Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie

La fenêtre de la page

Je souhaite écrire aujourd’hui sur cette fenêtre qui s’ouvre dans la page.
Je ne saurais vous dire à quel instant précis cela se produit, à partir de quel mot ou de quelle ligne…
Mais je peux vous montrer comment en reconnaître le signe.

La fenêtre de votre page s’ouvre
quand vous ne craignez pas son silence comme message
mais que vous faites confiance à son blanc initial,
quand vous ne vous cachez pas derrière de bonnes pensées
mais que vous notez tout ce qui vous vient à l’esprit,
quand vous ne vous mentez pas pour bien paraître au monde
mais que vous accueillez votre part d’ombre.

Il est nécessaire de ne pas se préoccuper de l’orthographe,
de l’élégance des phrases,
de la tournure littéraire
de ce que vous écrivez
pour qu’une fenêtre s’ouvre dans votre page.

Laissez tomber votre ego,
le souci du jugement d’un potentiel lecteur
et notez les mots
que vous dicte votre cœur.

Vous me demanderez :
Mais comment reconnaître
cette fenêtre ?
Vous saurez qu’elle est ouverte
quand tout ce qui est possible
sera prêt à apparaître :

une association d’idées,
une métaphore insolite,
une autre perspective,
un souvenir vivace.
une émotion puissante,
une phrase tout simple
qui vous révèle l’essentiel
de vous-même,
les premiers vers d’un poème,
ou encore la solution à un problème…

Cette fenêtre n’est peut-être
pas à comprendre au sens strict du terme.
C’est votre changement de regard
qui vous invite
à vivre autrement
une situation qui est restée, elle, semblable,
simplement parce que vous avez eu le courage
de vous pencher sur votre page
comme à travers une fenêtre.

Ainsi, je vous souhaite
de belles découvertes
de vos paysages
secrets !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Le cahier de la vie, Le livre de vie

La vie de l’écriture

Je me demande ce que ma vie serait devenue sans l’écriture…
Si je devais jadis écrire pour vivre, je prends conscience aujourd’hui qu’il me faut également vivre pour écrire.
Sans l’écriture, peut-être ne serais-je plus en vie…
Mais il me faut vivre – vivre encore – pour continuer à écrire.

En effet, comment laisse-t-on une trace sans les doigts qui tiennent la plume, et sans la ronde du sang, sans le mouvement des muscles qui déplacent le stylo jusqu’au mot suivant ?
De même, comment donne-t-on corps dans une œuvre à l’idée ou à l’émotion sans ce corps qui nous permet de réaliser tout ce qui est possible ?
Pour qu’un texte existe sur la feuille, l’incarnation est nécessaire.
On ne dessine aucun chemin avec une plume qui vogue seulement dans la lumière.
Et pour que tout ce qui demande à vivre – un poème, un rêve, une incandescente virtualité – soit écrit, la matière est primordiale – le papier, l’ardoise, la terre, la pierre – afin que la main puisse le destiner à l’éternité…
On doit être vivant pour rendre l’écriture vivante et le récit de l’éphémère expérience humaine, immortel.

C’est ce que j’ai découvert au fil de l’encre.

Alors, nul besoin de clore les volets, d’allumer la lampe et de se destiner à la nuit tant que la page n’est pas remplie.
Chaque jour, je ferme le cahier, je lace mes souliers et je pars en promenade.
Puis je reviens riche de toutes ces feuilles qui me regardent.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, Poésie

Feuille de neige

J’attends
longtemps
devant
la feuille
blanche
car n’est-ce
pas
dans la neige
que l’on entend
le moindre
craquement
du pas
qui se pose
sur la souche,
le fendillement
de la branche
qui se couche
sous le poids
léger
du givre,
le rythme
d’un souffle
qui s’approche
lentement ?
J’attends
patiemment
que m’arrive
le murmure
de la rivière
souterraine
d’un poème.
car c’est ainsi
penchée
sur ma feuille
de neige
que je l’écoute
et que je parviens
à le suivre
jusqu’à la voix
prochaine
qui le fera luire
dans sa goutte
frêle…

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, Poésie-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

La veine de ton cou

Alors que tu as quitté ton corps
depuis longtemps,
je vois encore
palpiter la veine
de ton cou

comme autrefois
quand assis
au soleil,
tu lisais
ton journal.

