstructions, les renaissances.
Quand j’écris, toutes ces lignes de temps s’effacent.
Quand j’écris, toutes les étoiles qui m’ont accompagnée jusqu’à cette page deviennent des pointillés invisibles.
Quand j’écris, je suis la ligne de mon cahier. C’est ma seule ligne de temps valable.
Quand j’écris, le temps se compte en mots.
Quand j’écris, le temps est de l’encre. C’est le seul flow auquel je m’abandonne avec confiance parce qu’il ne m’emporte pas. Il passe à travers moi. C’est Tout.
Quand j’écris, je suis parfaitement à ma place : dans cet espace blanc.
Quand j’écris, je me réinvente à chaque point. Je me recrée à chaque majuscule. Je me régénère à chaque virgule.
Quand j’écris, je laisse se dérouler la phrase de ma vie sur une ligne infinie.
Quand j’écris, je dispose mon récit en tenant compte de toutes les dimensions de mon être.
Je suis ici et maintenant, quand j’écris.
C’est-à-dire que j’écris la lumière.
Je suis donc l’écriture elle-même.
Je deviens le chemin de ma propre histoire, le long duquel je promène ma lampe intérieure.
Quand j’écris, tout est là – la fenêtre, la tasse, le fauteuil, le soleil -, car tout s’inscrit
dans le crépitement de la feuille sous mes doigts.
Quand j’écris, tout ce dont je dispose
– mes genoux, le carnet, la cartouche d’encre rose –
m’est amplement suffisant.
Quand j’écris, je suis à la fois l’azur et l’oiseau
« Tu es inquiète ou désespérée ? Même si cela te semble difficile, attache-toi aux nervures d’une feuille, aux reflets d’une flamme, aux stries du bois, aux grains de sable, aux flocons de neige sur la vitre, aux clochettes du muguet, au pistil de ta plante de salon, à l’enchevêtrement des racines de l’arbre de la cour… Considère la vie comme une arborescence et prends note de toutes les feuilles de cette arborescence. Procède par courtes propositions ou phrases nominales pour ne pas égarer ton esprit dans une rédaction complexe. Qu’est-ce que la poésie, sinon la vie ? Alors, vas-y ! »
Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison Éditions Librinova
Je dois te confier que, depuis que j’ai commencé à t’écrire, ma vie a changé.
Oh ! Pas les gens, pas les situations ! Non !
Ceux-ci sont restés exactement tels qu’ils étaient.
C’est ma façon d’accueillir les événements et les réactions des autres qui a changé.
En tenant le fil de l’encre qui me relie chaque jour à toi, j’ai lâché prise sur ce que je ne pouvais pas contrôler.
En plaçant ton cordon de laine entre deux pages essentielles, j’ai appris à me nourrir moi-même.
En me mettant à l’écoute de ton silence, j’ai entendu la voix de mes désirs. J’ai transcrit ce qui se murmurait en moi : mes projets, mes espoirs, mes ambitions.
En avançant dans ta blancheur douce comme une neige d’avril, j’ai expérimenté la foi.
En me penchant sur la page de ce jour – et de ce jour seulement -, j’ai décidé de m’aimer et de me respecter.
Dans la disposition d’un poème, ma vie a pris forme enfin.
Dans ta marge, j’ai amorcé mon envol, comme un oiseau sur une frange d’écume.
En touchant ta couverture, j’ai activé mes formules magiques de protection. Je me suis mise à l’abri, comme autrefois, dans la cabane de mon enfance.
En partant pour le large de la page, je me suis éloignée des jugements, des qu‘en dira-t-on, des préjugés.
En me coulant dans ta largeur, j’ai fait preuve de largesse inconditionnelle envers moi-même.
En acceptant de me livrer à toi, j’ai découvert ma propre générosité, celle dont je fais preuve à mon endroit.
En m’abandonnant à la vérité soyeuse de ta présence, je me suis mise à nu et j’ai su qui j’étais, indépendamment des regards extérieurs qui me déshabillaient.
