
Je vous propose, en ce dimanche soir, sur mon site de psychopraticienne, un exercice d’art-thérapie et d’écritothérapie pour démarrer la semaine de manière positive.
À vos crayons !
Géraldine Andrée

Je vous propose, en ce dimanche soir, sur mon site de psychopraticienne, un exercice d’art-thérapie et d’écritothérapie pour démarrer la semaine de manière positive.
À vos crayons !
Géraldine Andrée
Il est des voix qui demandent à être écoutées, entendues, vues, comprises.
Des voix qui cherchent une plume pour voler au-dessus du monde.
Je suis une plume pour ces voix.
Je suis une plume pour votre voix.
Mais, afin que vous sachiez comment j’écris pour vous,
je vais vous présenter qui je suis.
J’ai coutume de dire que j’écris depuis l’enfance.
Et je considère l’enfance autant comme une période de vie que comme un pays. Très jeune, j’ai tenu des carnets de poèmes auxquels je mêlais dessins et images.
La poésie m’a toujours habitée. Et j’ai toujours habité la poésie. Mon intuition et ma sensibilité m’ont permis de pénétrer au cœur des choses, des plantes, des animaux ; de saisir le sens du vivant ; de donner des voix aux fleurs, aux arbres, aux chemins. C’est ainsi que j’ai obtenu, à l’âge de treize ans, le troisième prix du Pont des Arts de la ville de Longwy pour mon conte Le Bateau abandonné.
Je peux affirmer aujourd’hui que l’écriture a été un membre de ma famille.
Dès mon adolescence, j’écrivais des lettres pour des proches, des amis. Je composais des récits dans lesquels je les mettais chacun en scène. Je faisais même les rédactions de mes camarades.
Pendant les repas du dimanche, je lisais mes poèmes au dessert.
L’écriture fut le fil qui a réuni tous les membres d’une famille où l’on ne se parlait guère.
Mon cheminement de biographe a commencé par l’écriture poétique de ma propre vie.
J’ai autopublié un roman à dominante autobiographique Le Grand Retour (dont le thème est un amour toxique de jeunesse) et j’ai obtenu, parallèlement à cette publication, le Premier Prix de Poésie libre du CEPAL pour mon poème La Petite chambre du sud.
Puis, le temps passant, j’ai ressenti que chaque expérience vécue de manière intime, secrète, avait une résonance collective, que, pour reprendre l’expression du poète Arthur Rimbaud,
« Je est un Autre. »
C’est ainsi que, tout naturellement, j’ai commencé à écrire des biographies pour autrui, des livres de vie, que j’appelle des livres vivants.
Mes épreuves, la différente palette des émotions que j’ai éprouvées me permettent aujourd’hui de capter ce que mon prochain ressent, et donc de dire l’indicible, tout en retraçant son existence que je mets en lumière.
L’écriture biographique est, pour moi, un acte de transmission pure.
J’aime mettre en exergue les petites anecdotes, les détails, les motifs du quotidien qui créent une atmosphère. J’aime condenser le souvenir en quelques mots, l’encrer/l’ancrer dans une sensation vibrante. Sons, odeurs, couleurs, textures s’entremêlent dans un livre de vie pour composer une véritable fresque quand il s’agit, par exemple, d’écrire une biographie familiale.
Mes études de psychothérapeute m’ont ensuite amenée à cibler une dimension plus spécifique de l’écriture biographique : la dimension thérapeutique.
En effet, j’ai pu expérimenter combien le fil des mots permet de réparer la vie de la voix qui raconte et, par conséquent, toutes les vies qui gravitent autour de cette voix.
En écrivant pour autrui, je suis accoucheuse d’âme, c’est-à-dire que j’aide l’autre à accoucher de son âme dans un livre qui lui ressemble, qui porte sa signature énergétique. J’ai ainsi été sollicitée pour écrire des biographies spirituelles, ésotériques, dans lesquelles l’on touche la frontière du mystère qui sépare cette vie-ci de la vie dans l’au-delà. Pour cette raison, je dirais que je suis spécialiste de l’écriture de livres de deuil qui amorce nécessairement un processus de renaissance. Et je continue d’approfondir la mission de biographe qui se mêle à celle de doula (personne accompagnatrice dans les grands changements de vie qui impliquent le renoncement et le renouveau dans cette métamorphose de l’être).
Enfin, je pense qu’un livre de vie raconte non seulement le passé – incitant ainsi le narrateur à le solder, voire à s’en libérer – mais il l’invite également à écrire l’avenir.
Or, il est indispensable, pour créer cet avenir, de le comprendre. Une séance d’entretien biographique peut être l’occasion de mettre à jour certaines mémoires familiales par une analyse transgénérationnelle, afin de les déposer dans les pages et d’inventer ensuite sa propre histoire future, celle que l’on se choisit, et non plus celle que l’on subit parce qu’elle a été inconsciemment écrite par des aïeux qui, eux-mêmes, ignoraient le scénario qu’ils jouaient à leur insu.
