Elle examine
du doigt
toutes les marques
qu’il a laissées
Il a vraiment
pris
son corps
pour du papier
Géraldine Andrée
Elle examine
du doigt
toutes les marques
qu’il a laissées
Il a vraiment
pris
son corps
pour du papier
Géraldine Andrée
Ne cherche pas
l’harmonie
à l’extérieur
Certes
il y a en toi
toutes ces voix
si différentes
voire contraire
messagères
à la fois
d’espoir
et de regret
de joie
et de douleur
Mais n’oublie pas
que tu es l’archet
qui les accorde
dans la lumière
Géraldine Andrée
Il a prévu
pour eux deux
trois musiciens
une chandelle
une bouteille
de vin
du meilleur cru
Comme
c’est romantique
La soirée
promet
d’être bonne
Mais cet homme
bedonne
Forcément
c’est son oncle
Géraldine Andrée
Il lui écarte
les cheveux
des yeux
et lui dit
son souffle
très près
de sa bouche
Tu es exquise
Elle sourit
bien sûr
bien qu’elle ne soit pas
très sûre
de ressentir
du plaisir
à devenir
ce soir
dans l’ombre
de cette chambre
qui l’entoure
une cerise
Géraldine Andrée
Il sonne
puis il frappe
à la porte
plusieurs fois
Mais elle n’ouvrira pas
aujourd’hui
Elle n’ouvrira pas davantage
demain
Il lui en a fallu
du temps
pour prendre
conscience
qu’il tambourinait
ainsi
dans son corps
Maintenant
c’est fait
puisqu’elle note
dans son journal
intime
Désormais
je n’invite plus
n’importe qui
Un point
c’est tout
Géraldine Andrée
Il claque la porte
Ronronnement
de l’ascenseur
qui descend
Mais elle n’est plus seule
avec la douleur
que son passage
a laissée
au fond d’elle
Géraldine Andrée
Après être restée allongée
dans sa solitude
elle quitte
à l’aube
la chambre 323
avec cette seule
certitude
Il l’a prise
pour un lieu de passage
Géraldine Andrée
Maintenant qu’elle n’a plus qu’un sein
Elle le garde pour elle
Il lui faut bien
nourrir sa vie
Géraldine Andrée
Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :
votre noyau.
Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.
Elle,
ce peut être n’importe quelle femme,
celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,
« celle dont on ne dirait pas que »,
celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.
C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.
Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.
Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?
Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….
Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.
Chaque jour est une traversée de l’écorce.
À chaque jour donc, son noyau.
Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.
Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre
pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.
Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,
noyaux de pêche,
noyaux de l’être
seront publiés dans un recueil.
Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :
une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :
Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.
Sayo Hiwatari
Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.
Géraldine Andrée

La connaissance est au centre de Soi
Elles avaient fini de garnir la pâte
quand sa mère lui a dit
d’une voix douce
à la lisière
du murmure
Tu sais
Je vais te confier
un secret
À ta naissance
j’attendais quelqu’un d’autre
que toi
Un garçon
pour tout dire
Mais ça va
Je m’y suis faite
Après tout
ce sont de bonnes pâtes
les filles
Depuis
elle écrit
elle écrit
parce qu’elle n’est toujours
pas sûre
qu’elle existe
Géraldine Andrée