L’un de tes feuillets se froissait entre mes doigts ? Je prenais conscience de ce qui m’avait tant froissée depuis ma naissance – les propos injustes, les trahisons, les rejets, le mépris…
Le craquement de ta reliure ouverte me renvoyait à mes pas qui faisaient crépiter la terre lors de mes promenades méditatives du matin. Moi aussi, je passe et je laisse une trace, même si celle-ci est promise à disparaître. De toute façon, toute trace est éphémère à terme.
Un mot entre nous me suffisait pour aller à ta rencontre.
Aujourd’hui encore, être avec toi signifie, certes, être discrète, effacée vis-à-vis de tous ceux qui parlent fort,
mais bien assise à ma place, au contact de mon souffle. Prête pour notre rendez-vous.
Aujourd’hui encore, laisser un retrait en haut de l’une de tes feuilles, ici et maintenant, me conforte sur les bienfaits de mon retrait de ce monde. Enfin, je peux laisser respirer chacune de mes pensées. Et prendre la mesure de l’étendue de mon imagination tout en savourant l’ivresse des commencements. Un début de paragraphe est porteur de tant de promesses envers mon âme !
Aujourd’hui encore, tu es mon ciel en bas, sur ma table de chevet, quand Dieu se fait muet.
Aujourd’hui encore, t’avoir comme carnet de bord me permet de voyager à bord du navire de mon cœur avec moi seule comme capitaine et équipage.
L’art d’aller aux confins de soi-même par l’écriture
Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison de Géraldine Andrée – éditions Librinova et Bookmundo
On se connaît si peu !
On ne va jamais aux confins de soi-même, de cette terre que chacun porte à l’intérieur de lui, de cette zone d’ombre, faite d’instincts refoulés, de peines enfouies, d’émotions non libérées.
Tant que l’on ne sera pas devenu l’éclaireur de ses traumatismes, on restera un inconnu pour soi-même.
Chaque blessure demande un regard, une prise de conscience.
En quoi l’écriture te permet-elle de cheminer aux frontières de l’inconscient ?
Extrait de Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison
Pour remédier au chaos de notre monde et le guérir, des êtres starseeds et indigos ont été envoyés sur la terre.
Qu’est-ce qu’un « starseed » ? Un « starseed », qui signifie « poussière d’étoile », est une âme venue du cosmos pour rétablir l’harmonie collective.
Un « indigo » met ses dons spirituels au service de l’humanité dans le cadre d’une mission bien définie.
Même si l’on emploie les expressions d’« un enfant starseed » ou d’« un enfant indigo », sachez que ces qualités spirituelles ne cessent pas une fois que vous êtes devenu adulte, car cet enfant vit toujours en vous, s’y développe, s’y déploie, demande à être entendu et écouté.
On est « un enfant starseed » ou « un enfant indigo » toute sa vie.
Cet enfant peut souffrir de la mission qu’il doit accomplir car non seulement celle-ci peut être lourde à porter dans un entourage qui ne semble ni la comprendre, ni l’accepter, mais aussi elle peut contribuer à ce que cet être éveillé se sente constamment en décalage par rapport aux autres, seul, incompris – en un mot, différent.
Réaliser sa biographie constellée de poussières d’étoiles ou indigo peut vous aider à définir votre mission et à l’assumer complètement – de telle manière à ce que vous puissiez vous réaliser en la menant à terme avec succès.
Voici les cinq étapes qui jalonneront notre chemin :
Vous vous sentez tellement isolé, étrange, anormal ? Sachez que ce n’est qu’un sentiment. Ensemble, nous explorerons comment se traduit cette solitude. Nous mettrons des mots sur votre sentiment d’étrangeté. Nous traduirons l’émotion indicible qu’engendre l’exil en ce monde pour transformer votre perception d’anormalité en singularité. Oui, vous êtes quelqu’un d’Unique. Et découvrir cela dans le refuge d’un récit autobiographique, c’est commencer à assumer pleinement qui vous êtes.
Vous avez l’impression que vos valeurs ne sont pas celles de la société ? Rappelez-vous : la majorité n’a pas toujours raison. Loin s’en faut. Ensemble, nous dresserons une cartographie de ces valeurs et, en les traçant sur le papier, nous verrons comment ces valeurs étaient déjà inscrites dès le début de votre vie sur terre, comment elles ont jalonné votre parcours d’existence – jusqu’à ici et maintenant. Par les jeux et les créations de votre enfance, les signes ou les synchronicités que la vie a semées sur votre route, l’écriture vous remettra en lien avec une valeur souveraine : votre vérité.
