Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Récit de Vie

Quelques pages blanches

Quand le livre de votre vie est fini,
laissez quelques pages blanches.
Quand le livre de votre vie est fini,
votre vie, elle, continue.
Aussi, gardez prête votre encre future.
Vous avez écrit toutes vos peines ?
Alors, laissez quelques pages blanches
pour vos joies à venir.
Vous avez raconté toutes vos joies d’autrefois ?
Alors, laissez quelques pages libres
pour celles qui s’annoncent
à la seconde suivante.
Il vous semble que vous êtes parvenu
au bout du récit
de votre existence,
qu’il n’y a plus rien à dire,
que vous avez accompli
tout votre voyage
sur cette terre ?
Laissez quelques pages blanches
pour que quelqu’un y prolonge
votre trace.
Et qui sait ?
Peut-être
la reconnaîtrez-vous
et la suivrez-vous
avec confiance
à votre prochaine
naissance…
Combien de pages blanches,
me direz-vous,
faut-il laisser
en héritage
à vos myriades
de mots ?
Autant que vous voulez !
Et pourquoi pas,
un autre cahier
sur lequel vous inscrirez
votre nom
en guise
de signature
de l’aurore
qui se cache
encore
avant d’apparaître…
Le livre de votre vie s’achève
mais gardez ouverte
la fenêtre
sur le chemin…
Laissez quelques pages blanches
pour les présents
de Demain.

Géraldine Andrée

Laissez quelques pages blanches pour un autre matin.
Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Ce rendez-vous avec vous-même pour écrire : l’heure et l’endroit

Écrire, c’est se rencontrer.

Pour devenir l’auteur de votre vie – celle qui correspond à qui vous êtes -, il est important de vous réserver un rendez-vous avec vous-même le plus régulièrement possible, comme vous le feriez avec votre meilleur ami. 

  • Fixez dans votre agenda une heure et un jour qui vous conviennent. Beaucoup de techniques de développement personnel – comme le Miracle Morning de Hal Elrod – prônent le matin, moment idéal pour l’introspection. 
    Le Miracle Morning consiste à se lever tôt pour méditer, lire quelques pages d’un livre, faire du sport, écrire dans son journal intime. Selon Hal Elrod, c’est dans l’action que l’on reprend le contrôle de sa vie. Julia Cameron, elle, enseigne à tous – y compris ceux qui croient qu’ils ne sont ni écrivains ni artistes -, à pratiquer la méthode des pages du matin : écrire au lever trois pages de tout ce qui vous passe par la tête et le cœur, sans vous censurer. Ces techniques ont fait leurs preuves dans le monde entier. Mais il est des personnes pour lesquelles de telles techniques ne conviennent pas – celles qui, par exemple, doivent se lever très tôt, boulangers, chauffeurs de taxi, infirmiers ou celles qui rentrent se coucher au petit matin, tels les urgentistes… Comme l’affirme Hal Elrod lui-même, on n’est pas tenu de pratiquer le Miracle Morning le matin. Par conséquent, vous pouvez faire vos pages, écrire dans votre journal intime l’après-midi ou le soir, quand les enfants sont couchés et que le silence recouvre votre maison. 
     
  • Choisissez l’endroit où vous vous sentez le plus à l’aise afin de prendre toutes vos aises sur la page et toute la place que vous avez dans cet espace. Déployez-vous là où vous êtes. Épanouissez-vous là où vous êtes en sécurité. Ce peut être le calme d’une chambre, une terrasse, dans votre jardin quand vous n’entendez que les bruits de la nature. Pour d’autres, ce peut être un café animé, une salle d’attente, un train… Il est possible d’être emporté par l’élan de l’écriture aussi bien lorsque l’on est assis à sa table que lorsque l’on est dans l’action. Je me souviens de ce moment unique où j’ai écrit mon premier roman sur une plage espagnole. Les premières étoiles, le bercement incessant des vagues, les ombres bleues qui se mêlaient à mon encre sont entrés dans ma page. En me relisant, j’ai revécu ces instants. A ce moment d’écriture est également assimilé le souvenir olfactif du narguilé qu’un groupe de jeunes Iraniens fumait non loin de moi. 
     
