
Je vous propose, en ce dimanche soir, sur mon site de psychopraticienne, un exercice d’art-thérapie et d’écritothérapie pour démarrer la semaine de manière positive.
À vos crayons !
Géraldine Andrée

Je vous propose, en ce dimanche soir, sur mon site de psychopraticienne, un exercice d’art-thérapie et d’écritothérapie pour démarrer la semaine de manière positive.
À vos crayons !
Géraldine Andrée

Si aimer, c’est allumer la lampe et veiller jusqu’à l’aube,
fixer le point tremblant du phare dans la nuit,
écrire comme on marche dans un bois profond,
c’est-à-dire en relisant chacune de mes phrases qui te sont destinées,
comme on se retourne sur ses traces pour être sûr qu’elles sont bien inscrites dans la terre,
te chercher dans les reflets des vitrines, les dédales des ruelles,
croire que je t’ai croisé au milieu de la foule avec ton manteau rouge et ton dos voûté,
attendre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus devant moi qu’un grand silence pour accueillir la réminiscence de ton pas,
alors, laisse-moi traverser ton absence,
embrasser le vide, tendre les bras – quitte à toucher le mur de ta chambre,
espérer tellement fort qu’il me semble entendre ton cœur battre, ranimé par le flot de l’encre sur la page,
écrire, oui, pour entretenir la foi comme un jardin – qui sait si tu ne réapparaîtras pas au bout de la ligne…
Laisse-moi éclore tout simplement,
en continuant à respirer pour me souvenir.
Que l’on dise de moi :
Il n’y a personne au monde qui a plus aimé qu’elle.
Jusqu’à l’ultime instant, elle a rempli son verre de cette liqueur qui réchauffait ses lèvres,
elle a mis son couvert,
elle a posé un coussin sur sa chaise pour qu’il mange confortablement après son pèlerinage dans la neige,
elle a changé l’eau des bouquets d’hortensias,
elle a veillé à ce qu’il ait toujours un paquet de cigarettes d’avance – il aimait tellement dessiner des volutes au-dessus de son front,
et si par mégarde, elle devait s’absenter au dernier moment,
elle n’a jamais oublié de laisser un petit mot au coin de la table,
au cas où il rentrerait avant elle :
« Je suis partie acheter du pain frais.
En attendant, allume la bougie de notre joie. »
Si aimer,
c’est laisser la flamme
de ce dîner
se consumer jusqu’à l’aube
tandis qu’il reste une frêle étincelle de ta mémoire
dans mes yeux,
alors je veux bien
aimer encore.
Géraldine Andrée
J’ai gardé comme souvenir
d’une ancienne vie,
un chemin de neige bleue
qu’éclairait la frêle flamme
d’une lampe tempête.
C’est peut-être
pour cela que j’écris
aujourd’hui :
retracer sous ma lampe
de chevet,
à l’encre
scintillante,
ce chemin d’hiver
qui me mène
à un lointain refuge
que seule
mon âme
connaît.
Géraldine
Rentrer à la maison
Ôter la clé du cordon
comme lorsque je revenais
du lycée
Avancer dans le silence
du couloir
pour m’asseoir
dans le fauteuil profond
et reprendre
mon souffle
que la vie avait rendu
trop court
Couvrir ma tartine
de cette confiture
chaude
de reines-claudes
toute dorée
dans son compotier
de faïence
lavé ensuite
sous la lumière
limpide
avant d’être rangé
dans la crédence
Songer au soir
où je m’abandonnerai
à la lavande
des draps dépliés
Mais pour le moment
être le témoin
dans ma mémoire
des retrouvailles
entre le sourire
et le regard
qui s’étaient quittés
de l’autre côté
du miroir
Ouvrir l’armoire
et renouer
contact
avec le signet
de mon journal
intime
Voir
qu’aucun mot
de mon histoire
n’a été effacé
et que cette rencontre
ultime
avec l’ancienne
adolescente
qui écrivait
dans son cahier
était inscrite
depuis toujours
par une plume invisible
Me dire alors
que c’est l’heure
de porter ma robe d’été
à la couleur ciel
dont les bretelles
se croisent
sur mon cœur
de franchir
le seuil secret
qui mène
à la blanche
allée
bordée
de roses-thé
et de cheminer
jusqu’au point
sautillant
du chaton
Filou
qui joue
en m’attendant
avec un brin de foin
roux
parce qu’il n’y a plus de doute
J’ai gardé
en moi-même
l’invincible
espoir
d’être aimée
un jour ou l’autre
N’ai-je pas maintenant
dix-sept ans
pour l’éternité ?