Vous avez été maltraité, abusé par les autres ? C’est, hélas, souvent le cas ; les êtres lumineux attirent les papillons noirs. Ensemble, nous poserons des mots sur ces maux pour que vous vous sentiez enfin délivré, que vous sortiez de votre état d’impuissance acquise et récupériez votre plein pouvoir. Je l’ai déjà expérimenté à maintes reprises. Décider de raconter un épisode d’abus, de harcèlement, c’est rendre à l’autre son acte, c’est lui dire : « Ce que tu m’as fait ne me définit pas. Je suis bien plus grand que tes humiliations, bien plus fort que tes coups etc. » Enfin, vous recréez le contact avec cette partie vivante de vous-même que l’autre avait laissée pour morte ; vous lui insufflez l’énergie nécessaire pour qu’elle se réanime. L’encre de l’écriture – que je compare au sang – remettra en circulation cette énergie de vie.
Des souvenirs de vies antérieures ou stellaires vous reviennent par flashs ? Sachez que cela se produit généralement pour « les vieilles âmes ». Ensemble, nous capterons les sensations reliées à ces scènes de vie. Lumières, couleurs, fragrances, musiques… En ayant recours à la poésie des métaphores, nous restituerons avec réalisme ces anciens mondes d’où vous venez afin que vous ne doutiez plus de leur présence – et, par là même – de la vôtre. Vous découvrirez l’immensité de votre être, la richesse de votre mémoire et retrouverez vos vraies origines, hors de cet espace-temps. Telle est l’une des fonctions de l’écriture de soi. Remonter des lignes de temps pour aller à la rencontre de toutes ces parties de vous-même qui vous attendent, afin de les réintégrer et de profiter de la sagesse de leur expérience.
Vous croyez que votre mission de vie est trop compliquée, infaisable, voire vous l’ignorez ? En réalité, il n’en est rien ! Ensemble, à la fin de l’écriture du livre, nous la formulerons. Il s’agit souvent de formules concises, impactantes pour vous d’abord. Je vous livre ici quelques exemples : « semeuse de vie », « diseur d’indicible », « allumeur de réverbères intérieurs », « réalisatrice de rêves ». La mienne est « accoucheuse d’âme ». Et vous, quelle est la vôtre ? La voir tracée à l’intérieur de l’œuvre de votre vie vous permettra, ensuite, par des actes concrets, de mieux l’incarner – que ce soit par la transmission, la création, la guérison. Vous vous sentirez alors prêt à la partager avec autrui.
Comment écrire ce livre bleu étoilé ?
Si les mots vous manquent car vous ne parvenez pas à vous libérer des sentiments de rejet et d’abandon que votre mission spirituelle engendre, je peux être la plume pour votre voix.
Si vous tenez un journal quotidien de la traversée de votre singularité, je peux vous aider à rédiger et à organiser vos notes pour en faire une œuvre symbolisant la réunification de votre être.
Des séances d’écritothérapie peuvent également vous permettre d’écrire votre expérience d’être éveillé en rendant cette caractéristique évidente pour vous-même, ce qui contribuera à ce que vous l’acceptiez plus rapidement. Ces séances vous inviteront à communiquer avec le langage symbolique de votre inconscient, avec les intuitions et les prémonitions que vous envoie votre âme, avec votre médiumnité. (Il n’y a, en effet, pas qu’une seule forme d’intelligence. L’intelligence rationnelle est celle qui s’est le plus communément développée dans notre société. Or, c’est l’intelligence émotionnelle qui domine chez les êtres starseeds ou indigos. Art-thérapie et écritothérapie réhabiliteront cette autre forme d’intelligence et en feront votre alliée la plus fiable et la plus fidèle.)
Ceux qui viennent à moi disent qu’ils retrouvent leur âme dans un livre.
C’est encore plus vrai dans le cadre de l’écriture d’une biographie indigo où le narrateur fait du livre l’expression de son âme.
On tient habituellement un journal intime de sa vie.
