Publié dans Ce chemin de Toi à Moi

Joues roses sur ciel bleu

C’est un ciel bleu de crépuscule aux nuages roses.

Il ressemble, ce ciel bleu d’aujourd’hui, aux ciels de mon enfance :

celui que je voyais de la terrasse de ta maison à Metz quand les notes des oiseaux perlaient dans le silence du jardin ;

celui qui s’étendait au-delà de la colline où chantait l’angélus que tu as tant célébré dans tes cahiers ;

celui qui entrait par la fenêtre ouverte, les fins de dimanche de mars où il fallait se quitter dans un dernier baiser ;

le ciel de ton vaste miroir sur lequel apparaissait ton visage et que le voile noir de la cécité t’empêchait de voir, les ultimes années.

Il paraît que le soir précédant ton départ, tes joues se sont rallumées et qu’elles ont pris la teinte joyeuse des roses sauvages.

Le soir suivant, elles étaient feues.

J’aime croire, en ce premier soir de printemps, que ces nuages roses sont tes joues qui s’éclairent pour moi, pour que j’entretienne ma foi en la Vie et que j’élargisse ainsi mon espace, comme les ciels bleus de jadis que je contemplais de chez toi.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !

Mon cahier bleu

J’avais pendant mon adolescence un cahier bleu que je retrouvais à chaque période de vacances.

C’était un cahier surligné de la marque Majuscules au papier épais et brillant.

Dans ce cahier secret, je me sentais en sécurité. Je le considérais comme un refuge, un espace de non jugement.

A la différence des autres cahiers intimes – mal tenus car j’y écrivais mes propres poèmes, et jamais satisfaite de mon oeuvre, je gribouillais, raturais, griffonnais, rayais, réécrivais en dessous des vilaines rayures et des flèches hésitantes… -,

ce cahier était propre, constellé de lettres fines et sûres.

Forcément. J’y recopiais des paroles de chansons de Charles Trenet, Jean Ferrat, Georges Brassens, Léo Ferré, Jacques Brel à partir des Collections Seghers consacrées aux chanteurs dits « à textes ».

Là, je ne me tourmentais pas avec le choix des mots ou le rythme des phrases.

Le texte coulait de source. Je me laissais porter, au fil de l’encre, par le frottement de la  plume sur les pages.

Je savourais les vers pour eux-mêmes. Je m’y abandonnais comme sur une balançoire. Je buvais à la source de la poésie initiale destinée au chant depuis le début de l’humanité.

Je recevais l’essentiel.

Quand j’écrivais dans ce cahier bleu, je me sentais singulièrement douée pour le bonheur.

La paix m’était enfin accordée.

J’ignore où cette petite anthologie d’adolescente demeure. Je crois qu’elle s’est perdue au fil des années. Peut-être a-t-elle été jetée au cours du Grand Déménagement.

Il m’arrive d’éprouver une profonde nostalgie pour ce cahier.

Mais lorsque j’ai l’occasion d’écouter les paroles des chansons de Charles Trenet, Jean Ferrat, Georges Brassens, Léo Ferré, Jacques Brel,

je sais que j’ai eu l’inestimable chance de suivre avec ma plume

pendant mon adolescence

leurs paroles à la trace.

Aujourd’hui, je rends grâce par ce petit texte sur mon blog peu lu

à mon Cahier Bleu Majuscule

Géraldine Andrée