  • Plus que le moment et le lieu d’écriture, c’est la sensation de l’instant où vous écrivez qui importe – un parfum, une musique, le contact du tissu ou du bois, le regard du chat… Philippe Lejeune met en évidence, à partir des témoignages sur le journal personnel qu’il a recueillis dans Cher cahier, l’importance de noter dans son journal les caractéristiques sensorielles, voire sensuelles de l’écriture : 

“Depuis peu, ce que j’appelle “mes albums de plaisirs” sont aussi des journaux intimes : recueils de notes écrites et plastiques en rapport avec le plaisir des sens (couleurs, odeurs, toucher…) “ 
Témoignage d’une femme de 42 ans 

  • A la date que vous inscrivez sur votre journal correspond toujours une saison particulière, concentrée en un fragment de journée, la saison de votre âme. Beaucoup associent l’écriture à la saveur du thé qu’ils boivent, à la couleur d’une après-midi, au bruit du café qui coule, à la position du soleil derrière le rideau, aux rumeurs de la rue par la fenêtre ouverte, à l’éclairage du bureau. Votre journal constitue un recueil précieux de tous ces contextes d’écriture, la prise de notes des circonstances de votre vie telle qu’elle est – toute simple. 
  • Pour cela, il me semble important dans ce rendez-vous avec vous-même d’instaurer un rituel. Vous pouvez créer un petit autel à l’écart de votre maison, derrière un rideau ; allumer un bâton d’encens ; tremper quelques roses dans un vase… Faites de ce lieu et de ce moment une exploration intérieure, une méditation. Se juge-t-on quand on médite ? Sans doute dans le tournoiement de nos pensées au départ. Mais, en apprivoisant ce que l’on ressent en soi, on devient de plus en plus libre. L’écriture vous emporte vers votre ici et maintenant. Faites de cette rencontre avec vous-même un temps de qualité, et non un défi. L’écriture doit être un plaisir du quotidien, un moyen de renouer avec votre enfant intérieur trop longtemps oublié. Écrire avec son doudou, en dégustant du chocolat ou des chamallows – pourquoi pas ? Là est votre espace-temps, dans la mise en scène que vous vous créez autour de votre cahier et dans lequel vous allez vous voir vous expanser et réaliser vos rêves à mesure que vous leur donnez forme avec vos mots. 

Comme le déclare Dominique Rolin, 

“J’ai mes rituels, un scénario très méticuleux, mes stylos, un papier spécial, une heure précise de la journée, un arrangement strict des choses autour de moi, mon café à bonne température…” 

Je vous souhaite un délicieux moment avec vous-même ! 

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Le cahier à clé

Je souhaite réserver ce post à un support unique : le cahier à clé. On le juge désuet et, pourtant, c’est ainsi que l’on représente dans l’imaginaire collectif le journal intime. Démodé et éternel, le cahier à clé est un refuge efficace, un asile rassurant pour la découverte de soi. Dans ce cahier, tout ce que vous écrivez vous est exclusivement réservé et interdit au regard extérieur ; d’où l’importance de l’adjectif intime qui caractérise le journal. Vos pages ne s’adressent qu’à vous-même. La clé donne à vos écrits ce côté secret qui préserve votre territoire psychologique et émotionnel de l’intrusion d’autrui. 

Je me souviens avoir acheté mon premier journal intime à l’âge de quatorze ans. Je revois sa reliure fleurie, sa petite serrure et sa fine clé dorée. J’étais fière de posséder un espace enfin à moi. Je me réappropriais mon pouvoir. J’excluais de ma chambre toute intrusion parentale et familiale. Mon cahier était devenu une autre chambre, “une chambre à soi” comme le dit Virginia Woolf. Je le fermais dès le dernier mot et je cachais la clé dans le tiroir de ma table de nuit. Je n’appartenais plus aux autres. Je ne me sentais plus si effacée, inutile, transparente. J’avais la force d’une voix pour moi – la mienne. Je possédais une richesse que nul ne pouvait me dérober et qui consistait en la faculté de me confier quotidiennement à la page.  

Grâce à cette clé, je commençais à cerner mes limites, à distinguer ce qui m’appartenait et ce qui ne m’appartenait pas dans les jugements que les autres portaient sur moi. Un seul mot et je dessinais les contours de mon identité dont je n’avais eu jusqu’à cette découverte qu’une conscience flottante. Je parlais pour moi ; je m’adressais à moi sans témoin. Je devenais l’auteur de ma vie d’adolescente puisque je pouvais me délester de mes peines et parler de mes rêves pour les concrétiser un peu plus chaque jour. Je partais à la conquête de moi-même. 

