Après être restée allongée
dans sa solitude
elle quitte
à l’aube
la chambre 323
avec cette seule
certitude
Il l’a prise
pour un lieu de passage
Géraldine Andrée
Après être restée allongée
dans sa solitude
elle quitte
à l’aube
la chambre 323
avec cette seule
certitude
Il l’a prise
pour un lieu de passage
Géraldine Andrée
Maintenant qu’elle n’a plus qu’un sein
Elle le garde pour elle
Il lui faut bien
nourrir sa vie
Géraldine Andrée
Elles avaient fini de garnir la pâte
quand sa mère lui a dit
d’une voix douce
à la lisière
du murmure
Tu sais
Je vais te confier
un secret
À ta naissance
j’attendais quelqu’un d’autre
que toi
Un garçon
pour tout dire
Mais ça va
Je m’y suis faite
Après tout
ce sont de bonnes pâtes
les filles
Depuis
elle écrit
elle écrit
parce qu’elle n’est toujours
pas sûre
qu’elle existe
Géraldine Andrée
Sur le seuil de la porte
ses pantoufles
comme s’il allait revenir
avec le pain du jour
Géraldine Andrée
Après avoir laissé des traces dans son corps
il froisse les pages de son journal intime
dépose des taches de salive
entre les pliures
et pour conclure
il rit
Qu’est-ce que tu es naïve
Je vais t’apprendre à vivre
Géraldine Andrée
Elle dit
qu’un seul mot
ouvre ses chaînes
pour qu’elle puisse
écrire
Poésie
Géraldine Andrée
Elle se souvient
de ce dimanche
comme si c’était hier
C’est lorsqu’elle est arrivée
à cloche-pied
au Ciel de la marelle
qu’il l’a serrée
contre son ventre
que son souffle
a répandu
sur ses lèvres
de fillette
une odeur
de liqueur
à la mirabelle
qui lui a donné
un haut-le-cœur
Depuis
elle ne sait plus
où est la place
de son cœur
dans sa cage
thoracique
tout ce qu’elle sait
c’est qu’elle continue
à sauter
dans cette cage
qu’est devenue
dans sa tête
la marelle
pourtant
depuis longtemps
effacée
Géraldine Andrée
Sa mère
entre deux tartines
lui dit
qu’elle l’a appelée
Marie-Louise
car elle est venue
au monde
seule
pour deux
Alors
dans sa chambre
elle est Marie
qui parle à Louise
ou Louise
qui parle à Marie
C’est comme
elle l’entend
Mais laquelle
des deux
l’entoure
de ses bras
quand
elle tremble
seule
dans la nuit
Géraldine Andrée
Quand elle regarde
dans le miroir
ses yeux profonds
elle sait bien
qu’elle se ment
Géraldine Andrée
Les lampes
du café
s’allument
une à une
Dehors
le trottoir
est noir
Elle voudrait bien
rentrer
chez elle
mais de sa main
il lui enserre
le poignet
en lui disant
Reste
J’ai pour nous
une grande
maison
au bord
de la mer
Géraldine Andrée