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L’odeur de l’herbe

Je me souviens de l’odeur de l’herbe fraîchement tondue de mon enfance.
Elle monte jusqu’à la fenêtre de ma chambre
et il me semble qu’elle infuse dans la lumière
pour envelopper le monde.

Je lis alors Les Contemplations de Victor Hugo.
Et je crois que chaque poème me regarde
avec la force d’un iris éclos,
la foi d’un papillon voguant dans le soleil.

Puis je ferme les yeux et j’entre
dans le jardin des Feuillantines
où le murmure de la brise
me fait signe

pendant que s’éloigne
à la limite de la grille,
à la limite du silence,
la tondeuse ronronnante de mon père.

Géraldine Andrée

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L’aurore du cahier

Je garderai
de mes promenades
du feu été
ces feuilles

toutes baignées
de rosée
qui entraîna
l’encre

dans sa trace
pour créer
en chaque mot
des fleurs

débordant
sur le silence.

Géraldine Andrée

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La bibliothèque de la plage

Elle arrive
dans un nuage
d’or,
la bibliothèque
de la plage
et l’on peut suivre,

les pieds nus,
la trace
de sa venue
dans le sable
jusqu’à ce qu’elle cale
ses roues.

La voilà
qui ouvre
ses volets de bois
à la vue
et à la joie
de tous.

Et nous accourons
pour une autre
promenade
après notre baignade,
la peau encore
étoilée de sel,

l’esprit ivre
du souffle
de la mer.
L’escalier étroit
craque
sous nos pas.

À l’intérieur,
le silence
déploie
en un instant
son éventail
de pages.

Entre les étagères,
le petit Rémi
vient
à notre rencontre
sur son chemin de pluie
et il s’exclame

devant notre âme
qu’il a reconnue :
-C’est toi, ma famille !
Dans un ouvrage
à la couverture
brune,

Heidi danse
sur un rayon de lune,
chargée d’un bouquet
d’edelweiss
cueillis tout en haut
du monde.

Et dans un livre
brillant
comme une enluminure,
Jean Valjean
nous présente
Cosette

qu’il tient
par la main
à travers le temps.
Là-bas, au large,
la mer blanche
célèbre

le bon choix
de chacun
avec ses paillettes
qu’elle accroche
aux embruns.
Il est l’heure

de s’en revenir
sur sa serviette
multicolore,
de disperser
les grains
de sable

espiègles
qui cachent
les mots.
Vois comme le vent
tourne lui-même
nos pages !

Il nous invite
à lire,
à nous en aller
plus loin
avec nos héros
ou nos héroïnes,

avant que la vague
ne roule vers nous
et ne signe
la fin du jour
alors que l’histoire
commence…

Géraldine Andrée

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Y aura-t-il un autre été ?

Y aura-t-il un autre été ?
Je ne sais.
Ce qui est sûr,
c’est que le reflet des feuilles
du pommier
changera toujours
selon l’éclat
de chaque seconde
dans le vent,
qu’il n’y aura jamais
le même nombre
de gouttes
dans le murmure
de la fontaine,
que le chemin
s’évanouira
comme un rêve
dans l’ombre
du soir
et que si ces fleurs
se ressemblent,
telles des sœurs,
elles ont toutes
une lueur unique
qu’elles entretiennent
encore
derrière tes paupières,
avant de se clore
et de pencher
leur corolle
vers la terre.
Alors,
y aura-t-il un autre été ?
Je ne sais.

Géraldine Andrée

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Écrire de la poésie

Écrire de la poésie, c’est découvrir l’amour inconditionnel.
Un mot est là, qui nous déplaît. On voudrait le changer, le remplacer par un synonyme plus éclatant, moins banal car ce mot nous paraît trop simple.
Mais c’est ainsi : même si on le barre, il revient car la nouvelle version du poème est moins émouvante que l’ancienne.
Le poème ne veut pas se laisser corriger pour satisfaire notre ego.
On ne peut retoucher certains traits d’un portrait sans en effacer définitivement le naturel.
Le poème est un visage qui nous regarde tels que nous sommes et qui nous dit:
Regardez-moi ! Regardez ce que je suis pour vous !
Regardez qui vous êtes à travers moi !

Géraldine Andrée