Aujourd’hui, je continue à écrire des vies, des vies de proches et les vies de tous ceux qui viennent à moi.
La parution de la biographie de ma mère, Le Regard de ma mère, récemment publiée aux éditions Advixo, alimente également les biographies de terroir lorrain que j’initie pour tous ceux qui veulent mettre en voix cette mémoire à la fois individuelle et collective, personnelle et sociale, dont les circonstances, les coïncidences et les synchronicités les ont précieusement rendus dépositaires.
Géraldine Andrée Muller
« Tu ne peux plus revenir sur le passé pour corriger tes erreurs et faire d’autres choix…
Quant à l’avenir, tu sais très bien qu’il échappe à ton pouvoir.
Alors, reviens à l’instant présent, le seul endroit et le seul temps où, finalement, il ne se passe rien et où tu es en sécurité.
Tu respires, tu vis, tu existes. La preuve ? C’est que tu me lis maintenant !
Tu peux tenir un carnet de tous tes instants présents et collectionner ceux-ci dans une prise de notes rapides, telles des fulgurances.
C’est à toi ! »
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Le vent de l’été
Sur le chemin s’est levé
Où est donc mon père
*
Je dis
Je vois
sur le chemin
ma mère morte
comme si j’évoquais
une feuille morte
qui s’est détachée
de la lumière
Ma mère
et ses mains
flétries
étoilées
de taches rousses
après la lessive
Que voulez-vous
Il arrive
que les mères
comme les feuilles
cessent
de vivre
Aujourd’hui
ma mère est une feuille
que la vie dépose
sur la trace
de chacun
de mes mots
*
Toute petite
j’écrivais le long du chemin
dans l’herbe mouillée
dans les flaques
de neige fondue
dans les bosquets
de menthe
Je composais des phrases
avec de petits cailloux
des escargots ou des limaces
des fourmis rouges
des fétus de paille rousse
Un pétale
devenait un mot
une brindille
une virgule
un épi
une majuscule
une jeune pousse
une lettre minuscule
promise
à l’éclatante
croissance
Il n’y avait jamais
de point
Et j’allais si loin
en écrivant
que c’était moi ce point
sautillant
qui se jetait
dans l’espace blanc
d’un dimanche matin
À chaque fois que j’écris
en suivant
les pas
de cette petite fille
qui s’efface
je dis adieu
à un instant d’enfance
*
Écris dit-elle
il n’y a que cela de vrai
dans la vie
Ces mots
dont l’encre
passe
Tout le reste
n’est que rêve
Géraldine ANDRÉE

Si aimer, c’est allumer la lampe et veiller jusqu’à l’aube,
fixer le point tremblant du phare dans la nuit,
écrire comme on marche dans un bois profond,
c’est-à-dire en relisant chacune de mes phrases qui te sont destinées,
comme on se retourne sur ses traces pour être sûr qu’elles sont bien inscrites dans la terre,
te chercher dans les reflets des vitrines, les dédales des ruelles,
croire que je t’ai croisé au milieu de la foule avec ton manteau rouge et ton dos voûté,
attendre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus devant moi qu’un grand silence pour accueillir la réminiscence de ton pas,
alors, laisse-moi traverser ton absence,
embrasser le vide, tendre les bras – quitte à toucher le mur de ta chambre,
espérer tellement fort qu’il me semble entendre ton cœur battre, ranimé par le flot de l’encre sur la page,
écrire, oui, pour entretenir la foi comme un jardin – qui sait si tu ne réapparaîtras pas au bout de la ligne…
Laisse-moi éclore tout simplement,
en continuant à respirer pour me souvenir.
Que l’on dise de moi :
Il n’y a personne au monde qui a plus aimé qu’elle.
Jusqu’à l’ultime instant, elle a rempli son verre de cette liqueur qui réchauffait ses lèvres,
elle a mis son couvert,
elle a posé un coussin sur sa chaise pour qu’il mange confortablement après son pèlerinage dans la neige,
elle a changé l’eau des bouquets d’hortensias,
elle a veillé à ce qu’il ait toujours un paquet de cigarettes d’avance – il aimait tellement dessiner des volutes au-dessus de son front,
et si par mégarde, elle devait s’absenter au dernier moment,
elle n’a jamais oublié de laisser un petit mot au coin de la table,
au cas où il rentrerait avant elle :
« Je suis partie acheter du pain frais.
En attendant, allume la bougie de notre joie. »
Si aimer,
c’est laisser la flamme
de ce dîner
se consumer jusqu’à l’aube
tandis qu’il reste une frêle étincelle de ta mémoire
dans mes yeux,
alors je veux bien
aimer encore.