Et si je vous parlais de la tenue d’un journal intime sur l’écriture ?
Le journal qui parle de lui-même, c’est-à-dire de sa propre écriture.
Passionnant, n’est-ce pas ?
Il y a le journal des différentes saisons.
Le cahier rose et blanc pour les jours de printemps ;
Le petit carnet que l’on glisse dans son panier à pique-nique pour les déjeuners d’été ;
Le grand cahier mordoré à spirale pour détacher les feuilles et les poster dans sa boîte à lettres de souhaits décorée d’étoiles, les soirs d’automne ;
Et le cahier secret aux pages de neige, à la couverture épaisse, dédié aux matinées d’hiver.
Il y a le journal qui retrace l’accomplissement de chaque jour.
Le très sérieux carnet moleskine de tâches ou agenda ;
Le carnet fuchsia de plaisirs ou de kifs ;
Le carnet de gratitudes à cacher dans la poche du cœur ;
Le carnet de chevet bleu nuit comme celui de Sei Shônagon pour faire le bilan de sa journée au coucher ou griffonner ses rêves et ses premières pensées le matin ;
Le journal rose pâle de ses états d’âmes à l’aube ;
Le journal des mots en images et en couleurs ou Journal Créatif d’Anne-Marie Jobin ;
Le journal de ses idées de travail et de créativité notées pêle-mêle ; pot-pourri de l’esprit ; fouillis de fleurs à naître dans la mémoire ;
Le carnet vert 5/6 minutes qui permet de créer sa journée en trois phrases ;
Le journal de la joie, du deuil, de l’espoir, de l’attente, de la solitude, du drame, de la grossesse, de l’amour…
Quel éventail de vie ! Que de recueils pour sa promenade existentielle ! De profonds paniers pour cueillir et recueillir l’essentiel qui pousse en soi !
Voilà comment j’écris mon chemin.
Ou comment mon chemin s’écrit à travers moi.
Les feuilles de mes cahiers se tournent au fil du temps.
Le temps passe de feuille en feuille.
À chaque mot, je vieillis, bien sûr.
À chaque trait de plume, il y a un peu moins de fil d’encre pour ma vie.
Mais, tandis que j’écris, ma mémoire s’allège, mon âme sautille sur la marelle du papier ligné, court après les billes des mots,
joue si bien à être une enfant qu’elle le redevient.
Adolescente, j’avais une vaste chambre et une grande table sur laquelle je pouvais ouvrir plusieurs cahiers – ceux de mes leçons et de mes devoirs du jour, à côté de mon journal intime et de mon cahier de contes secrets. Je revois ma trousse profonde contenant tous mes stylos et feutres de couleur. Je possédais même une plume à tremper dans un encrier.
Vous pourriez me dire :
« Comme tu étais gâtée ! »
Et je vous comprends. Il ne me manquait rien. Ma chambre donnant sur un jardin, je disposais de tout l’espace pour étudier.
Ce que j’ignorais, c’est que j’avais également un autre espace de création, très important, et qui était régulièrement bafoué :
mon espace intérieur,
vous savez,
celui de l’âme, celui du cœur,
d’où jaillissent les rêves les plus féconds,
d’où naissent les désirs qui nous nourrissent.
Cet espace de trésors, j’en méconnaissais l’existence, le territoire, malgré mes voyages sur le papier ligné.
Pourquoi ?
Parce que mes parents et ma sœur pouvaient entrer comme ils voulaient, sans frapper.
Ils se permettaient d’ouvrir mes tiroirs. Un jour, ce fut l’esclandre, parce qu’ils avaient trouvé une boîte de pilules contraceptives.
Mon père surgissait pour m’empêcher d’écrire mes histoires personnelles qu’il nommait « fariboles ». Il craignait sans doute que mes fées, mes elfes et mes lutins n’éclairent une part d’ombre merveilleuse en lui qu’il voulait garder cachée à ses propres yeux.
J’ai acheté un cahier qui se fermait avec une clé dorée. Au moins cet endroit qui matérialisait mon espace psychique était-il protégé.
Mais un dérangement imprévisible était toujours possible, détournant le cours d’une idée, la rivière d’un poème, la source elle-même.