C’est une pulsation
si lente
et si régulière
qu’il me semble
qu’elle fait battre

la lumière
dans le jour
et je trouve
si étrange
cette force

de la présence
qui continue
à prendre
chair
dans l’absence

que je me demande
si ce n’est pas la raison
pour laquelle
j’écris
ce poème :

accorder
dans le mouvement
du sang
bleu
de mon encre

le rythme
patient
de ma plume
avec le pouls
fidèle

de ton cou
qui, peut-être, se penche
sur ce blanc
silence
que tu m’as laissé…

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

Elle s’envoya des lettres

Quand elle arriva dans la ville nouvelle, elle ne connaissait absolument personne. Ses collègues de travail restaient des collègues et dans sa boîte aux lettres ne parvenaient que des factures.

Elle ne sait pas d’où l’idée lui vint – elle avait lu peut-être dans un livre de développement personnel que rien ne valait les mots d’amour, de foi, d’encouragement que l’on s’adressait à soi-même -, mais elle décida, un matin, de guerre lasse, de s’écrire une lettre.

Sur le fin papier blanc, elle évoqua longuement ses états d’âme, sa mélancolie, son regret de n’avoir pas choisi la bonne vie. Puis elle cacheta la lettre, y colla un timbre et la posta.

Quelques jours après, quand elle reçut le courrier et y lut ces mots d’appel à l’aide, elle eut tout de suite l’envie de répondre à cette amie perdue.

Elle écrivit alors une seconde lettre où elle apposa des phrases de réconfort, de foi, de pardon. Elle proposa même des solutions – se faire plaisir quotidiennement, une bonne promenade peut-être, un bain de sel, le titre d’un livre dont la lecture était toujours remise à plus tard.

Et elle s’envoya, comme la première fois, la seconde lettre.

C’est ainsi que, jour après jour, elle établit une correspondance avec elle-même et devint sa meilleure amie.

Lorsqu’elle regardait par sa fenêtre la ville illuminée dans la nuit, elle songeait au trajet invisible que faisaient ses lettres pour apparaître au matin jusqu’à chez elle. Et s’il y avait bien une personne sur laquelle elle pouvait compter dans toute cette ville, dans toute cette nuit, c’était Elle – à la présence fidèle, indéfectible.

Sa solitude l’avait menée à une telle certitude.

Au fil des jours, les messages devinrent plus enthousiasmants, plus vibrants. Elle se parla d’un livre qu’elle avait comme projet d’écrire, d’un voyage qu’elle tenait à réaliser.

Elle eut alors l’idée de s’envoyer des cartes pastel – par elle-même réalisées – du pays rêvé, avec ce « Bonjour, ma chérie ! Je t’écris d’ici ! », inscrit au feutre de couleur bleue au dos du paysage.

Elle partit à cette destination. Elle publia son livre. Peu à peu, elle se fit des amis dans le monde entier. Sa vie se déploya au-delà de cette ville qui l’avait – apparemment – tant limitée !

Et dire qu’elle était l’auteur de la magie qui surgissait dans son existence !

La vie n’est pas écrite. On peut, par les mots, la vivre autrement si l’on ose l’écrire selon le scénario de ses rêves.

Quoiqu’il vous arrive, utilisez toujours à votre égard des mots qui vous redonnent vie.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Journal de ma résilience, Le livre de vie, Récit de Vie

La fin d’un livre de vie

Il arrive, lorsque vous avez terminé d’écrire votre livre de vie, de traverser un processus de deuil.
En effet, vous vous étiez habitué aux rencontres régulières avec le biographe.
Vous avez cheminé avec lui à travers votre vie et il vous semble que celle-ci prend fin.
En vérité, il n’en est rien.

Néanmoins, vous pouvez ressentir de la tristesse car la destination atteinte signe la fin du voyage ; la réalisation d’un projet marque toujours la fin du rêve.
Il est possible de dépasser ce deuil et d’aller plus loin que votre livre qui vous ouvre à une autre vie.

Outre le fait d’envoyer un livre à un éditeur ou à un imprimeur – et donc de transformer le terme de ce cheminement en un autre trajet -,
vous pouvez, par exemple, ajouter des pages blanches à votre œuvre. Ces pages évoqueront la poursuite de votre vie au-delà de tout ce que vous avez écrit.
Vous pouvez adresser, en guise d’épilogue, une phrase à vos proches afin que ceux-ci continuent avec leur propre plume leur histoire qui, ainsi, s’unira à la vôtre.
Vous pouvez même adjoindre un cahier vierge qui prolongera, une fois rempli, le livre initial. Vous donnerez jour, alors, à un projet d’écriture à plusieurs mains.
Vous pouvez aussi tenir un journal sur ce que vous avez éprouvé pendant la réalisation de votre autobiographie, noter comment cette entreprise a profondément contribué à votre évolution personnelle, faire une liste de tous les atouts qu’elle vous apporte dans votre quotidien. C’est ce que j’appelle écrire une autobiographie sur l’autobiographie ou encore créer, cette fois-ci, non plus la biographie de votre passé, mais celle de votre présent – une fois que les pages de votre passé sont bel et bien tournées.

