Publié dans Non classé

Le carnet du Bien

J’ai un carnet de chevet, enveloppé d’une couverture de cuir doux. Il habite sur ma table de nuit. Il est le très proche voisin de mon oreiller. Je n’ai qu’à tendre la main pour le rencontrer.

Nous avons rendez-vous soir ou matin.

Dans ce carnet, je n’épanche nul chagrin, nul regret. Je note seulement ce qui me passionne, me transporte, me fait vibrer, ce qui donne de la saveur à ma vie, de la mélodie à mes jours.

Lorsque je l’ouvrirai vingt ans plus tard, je me serai reconnaissante d’avoir été attentive à la naissance du premier bourgeon. Et ce qui semble aujourd’hui anodin, presque rien, me sera tout demain.

Dans ce carnet du Bien, je n’écris pas de longues phrases. De courtes listes, des groupes nominaux, voire quelques haïkus suffisent pour retracer la joie essentielle.

Ce carnet ne se retrouve sur aucun fichier, aucune clé USB. Il est le seul exemplaire de mon bonheur car ce qui est précieux ne se duplique jamais. Aussi reste-t-il dans ma chambre comme un bijou qu’il ne faut pas perdre.

C’est mon carnet unique, celui qui rassemble tous mes instants de vie, tous ces fragments de temps qui font que je suis Moi.

A mon ultime moment, il fera toute la différence entre une existence traversée sans conscience et une existence dont j’aurai été l’auteur et le témoin.

Géraldine Andrée

Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Si je n'avais pas écrit

Si je n’avais pas écrit, que serais-je devenue ?
Je ne sais.
Peut-être quelqu’un d’autre.

Mais en écrivant,
je sais une seule chose :
je suis celle qui écrit

sur la valeur
de ce qui passe,
de ce qui traverse

la page
comme cette fourmi
portant un grain de riz,

et chacun de mes cahiers
criblé de questions
sans réponse,

étoilé de poèmes
sans regard,
est un Journal

de mille grâces
dont je suis l’auteur
car j’ai su

lui transmettre
mon signe
de reconnaissance.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'instants

Les instants émeraude

Tenir un journal
d’instants précieux
Tel est mon désir
en l’an deux-mille-vingt

Me sentir bien
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un bien

Me sentir présente
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un présent

J’aime
les instants simples
Ils sont pour moi
des gemmes dans le jour

Ces instants
ont la valeur
des étincelles
des pierres

le long
de ma promenade
Je les appelle
les instants émeraude

Que dans un instant
tombé
se reflète l’aube
de l’instant suivant

Que chacun
de mes pas
soit
un instant

qui se fait perle
sur mon chemin

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Journal de ma résilience

La chance

J’ai traversé des épreuves dans ma vie,
des épreuves que je n’ai pas choisies,
et c’est bien ce qui définit le mot « épreuve ».
Certains, pour bien enfoncer le clou,
et m’inciter à croire
que j’avais été oubliée
par la vie,
m’ont dit que je n’avais vraiment pas de chance.
Mais de la chance, si,
j’en ai beaucoup.
J’ai de la chance d’aimer la musique,
l’art, la poésie,
Chopin, Van Gogh, Cadou.
Certains n’ont même pas cela en eux.
Alors, ils ont moins de chance encore
que moi
qui sais suivre
avec ma plume
la trace invisible
du chant
du vent
pour la noter
dans mon journal intime.
Et puis, j’ai la chance ultime
d’avoir toujours
un feuillet
suivant
pour le prochain jour
à vivre.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le carnet de mille grâces

J’ai achevé mon carnet de gratitudes que j’ai tenu pendant un an.

Hier était l’ultime page.

Je reviens au premier feuillet.

Il y a un an, jour pour jour, le 27 août, ces mots étaient écrits à l’encre bleue :

« La nuit me fait toujours l’immense présent du frêle frottement de la plume sur la page.

Je note la phrase de mon père :

C’est un beau jardin. Regarde cet arbre centenaire.« 

Mots qui datent d’avant la mort de mon père et dont l’encre demeure si vive !

Pendant toute cette année de deuil, je n’ai pas flanché ; je n’ai pas fléchi.

J’ai relaté fidèlement mes petits émerveillements.

Dans ma solitude, je n’ai pas trahi l’écriture.

Quand je relis ce carnet de mille grâces, j’approuve ce que j’y ai déposé.

Je note à nouveau ici la récurrence de mes joies :

  • écouter une émission de rock en faisant la vaisselle du dîner
  • étendre mon linge dans le calme d’une fin de journée
  • observer la lente promenade des nuages avant de partir travailler
  • lever les volets sur les roses du balcon d’en face
  • remercier la lumière que j’ai pour lire, le temps pour désirer, l’espace pour rêver
  • sentir vibrer ce que j’écris comme le soleil sur mes reins

En mars, je déclare
« Faire le deuil des cendres et grandir« .


Pendant tout l’hiver, je suis partie pour le pays d‘Happinez, de Simple Things, d’Open Mind, de Respire.
J’ai aimé les couleurs et les odeurs d’imprimerie de ces magazines, la fraîcheur de leur couverture pour mon âme brûlée. J’avais l’impression d’être apaisée par de la neige d’avril.


« Mon plaisir favori, glisser un petit carton imprégné de mon parfum personnel dans ce carnet. Ce sera, ainsi, un véritable carnet intime.« 


Le cahier de gratitudes m’a appris la réciprocité de l’offrande : découvrir que la gratitude est une offrande et l’offrande une gratitude.


J’ai traversé l’absence avec ce carnet à la main. Cette mort que j’ai vécue fut constellée d’une myriade de vies.


Alors, gratitude à mon carnet de gratitudes qui m’invite à revivre tous ces petits plaisirs pour un an encore.


C’est promis, demain matin, j’allume un soleil dans le soleil en faisant fondre du miel blond sur de la mie d’or.


Géraldine Andrée


Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Journal de mon jardin, Poésie

Sur la page

Sur la page
de mon livre
se déposent


une lueur
ou une brindille
semées par le vent,


un grain de terre
que soulève
le pas du promeneur,


une poussière
– d’étoile
peut-être ? -,


une feuille sèche
qui a bien éclairé
la saison,

une fourmi qui cherche
un mot
à porter sur son dos…

Je demande,
pour tout le temps
qu’il m’est donné

de vivre,
d’être moi aussi
une page

sur laquelle tombent
tous les présents
possibles.

Géraldine Andrée