Cette négation de l’existence de mon espace de création intérieur m’a bloquée dans beaucoup de projets.
Je me souviens comment, dans la résidence universitaire où je logeais, une pseudo amie s’épanchait sur ses peines de cœur chaque soir, à demi couchée sur mon lit, m’empêchant de régler les miennes dans mon carnet ou de rendre cette dissertation urgente pour le lendemain.
Aujourd’hui, je ne résiste pas au vieux réflexe d’aménager mon espace de création extérieur pour créer.
Comme pour me préserver des éventuels importuns.
Allumer une bougie, faire la vaisselle, la lessive, chercher LE stylo du moment… Tout doit être propre et net pour démarrer ma séance d’écriture.
Je sais pertinemment que je procrastine et que je perds, en agissant ainsi, de précieuses minutes pour continuer à écrire quelques lignes de plus, alors que je suis déjà si pressée.
Mon amie Julia me l’a si souvent dit :
« Saisis un vieux stylo Bic, bon sang, un cahier de brouillon tout taché, et écris, même au milieu des miettes de croissant, des gouttes de Nutella, à côté de ta tasse de café froid. Pas besoin d’encens, de lampe tamisée. »
J’ai déjà eu l’occasion de le constater : je peux commencer à écrire dans un espace encombré et avoir les idées claires, démarrer un projet de roman tandis que la poêle à crêpes reste dans l’évier et trouver mon œuvre aboutie, réussie – in fine,
car toute création part de l’espace intérieur.
Et si je ne m’autorise pas à privilégier mon intériorité créatrice, qu’advient-il des mots en attente ? Ceux-ci continuent à patienter. Désespérément pour eux et pour moi.
Nul besoin d’une vie en ordre pour dérouler la trame de cette broderie qu’est le texte qui demande à voir le jour.
Un marteau-piqueur peut tonitruer dans l’espace de création extérieur… Tant que vos projets ne sont pas dérobés dans la chambre de votre cœur par ce que je nomme aujourd’hui « une intrusion » ou une « interférence », vous êtes en sécurité dans la vie que vous donnez à votre rêve, pour qu’il naisse, un jour, sur l’immense table du monde.
loin des régiments, des règlements, des jugements.
La nuit est en elle-même un voyage.
Souviens-toi. Oui.
La route dans la nuit. De part et d’autre, le sable brillant comme du mica sous la lune, des points d’herbe jaunie que désignent les yeux des étoiles.
Visions fugaces, si vite évanouies mais que tu gardes sur la rétine, tel un signe qui te guide.
Et dans tout l’habitacle, la playlist d’Enya
– Celts, Aniron, Paint the sky with stars -, infinie. Combien de temps durera le voyage ? Comment savoir ?
Le temps ne signifie rien, car seul importe ce fragment de route qu’éclairent les phares, pour cette seconde, cet instant seulement. Tu ne vois la route qu’en la traçant. La destination ? On verra plus tard.
Voici le ruban du voyage, déroulé d’une lueur à un accord, d’une note à un silence, avant que le morceau ne reprenne sur la plage trois.
La nuit est un temps dans l’espace, un espace dans le temps.
Nous arrivons à la baie quand l’aurore se répand dans le ciel comme un encrier d’enfant.
Perclus de fatigue, ivres de route, d’inconnu, de musique. Étourdis par le ronronnement du moteur qui s’arrête soudain. Perdus, un peu étonnés d’être au bon endroit. Figés dans un vertige qui continue à nous faire tanguer à travers sa spirale.
Chancelants comme si nous nous trouvions au bord du vide.
Devant nous, la marina, immense corolle blanche épanouie sur la taie de l’azur.
La visière de nos mains sur nos paupières, éblouis par le dard du soleil déjà vif, nous croyons rêver ce paysage.
Mais la mer est bel et bien là, bordée de part et d’autre de terrasses blanches, dans le silence translucide du ciel.
Et notre voyage de nuit ? Il n’est plus qu’une ligne temporelle qui tremble et qui s’efface au loin.
Peut-être est-ce depuis ce long voyage que j’ai pris l’habitude d’écrire de nuit.
Parce que je sais, seule, à bord de mon cahier d’or qu’un mot, parfois, me sépare de l’infini.