N’oubliez jamais. Un livre achevé ouvre une fenêtre en soi.
Alors, changez par votre écriture qui renaît de jour en jour,
votre deuil en joie.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de la vie

Quelle eau êtes-vous ?

L’écriture est un courant. L’écriture coule comme le temps car chaque mot est un instant. 

Philippe Jaccottet a célébré dans sa poésie le fait que l’on prenne de l’âge en écrivant. L’écriture, certes, en même temps qu’elle nous vieillit, nous emmène toujours un peu plus loin dans notre vie.  

Comme l’eau qui ne se laisse pas freiner par une souche, une branche ou une pierre, qui les contourne en s’infiltrant dessous, en jaillissant au-dessus, en tourbillonnant tout autour, l’écriture nous aide à surmonter les obstacles, non en les supprimant, mais en les déjouant.  

Lorsque vous ouvrez votre cahier pour raconter votre peine de cœur, vous vous fiez aux mouvements plus ou moins violents de votre psyché. Au fil de l’encre, vous vous apercevez que vous n’êtes plus tout à fait le même, que vous avez dépassé votre peine. 

Vous êtes cette eau qui vous guide ; vous êtes les méandres qu’elle dessine ; vous êtes votre propre passage qui vous métamorphose. La page s’apparente au sable ou à la terre sur lesquels vous laissez votre trace. 

Imaginez : quelle eau êtes-vous ? 

Quel courant vous emporte de votre inconscient à votre conscient pour ensuite vous faire refluer de votre conscient à votre inconscient ? Quels éléments remonte-t-il à la surface ? Feuilles flétries, brindilles oubliées, cailloux polis, fétus minuscules, fleurs fanées ? A qui et à quoi l’encre sans cesse miroitante, sans cesse mouvante ouvre-t-elle la voie/la voix à fleur de papier ? 

Êtes-vous eau douce ? Cascade sautillante ? Torrent rugissant ? Fontaine chantante ? Eau des orages, des bruines, des pluies ? Eau qui clapote dans la flaque troublée par la botte ? Lac paisible qui se contente du reflet qu’il donne à voir ? Eau de la vasque qui attend que votre visage s’y regarde ? Eau câline qui coule de votre pommeau de douche pour vous purifier de toutes les vicissitudes de la journée ?  

Ou êtes-vous, au contraire, eau de mer ? Vague qui déferle sur la rive pour emporter avec elle vos châteaux de sable illusoires et fragiles lorsque sera venu le temps du reflux ? Eau salée, mordante comme les larmes ? La marée qui allie la violence de son élan à la dentelle de son écume lorsqu’elle atteint le rivage ? 

Écrivez sur l’eau que vous choisissez d’être dans votre vie. Vous pouvez alterner selon vos moments, selon vos humeurs et les périodes de votre traversée : eau douce/eau dure ; eau tendre/eau fougueuse… Dessinez par un calligramme les méandres que vous laissez sur la feuille de papier ; décrivez ce que vous emmenez et ce que vous rejetez, ce que vous emportez et ce que vous déposez. 

Vous êtes le courant de votre vie. À ce titre, vous avez du pouvoir sur vos désirs : que souhaitez-vous garder et que souhaitez-vous abandonner sur une quelconque berge ? 

Faites la liste de vos peurs et de vos rêves. Puis, imaginez vers quoi votre psyché les destine : une rive plus lointaine ou une autre embouchure ? 

Évoquez comment vous confiez les souches, les branches et les pierres à un océan – le Très Vaste, Dieu si vous préférez l’appeler ainsi. Voyez comment par votre créativité – un dessin, un poème – vous déjouez les épreuves de votre existence. 

Écrire, c’est être à la fois l’auteur et le témoin de son empreinte déposée au creux du temps. 

C’est être à l’écoute de sa Source.

Géraldine Andrée

Que l’écriture accompagne toutes les sinuosités de votre vie !
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Tout est biographique

Je l’ai déjà écrit,

Est-ce que c’est assez intéressant ?

tout est intéressant dans l’entreprise d’écriture d’une biographie. Et pourtant, beaucoup de ceux qui veulent mener à terme un tel projet ne cessent d’être taraudés par cette question :

Est-ce que ça vaut le coup ?