Géraldine
Si je reviens toujours vers mon cahier, c’est parce que je sais qu’un Dieu s’y cache et qu’il attend de rencontrer la force délicate de ma première majuscule, celle qui annonce la vague d’une phrase dont le souffle efface déjà la limite entre le bord et l’infini.
Ce Dieu ne répond à mes questions que par le blanc du silence suivant. Mais je continue à écrire, à confier mes peines, mes interrogations, mes incertitudes au petit tout qu’est la feuille, car c’est cela, la foi, être convaincue que l’absence de Dieu n’est qu’apparente et que la solution poindra, comme une frêle lueur dans la nuit qui s’attarde.
Où est Dieu dans la page ?
En haut, en bas, au centre, à droite, à gauche, entre les lignes où l’encre déborde.
La page est l’embarcadère qui me mène à l’inconnu dont ma lampe est le phare. Et peut-être que Dieu est dans mon regard contemplant cet espace pour y déceler un signe…
On peut m’objecter que tout cela n’est que spéculation. Mais qu’importe ! J’ai appris par l’expérience de l’attention que si la réponse divine ne s’inscrit pas immédiatement, elle me parvient plus tard, comme un message enroulé autour de lui-même dans sa bouteille translucide, lancée depuis l’autre rive par cet autre moi-même qui pense à moi,
message que je défroisse et qui me dit :
N’abandonne pas !
Tu ne me chercherais pas avec ta plume,
si tu ne m’avais pas trouvé
au commencement de ta vie,
dans l’une des premières pages
de ton cahier d’enfance.
Alors, continue à écrire
au large du silence.
J’existe dans le mot prochain,
à hauteur de ta main.
Géraldine Andrée
Récemment, une amie m’a dit :
– Je confie tous mes problèmes à mon cahier ! Oh ! Ce n’est pas grand-chose ! Ce n’est rien qu’un cahier…
Rien qu’un cahier…
Comme je te comprends !
Un cahier qui prouve, finalement, que tu n’as pas d’interlocuteur fiable, d’ami fidèle et compréhensif, de confident loyal. Tu n’as personne à qui parler. Alors, tu écris dans ton cahier.
Mais ce cahier est Tout, en vérité.
Je ne disserterai pas ici sur le fait que les vrais amis sont très rares… Quant à la famille, elle est susceptible, elle aussi, de te trahir ou, tout simplement, de ne pas être à la hauteur de l’idéal que tu te fais d’elle.
Alors, crois-moi, tu peux compter sur la présence de ton cahier :
Voilà. Même si tu ne peux converser avec le monde, TU EXISTES.
Tel un oiseau, tu donnes ta puissance à ta plume et tu prends toute ton expansion rien que dans un cahier, que tu peux nommer Recueil de ma vie car il est l’ami qui se recueille sur tout ce que tu lui confies.
Géraldine Andrée
Je sais… On peut être tenté, dès le réveil, de consulter ses courriels pour voir si un collègue a répondu à notre mail considéré comme si important. Notre photo postée sur les réseaux sociaux a-t-elle remporté le nombre de likes requis ? Y a-t-il dans la boîte aux lettres le colis depuis longtemps attendu ?
J’ai souffert de cette curiosité compulsive, moi aussi. Mais avec le temps et l’expérience, j’ai appris à privilégier l’écriture de moi à moi, avant de commencer ma journée.
Je laisse la plume voguer vers le blanc pour m’apporter une réponse, née de mon intuition.
Je note tout ce que j’approuve chez moi – inconditionnellement -, y compris mes défauts comme ce bouton au bord de mon menton.
Je m’offre le présent de l’attention portée à moi-même.
Pour résumer, je m’écris des lettres.
En prenant patiemment des nouvelles de moi dans mon journal, je me suis découvert une force insoupçonnée pour affronter ensuite le monde extérieur.
Tant pis si, après m’être écrit une lettre amicale, je ne trouve que des messages publicitaires dans ma boîte mail ; tant pis si mon post n’a récolté aucun J’aime ; tant pis si c’est une facture que je relève à la place de mon cher colis… Tant pis, oui, tant pis car l’écriture m’a donné la conscience d’exister et d’être heureuse indépendamment des conditions extérieures.
Au moins suis-je reine dans le pays de mon âme !
