Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Tu es parti pour le Sud

Je me surprends à songer
en ma solitude
que tu es parti pour le Sud.

Tu ne dois pas voir 
le temps passer 
à te baigner

et je m’entends te dire
pendant qu’ici, je dois vivre :
– Ne t’éloigne pas trop de la rive !

Ou alors tu fais une sieste
à l’ombre du grand cèdre
du Liban…

C’est pour cela que dans mon rêve
je t’entends respirer
au rythme des feuilles

que berce le vent,
au bord de ma fenêtre
laissée entrouverte…

Parfois, je m’adresse à toi 
en guise de reproche :
– Pourquoi tu ne m’écris pas ?

Enfin, ce n’est peut-être
pas de ta faute !
La Poste est lente

en cette longue
période de vacances !
Et je retourne

à mes autres lettres
qui ne te concernent pas
et qui, elles, sont prêtes

à l’envoi.
Puis, je me console
en songeant

qu’après un certain nombre
d’étés
que je méconnais encore,

la solitude
me dira
de sa petite voix :

Le temps est passé.
Tu peux me laisser
dans cette chambre

et partir,
le coeur léger, 
pour le Sud.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Un cahier blanc pour mon deuil

Il n’y a plus de ligne

Il n’y a plus de lien dans la nuit
entre la maison d’enfance et moi.

La ligne téléphonique
a été coupée il y a quelques jours, je crois,

et j’entends dans le combiné
cette voix toujours jeune :

« Bonjour. Le numéro que vous avez demandé
n’est pas attribué. »

Les lampes, pourtant,
peuvent s’allumer encore ;

la plante,
quand j’ai fermé la porte,

était en fleurs.
Les couverts,

tout propres,
attendent d’être posés

pour un futur dîner
sur la table

où, il y a quelques mois,
l’on servait du boeuf aux carottes.

Mais l’ombre est désormais
l’unique invitée

et je sais combien
elle s’avance

en silence
et qu’elle n’éprouve

aucune gêne
à tout recouvrir

de son grand manteau.
Seul, le soleil

du lendemain matin
la chasse

et prend sa place
dans le fauteuil vide.

Si j’écris, ce soir,
ce poème

sous forme de lettre
pour remplacer le téléphone,

c’est parce que j’espère
que mes mots

seront des fenêtres
éclairées,

équivalentes
à celles

de l’ancienne
maison,

mais mon appel
reste

sans réponse :
il n’y a plus de ligne

dans la nuit
entre la maison d’enfance et moi.

Géraldine Andrée