Souvent, ce sont leurs proches qui, inquiets de ce qui pourrait surgir au cours d’un tel processus de métamorphose de l’être que l’écriture de soi peut déclencher, posent cette question. Ou alors, c’est la partie contrôlante de soi – l’ego comme les psychologues l’appellent, Niegel sous le nom que donne à cet ego Julia Cameron, cette instance parentale sarcastique niant la partie créative et audacieuse en soi – qui parle ainsi. 1

Oui, ça vaut le coup.

Parce que tout est biographique.

On peut écrire et on a le droit d’écrire sur la nappe à carreaux de l’ancienne cuisine, sur la pipe de Grand-Papa et la manière avec laquelle il prisait le tabac, sur le crottin que laissaient les chevaux le long du sentier, sur le tablier d’école taché de peinture, sur la bulle de chewing-gum qui s’est accrochée aux cheveux en éclatant. Un rien, d’ailleurs, est susceptible de déclencher l’envie d’écrire sa vie. Je me souviens que la réminiscence d’une lampe jaunie par l’éclat des ampoules successives m’a incitée à écrire mon premier récit intime.

Si l’on sent, malgré tout, que ça ne vaut toujours pas le coup d’écrire sur soi, on peut écrire sur la relation de soi au monde. Pourquoi ne pas écrire l’histoire de son arbre ou de son animal ?

Commencez le journal de votre arbre ou de votre plante préférés. Chaque jour, notez le changement des feuilles, la variation des couleurs, l’épanouissement ou la léthargie de ce végétal, sa croissance ou sa pleine maturité. Prenez le temps de décrire sa disparition si tel est le cas.

Jugez-vous encore que ça ne vaut pas le coup de consacrer des mots – les vôtres – à ce qui marquera toujours votre psyché, quels que soient les événements et les circonstances ?

Faites de même pour le chat ou le chien qui vous sont chers – ou encore votre poisson rouge. Comment communiquez-vous avec votre animal ? Comment jouez-vous avec lui ? Comment vous accueille-t-il ? Pourquoi ne pas écrire un poème sur son regard ? Prenez le temps d’évoquer tous les détails, jusqu’à compter les points lumineux dans ses yeux.

Souvent, l’on déclare que le projet d’écrire sa vie ne vaut pas le coup car l’on craint, en parlant de soi, de faire preuve d’un orgueil démesuré. Mais, en écrivant sur la vie de votre jardin, de votre maison – ou de n’importe quoi d’autre -, vous constatez que le Je ne prend pas autant d’importance pour lui-même. Il prend de l’importance dans l’échange qu’il entretient avec le monde. Et vous voici le porte-parole et le chroniqueur de cet échange.

Enfin, il arrive de se dire que ça ne vaut pas le coup de « raconter ça » car l’on craint de donner une image peu avouable de soi dans ces pages. Or, c’est justement ce qui n’est pas avouable qui doit être le plus avoué – non pas comme l’on avouerait une faute sous le poids de la culpabilité, mais parce que cet aveu révèle de manière intéressante l’universelle complexité de l’esprit humain.

On a le droit de réserver un livret au souvenir de ses bêtises d’enfant ou à sa dépression post-partum, son burn-out au travail, son adultère, sa jalousie… Même les sentiments obscurs ont une place sur le blanc du papier.

Mais j’écrirai ultérieurement un billet plus long sur la biographie et le tabou.

Arthur Rimbaud a attribué une grande part autobiographique à ses poèmes. Dans Les Poètes de sept ans, il a consacré certains vers à décrire l’odeur et la fraîcheur des latrines dans lesquelles il s’attardait, attiré par cette pestilence. Et c’est ce lieu bien peu social qui lui a permis de déployer son rêve de liberté dans l’écriture et toute une palette d’images poétiques comme les « lourds ciels ocreux », « les forêts noyées », « les fleurs de chair aux bois sidérals ». « les parfums sains » et « les pubescences d’or ».

Alors, oui, cela vaut le coup non seulement de décrire l’insignifiant, le caché, le discret, le muet, mais aussi ce que l’on étiquette comme « animal », « bestial » – voire « dégoûtant »,

car tout est biographique.

Et tout est biographique car tout – même ce que d’aucuns appellent « un rien » – est vivant
tant que notre mémoire vit encore.

Et le principe de la vie elle-même est d’échapper à tout jugement.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! La Bible des artistes, collection Aventure secrète
2 Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, Collection Poésie Gallimard