En prenant des nouvelles de toi, tu adresses des signes à l’Univers qui, ainsi, parvient à te localiser sur l’océan de la page. Et, de jour en jour, tu apprends à redresser la barre. Un falot t’est envoyé pour te guider un peu plus loin dans ta traversée. Un souffle d’ange dissipe les brouillards. Tu lances de moins en moins d’appels désespérés car tu adresses à cet infini-qui-demeure-d’abord-en-toi des interrogations recevant fidèlement leurs réponses. Tu deviens à la fois le message, le messager et le destinataire. Au-delà d’un monde qui fait rage, tu te fies à la paix de l’univers. Tu reçois des nouvelles de ses cycles, de ses rondes d’étoiles dont tu es le centre.
Enfin ! Te voilà ! Tu es passé de l’autre côté de toi, sur la rive d’où tu t’observes et te conseilles avec bienveillance, respectueux de ta vérité.
Mais quelle est donc cette main qui se tend pour t’aider à franchir la ligne d’arrivée – quand l’ultime phrase affleure le bas de la page – et à aborder la nouvelle journée qui se présente ?
C’est ta plume qui, lors du point final pour ce matin – et ce matin seulement – t’annonce à la lumière.
Maintenant, tu peux vivre tout ce que tu as à vivre car tu as écrit l’essentiel, c’est-à-dire qui tu es aujourd’hui et cela, n’est-ce pas en Soi une bonne nouvelle ?
Géraldine Andrée
Il y avait encore eu des disputes
au déjeuner.
Des insultes
avaient même été lancées.
Elle a compris
qu’il lui fallait baisser la tête,
ne plus rien dire,
rentrer dans son pays intérieur
qui n’était que silence.
Elle aurait voulu devenir
une autre.
En fin d’après-midi,
un rayon de soleil
avait entouré d’or
un nuage.
Elle l’a perçu
comme un signe
et elle a enfourché sa bicyclette
pour se rendre
dans la petite papeterie
en bas de la côte.
Dès qu’elle a poussé la porte
et que les trois notes
du carillon
ont tinté,
elle s’est sentie
de retour
sur une terre
familière.
Là-bas, sur l’étagère
baignée de lumière,
les cahiers l’attendaient.
Il y en avait pour tous les goûts,
des couvertures tendres,
des couvertures souples,
des reliures de feuilles
claires
telles de belles
journées
printanières.
Elle ouvrait chaque cahier,
s’y reposait,
y reprenait son souffle
comme sur une plage
après une longue nage.
Le moment était venu
de choisir.
Elle a alors élu
un cahier bleu
aux bords bruns
comme une rive
à l’aube
pour qu’elle ne le quitte
pas des yeux,
quoi qu’il lui arrive,
quoi qu’il lui soit donné
de vivre.
C’est lorsqu’elle s’est dirigée
– je crois –
à la caisse
qu’elle s’est fait cette promesse :
« Ce soir, quand je ne serai plus seule
parmi eux
mais en tête-à-tête
avec mon cœur,
je poserai un pétale
de couleur
sur chaque lettre
de mon prénom,
au centre
de la première page
étale. »
Géraldine Andrée
Géraldine Andrée
L’auteur de la Beat Generation, Jack Kerouac, a écrit :
Accepte la perte pour toujours.
Je me souviens :
Toute petite, je livrais à la force de la rivière
les brindilles dépouillées de leurs lueurs,
les cailloux ternis,
les feuilles rouies,
les pétales flétris.
Comme l’enfant abandonne à l’eau
ce qui n’est plus utile au jour présent,
dépose dans le flot de l’encre,
tes regrets, tes remords, tes peines,
tes mots qui ne sont plus que silences.
Que veux-tu confier
à la volonté du courant ?
Moi, c’est mon père, ma maison natale, la lampe de mon enfance,
tous mes journaux intimes pour lesquels
je n’ai pas de valise assez profonde.
Laisse aller, comme dit Jack Kerouac,
ce qui doit te quitter…
Laisse-le franchir la marge,
déborder de la page,
s’éloigner de ton cœur
qui lui donne de l’élan
en continuant à battre.
Fais suffisamment confiance
au mouvement de ton écriture
qui fait que deuil et vie,
mort et naissance
se rejoignent
et souris bien plus tard
lorsque, en te relisant,
tu prendras conscience
que l’ample phrase
de ton chagrin
s’est confondue
avec le point d’une étoile
dans le ciel blanc.
Signe ultime
qu’une autre histoire
entre l’Univers
et Toi
commence.
Géraldine Andrée