Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de la lumière, Journal de silence

J’écrirai chaque soir

Depuis le temps que je le désirais, ce silence au coeur de la nuit, le voici !

J’allume la lampe nouvelle.
La maison est calme.
Dans sa paix se mire mon âme.

C’est un instant précieux que celui de voir luire l’encre bleue sous l’ombre de ma plume qui s’allonge pendant que ma main avance dans le blanc.

J’écrirai chaque soir où le noir de cendre tente de recouvrir le feu.
J’irai à la poursuite du mot Rêve qui me fait signe
et dont le point d’or cligne devant mes yeux.

Je déposerai mon souffle sur la feuille qui, déjà, me porte
et m’emporte
vers ce message qui m’attend.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie, Journal de silence

Le pays

Je rêve d’un pays où je pourrais déposer mes bagages et me dire :

Je suis.

Un pays de vérité où mon reflet dans l’eau serait fidèle à moi-même ;
Un pays où seul le silence me ferait exister ;
Un pays où j’aurais conscience que le moindre brin d’herbe, le moindre fétu bougent sous mon souffle ;
Un pays où la terre accueillerait mes pas après la pluie.

Il me semble retrouver ce pays quand j’écris.

Le temps d’une phrase, d’une page,
le temps m’oublie.
Je vis sur une rive loin du monde.

Mais l’autre vie m’appelle.
Il me faut effectuer la traversée à l’envers,
sortir de ma maison, de moi-même,
quitter du regard ma lueur de plus en plus lointaine
pour marcher dans les lumières de la ville.

Et de ce pays quitté
je garde le souvenir d’un sentier
que je fais poème
afin d’y revenir
quand je me sens étrangère
là où je suis.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Journal de mon jardin

La photographie

Elle me dit
Prends ton appareil
photo
et photographie
le jardin

Il ne faut pas oublier
toutes ces belles violettes
ces feuilles
de trèfle vertes
ces roses au soleil

Évidemment
il n’y a point
de jardin
entre les murs
de la maison de retraite

Alors j’écris
ce texte
pour garder souvenir
du jardin invisible
qui existe

dans le regard
sans mémoire
de ma mère

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Psychogénéalogie, Récit de Vie, Toute petite je

De mère en fille

Malgré nos nombreux désaccords, il y a un point commun
entre ma mère et moi :

Toute sa vie, ma mère a tracé son chemin
dans le tissu, point par point.

Et moi, j’ai avancé avec ma plume sur la page,
mot après mot, dès mon plus jeune âge.

De fil en aiguille, j’ai trouvé mon style
pendant que ma mère s’affirmait comme styliste.

Ma mère ne coud plus.
Elle n’en a ni les yeux, ni les mains.

Je songe à l’ultime point qu’elle a fait
sous la lampe, un soir,

au dernier fil qu’elle a noué
sous ses doigts douloureux.

Moi, je ne suis pas encore arrivée
au point final.

Le fil de mon encre
continue à se dévider

jusqu’à la prochaine majuscule.
Et je célèbre ce qui se perpétue

de mère en fille :
toutes deux tissent la vie.

Géraldine Andrée

Au fil de la vie…
Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Récit de Vie

Le livre de votre vie

Vous rêvez d’écrire le livre de votre vie…
Mais, au moment où votre rêve se transforme en projet sur le point de s’accomplir, vous avez peur de ce que ce livre va devenir.
Quelle structure, en effet, lui donner ?
Selon quel plan organiser les souvenirs ?
Est-il possible de répertorier des émotions qui, par nature, échappent à toute emprise ?

Et d’ailleurs, la vie peut-elle totalement se contrôler ?
L’écriture d’un livre est-elle toujours dirigée ?
Tout comme la vie révèle maints tours et caprices,
l’écriture de votre livre vous réservera beaucoup de surprises !

Je vous en prie, lâchez prise !
La vie n’hésite pas à vous envoyer un événement, une rencontre, une coïncidence – ou, comme dirait Jung, une synchronicité – au moment où vous ne l’avez pas décidé !
Aussi, gardez votre livre ouvert sur le hasard, sur une page où l’aile d’un souvenir que vous croyiez à jamais en allée
peut à nouveau se déposer.
Autorisez à entrer dans un chapitre une ancienne plaisanterie d’enfance, un parfum de vacances, le bruit de la vague quand elle se trémousse, la mèche rousse d’une amie qui se trouve, là, au bord de la marge, ramenée par votre mémoire comme sur un rivage…
Tout a une bonne raison d’exister, tout a sa place dans un récit, même l’odeur du lait qui a tourné, même l’éclat bleu de la neige quand vous vous rendiez aux latrines.
Tout est digne de présence. Tout est digne de votre présence.
Chaque détail insolite de votre histoire, qui surgit dans l’instant sans votre consentement intellectuel, mérite votre regard démultiplié
car c’est de vous dont il s’agit,
vous qui, tel un reflet répété dans l’encre de vos mots, demande à être accueilli.

Alors, prenez simplement un stylo et un papier.
Dans un seul élan – le vôtre -, harmonisez si naturellement la feuille et la plume
que vous êtes à la fois la feuille et la plume
et que vous ne savez plus laquelle guide l’autre.
Peu importe.
Laissez le temps respirer pendant qu’il est à l’ouvrage.
Laissez la vie s’écrire en vous!
Laissez le livre vivre en vous !

Géraldine Andrée

Laissez la vie écrire son livre pour vous !

Publié dans Créavie, Récit de Vie

Elle a commencé un journal intime

Elle a commencé un journal intime
Et un cahier de poésie à l’adolescence.
Elle se souvient que les crampes des premières menstruations tenaillaient son ventre alors qu’elle écrivait ses poèmes.
Une lunaison pour un cahier plein…
Le soir de la pleine lune blanche,
L’œuvre, aussi maladroite fût-elle, était menée à terme,
Bien qu’il parût évident
Qu’elle demeurait encore un peu une enfant.
C’est ainsi.
Son sang a toujours accompagné son encre
Jusqu’à chaque page ultime,
Jusqu’à la signature un peu timide
De ses recueils disparus aujourd’hui,

Géraldine
Alias Maureen,

Que seule ce soir
La lampe de sa mémoire
Souligne d’or
Et lui destine.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Poésie, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le beau rivage de l’été

Le beau rivage de l’été
est parcouru d’un vent glacé
Je crois que je peux descendre
jusqu’à la vague

pour retrouver ce souffle
qui s’enroulait autour de mes hanches
et me faisait dériver doucement
vers la lumière

Mais le vent m’avertit
que si je vais plus loin
la vague fouettera mon visage
de sa haute main

et que le voyage
vers l’azur brun
sera inexorable
C’en est fini de l’été

de l’abandon
à la confiance
immense
de l’océan

Alors je rebrousse chemin
Je remonte la pente
de la plage
et je m’en retourne

vers une autre rive
celle de la page
que mon souffle
élargit

jusqu’à cette lueur bleue
là-bas
ce point ultime
qui me fait signe

aussi loin
que me porte
la foi
de mes yeux

Géraldine Andrée