Publié dans Créavie, Poésie

Écriture et poussière

Écrire

Ranimer l’éclat
de chaque
chose
avec un mot

malgré la poussière
du temps
qui tombe
inéluctablement

Et si le lendemain
un autre
voile
se dépose

sur ce que l’on a fait
apparaître
dans la patience
de son rêve

recommencer
l’ouvrage
avec le mot
prochain

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Poésie, Poésie-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

La lampe allumée

J’ai souvenance que mon père, grâce à un montage électrique qu’il avait inventé, programmait qu’une lampe s’allumât toute seule dans l’une des chambres lorsque nous partions longuement en vacances, ceci pour dissuader les éventuels cambrioleurs.

Ainsi, à minuit, une petite lampe de chevet brillait derrière la fente des volets. Le passant pouvait croire la maison habitée.

Mon père est feu aujourd’hui.

C’est pour cela, je crois, que j’écris des poèmes au coeur de la nuit, sous le fêle halo d’une ampoule blanche.

Je veux être, par le mouvement de l’encre dans le silence, cette énergie électrique qui allume une lueur au fond de l’absence.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Quand l’enfance s’en est-elle allée ?

Quand l’enfance s’en est-elle allée ?

Est-ce lorsque j’ai rangé toutes mes poupées ?
Ou quelques jours avant,
lorsque, dévalant la pente à bicyclette,
j’ai senti le soleil monter dans mes reins ?

Ce qui est certain,
c’est que je n’étais plus une enfant
après la première goutte de sang carmin
sur ma jambe…

Et encore,
je cherchais le visage des fées
dans les édredons des nuages
bordés d’or

tandis que rien
dans le ciel
ne laissait présager
cet événement.

Mais pendant que je me baissais
pour tracer
la marelle
à la craie

et que j’y sautais ensuite
à cloche-pied,
je ressentais une présence
dense

tout près de mon coeur.
C’étaient – je m’en aperçus
au cours des baignades –
mes seins naissants.

Laquelle des deux,
mon enfance et moi,
a quitté l’autre
d’abord ?

J’ai seulement souvenance
que nos pas, un jour,
se sont confondus
au moment

d’emprunter
le chemin bleu.
Puis, je me suis perdue
au point

que le toit
de la maison
s’était échappé loin
de mes yeux.

J’ai bien sûr eu peur
de ma soudaine
indépendance
et à mon retour,

bien que l’on m’ait trouvée
la même,
je m’éprouvais un peu
différente.

En septembre,
j’étais trop grande
pour porter mon manteau
d’école

et je l’ai laissé
suspendu
sur le patère
de l’entrée.

C’est alors, je crois,
que j’ai pris vraiment
conscience
de cette absence.

Mon enfance s’en était allée
et il y avait désormais
entre elle et moi
la distance d’une vie

à combler.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Le poète

Lorsqu’il a tout dit,
le poète s’enfuit
dans la longue
nuit.

Mais si l’on se penche
sur son silence,
l’on peut voir,
éclairée

par la lampe
lointaine
des astres,
la frêle

empreinte
de ses poèmes
qui nous mène
jusqu’à notre regard.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, musique, Poésie

Le silence

Le silence
est un ami
de longue
route
qui me montre
du doigt
le bourdonnement
de la rose
quand une abeille
se pose,
la note
de l’oiseau
enfui
entre les feuilles,
le crépitement
de la bulle
à fleur d’eau,
le sifflement
du fétu
que le rire
de la brise
mêle
à la larme
de l’oeil,
le chuchotement
de l’herbe
haute
dès qu’un pas
vient
puis s’en retourne,
et surtout
mon souffle
qu’il me désigne
par ce simple signe
de ma main
qui se lève
juste
devant mes lèvres :
« Chut !
Écoute ! »

Géraldine Andrée

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Mon poème est loin de moi

Mon poème est loin de moi,
reconnu par d’autres regards,
porté par d’autres voix.
Il entre
sans doute
dans quelque
mémoire,
guidé par la lampe
du soir.

Mais peut-être
qu’il est perdu
dans le noir,
tout seul,
et qu’il cherche
une porte
à ouvrir,
un seuil
à franchir.
Qu’importe !

Mon poème
est ce qu’il doit
être.
Il doit advenir
en sa trace,
aussi frêle,
soit-elle,
comme on attend
simplement
d’un enfant
qu’il naisse.

Géraldine Andrée