Les lampes
du café
s’allument
une à une
Dehors
le trottoir
est noir
Elle voudrait bien
rentrer
chez elle
mais de sa main
il lui enserre
le poignet
en lui disant
Reste
J’ai pour nous
une grande
maison
au bord
de la mer
Géraldine Andrée
Les lampes
du café
s’allument
une à une
Dehors
le trottoir
est noir
Elle voudrait bien
rentrer
chez elle
mais de sa main
il lui enserre
le poignet
en lui disant
Reste
J’ai pour nous
une grande
maison
au bord
de la mer
Géraldine Andrée
Ils parlent
à voix basse
autour
du corbillard
et quand elle s’approche
ils se taisent
C’est pas grave
se dit-elle
dans ce secret
qu’elle se destine
à elle seule
Je te place
ma chérie
dans la confidence
Ce sont eux
les étrangers
Géraldine Andrée
Elle fixe
sa lampe
de chevet
pour oublier
les yeux
de son père
incapable
de fermer
les paupières
Géraldine Andrée
Comme on se retrouve
après toutes ces années
Tu as de beaux cheveux
lui dit-il
les yeux brillants
et elle lui répond
en souriant
C’est une perruque
Géraldine Andrée
Au retour
de la maternité
elle a replié
le berceau
vide
et posé
sur ses genoux
son cahier
ouvert
qu’importe
qu’elle écrive
Je vais bien
qu’importe
qu’elle mente
l’écriture
la berce
Géraldine Andrée
Je t’aime
lui dit-il
tandis
qu’il dessine
pour leur premier
rendez-vous
un cœur
dans l’air
avec ses doigts
et que danse
l’éclat
de son alliance
Géraldine Andrée
Elle préfère
aux lampes
de la fête
les étoiles
Sur le chemin
perdu
l’écho
de ses talons
hauts
la ramène
à elle
-même
Géraldine Andrée
Donne
layette rose
ayant servi
une fois
Géraldine Andrée
Tandis
que tremble
la goutte
d’encre
du dernier
mot
une goutte
sourd
d’elle-même
frêle
traînée
de sang
sur le tissu
blanc
Pas d’enfant
Elle revient
à la trace
de sang
noir
de son poème
sur la page
seul
prolongement
de son espoir
vivant
Géraldine Andrée
Sous le volant
de sa robe noire
ce collant de qualité
qu’il a déchiré
Il lui tarde
de noter l’événement
dans son journal
Que cette phrase
avec ses mots
espacés
disent enfin
la trace
des mailles
effilochées
par cette main
avide
comme
une patte
d’animal
sauvage
Géraldine Andrée