Géraldine Andrée
Elle a rêvé d’une grande
page blanche
sur laquelle le jardin
de son enfance
jadis vendu
puis détruit
lui était rendu
dessiné
par sa main
de petite fille
Voici le chemin
qui sautille
dans un rayon
de soleil
roux
de brindille
en caillou
les feuilles
de frêne
repliées
pour que s’y faufile
le souffle
de ses lèvres
et dans la prunelle
d’une lettre ronde
l’œil du chat
qui cligne
Et elle se demande
si ce n’est pas elle
qui s’est effacée
pendant toutes
ces années
car elle voit là-bas
près du mur
qui sépare le jardin
du monde
le pommier lui tendre
des pommes
bien mûres
bien blondes
bien charnues
comme
en ces matins
de septembre
quand elle en cueillait une
avant de se rendre
à l’école
Pressée par le temps
elle a dissipé cette vision
elle s’est habillée
puis elle est sortie
dans les rumeurs
et les lumières
convulsives
de la ville
À midi
elle n’avait même
plus souvenance
d’avoir rêvé du jardin
de son enfance
dans la nuit
Ce n’est que le soir
une fois assise
sous le rayon roux
de la lampe
que le rêve lui est revenu
sur la taie blanche
de son regard
retenu
immobile
par un point
invisible
dans l’ombre
de sa chambre
Il y a là-bas
le chemin
du jardin
de jadis
qui glisse
de caillou
en brindille
et qui la mène
à une feuille
qu’elle déplie
pour que les mots
rejoignent
ses lèvres
Le jardin
lui est rendu
dans un poème
qu’elle écrit
avec une encre
qui brille
pour ses yeux
de petite fille
cachée
par malice
et sous lequel
elle signe
en lettres cursives
le prénom
Géraldine
Géraldine Andrée
Choses qui ne durent qu’une saison :
des sandales et une robe d’adolescente, un chapeau de paille, un magazine acheté au kiosque de la plage, une pivoine, un amour de vacances…
Tout se défait, se froisse, s’effiloche, se dégrafe, se flétrit, se déchire.
Il n’y a qu’une chose chère à ton âme qui dure peut-être une éternité :
ce poème que tu écris en larmes
en souvenir de l’amant que tu ne reverras plus,
et qui a pourtant cueilli en toi
la corolle du lilas ;
ce poème que tu composes
pour toi seule
dans ton carnet blanc
et que tu entoures
d’une treille de roses,
tandis que tes parents ferment
les volets de la villa
pour une année entière ;
ce poème dont la feuille
éclairera ta chambre
lorsque tu ouvriras la porte
sur les vacances suivantes
– comme une étoile morte
depuis longtemps.
Géraldine Andrée
J’écris des poèmes
non pour me mettre en lumière
mais pour apporter une lampe
au cœur
des chambres
sombres
celles des enfants oubliés
Que les monstres
intérieurs
s’éloignent
sur la pointe
des pieds
Géraldine
Qui es-tu
lorsque tu sors
de toi-même
As-tu déjà
été Toi
pour rejoindre
le monde
Es-tu encore
l'enfant
que tu fus
Es-tu toujours
la femme
que tu es devenue
avec ses secrets
ses désirs
ses brûlures
Une autre
Qui
Est-ce toi
qui vois
les lumières
des vitrines
à sept heures
du matin
ces pigeons
qui picorent
près des bancs
déserts
et qui déposent
la trace
verdâtre
de leur passage
comme preuve
qu'ils existent
aussi
Est-ce Toi
qui détournes
le regard
des sacs
poubelle
de la veille
Ou est-ce Toi
cette femme
qui se rend
au bureau
en talons hauts
et dont le sillage
parfumé
à l'eau
de violette
te suit
jusqu'à la gare
Tu peux entrer
dans ce bistrot
commander
un café-crème
te regarder
longtemps
dans la glace
des toilettes
ôter
cette mèche
devant tes yeux
es-tu sûre
de te reconnaître
Qui dit
qu'il n'y a pas
quelqu'un
quelque part
dans le monde
qui te ressemble
ou qui est
ce Toi
éprouvant
ressentant
vibrant
par tous ses pores
ouverts
Qui dit
que tu n'es pas en quête
de cet autre
toi-même
qui t'attend
ici
dans un immeuble
de cette ville
ou dans une ville
plus lointaine
Moscou
Londres
Auckland
Qui dit
qu'il n'y a pas
un peu de Toi
dans chaque
regard
tels
les fragments
d'un miroir
éclaté
après une dispute
dans une chambre
d'hôtel
et qu'il te faut
reconstituer
patiemment
réunifier
seconde
après seconde
avec du fil
d'or
Toi
comme lui
comme elle
comme nous
tous
nous faisons
de notre mieux
pour vivre
aimer
sentir
notre cœur
battre
au fond
de notre poitrine
Tous nos souffles
se suspendent
sur le même
fil
comme les perles
d'un collier
infini
Alors
peut-être
que tu es
Toi
lorsque
tu ajoutes
ton souffle
à chaque souffle
funambule
au-dessus
du monde
afin que
si l'un
se rompt
sur la terre
l'autre
le prolonge
de fenêtre
en fenêtre
Géraldine Andrée