Pourquoi ce petit récit ? Pour vous montrer que, peu importe le regard des autres, c’est le vôtre qui compte. 

Aussi, choisissez votre cahier non pas parce vous voulez bien y écrire mais parce que vous vous sentirez bien en y écrivant – et surtout en sécurité, inconditionnellement accepté par la page et donc par vous-même. 

Le cahier à clé est particulièrement indiqué si votre entourage est constamment présent, vous sollicite beaucoup et si vous avez peu d’espace à vous. Il est alors nécessaire de protéger ce que vous écrivez car le but de votre voyage est l’exploration d’une contrée singulière, unique : votre être. 

Et même si vous vivez seul, la clé de votre cahier peut être riche symboliquement pour votre inconscient. Elle peut représenter le seuil à franchir de l’extérieur à l’intérieur de votre être, du monde à votre âme. Le cliquetis de la clé qui fait céder la serrure, le balancement de la chaînette vous rappelleront peut-être une porte qui s’ouvre. 

Alors, posez chez vous – dans votre journal – vos bagages trop lourds, vos jugements, vos croyances, les faux habits qui vous empêchent d’avancer librement parce qu’ils vous serrent trop. Vos pas se font légers. Vous pouvez maintenant avancer ! 

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Perce-silence

Cela fait si longtemps que j’écris.
Et soudain, à un instant
que le temps
a choisi,

une réponse
apparaît
dans la neige
de la page,

comme
une première
fleur
qui a persévéré

avec patience
cachée sous
le silence
et voici

que je suis fière
d’intituler
ma feuille
d’aujourd’hui

Perce-silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Méditations pour un rêve, Poésie-thérapie

Pour écrire

Débranche
le téléphone
éloigne-toi
de toutes
les agitations
de cette époque
de tout
ce qui te demande
d’avoir un avis
de prendre parti
dans d’inutiles
dialogues

Puis ouvre
la porte
de ta chambre
où luit
le point
d’or
de la lampe
et entre
dans l’espace
-temps
d’une page
blanche

Pour écrire
c’est-à-dire
converser
avec ton coeur
demeure
au coeur
du silence

Géraldine Andrée

Espace-temps de la page blanche

Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Si je n’avais pas écrit

Si je n’avais pas écrit, que serais-je devenue ?
Je ne sais.
Peut-être quelqu’un d’autre.

Mais en écrivant,
je sais une seule chose :
je suis celle qui écrit

sur la valeur
de ce qui passe,
de ce qui traverse

la page
comme cette fourmi
portant un grain de riz,

et chacun de mes cahiers
criblé de questions
sans réponse,

étoilé de poèmes
sans regard,
est un Journal

de mille grâces
dont je suis l’auteur
car j’ai su

lui transmettre
mon signe
de reconnaissance.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Je reviens à la page

Lorsque je ne peux tout contrôler,
que le destin a ses échéances,
lorsque je ne peux rien changer au comportement d’autrui,
que la maladie et la mort ont le dernier mot,

je reviens à la page.
J’y crée des chemins, des jardins,
des poèmes qui annoncent l’aurore
dans le mot Demain.

Je redécouvre mon pouvoir,
ma faculté de détachement
pour suivre, telle la feuille,
l’élan du souffle qui la mène un peu plus loin.

Je cesse de dépendre
des circonstances
pour être heureuse
et, dans le blanc de neige

du papier,
je trouve une rose
en sa floraison
qu’aucune bourrasque n’abrège.

Je sais que le temps de l’encre
m’apporte tous les possibles
et que cet espace
me permet de vivre.

Je puise
dans ce face à face
avec moi-même
de la force,

de l’audace
et je me vois mieux
que dans un miroir,
car j’ai enfin la certitude

que mon âme
accompagne
ma solitude
et elles peuvent bien creuser leur trace,

les rides sur mon visage !
Lorsque je reviens à la page,
que je puise
dans son silence

qui m’accueille
un murmure d’eau vive,
je me sens devenir grande
comme la majuscule

d’une phrase qui commence.

Géraldine Andrée