Une association péruvienne est venue à l’Ehpad.
Quelques pas suffisent
et voici les beaux coloris,
la laine tressée,
les franges qui dansent
quand on essaie le vêtement.
La douceur des tissus
nous fait oublier
la maladie ;
les fils multicolores
qui se croisent
semblent retarder
l’avancée de la fatalité.
» Regarde ce bonnet ! Il est original ! «
» Et ce pancho,
chic sur un pull noir ! «
« Ce collier !
Comme les perles sont belles ! »
« Prends-le, toi ! Moi, je ne sors pas ! »
» Mais non ! Prends-le ! Il te va bien ! »
Comme on ne sait pas choisir,
je prends tout
ce que ton doigt a désigné.
Quand je dis que c’est pour toi,
tu crois que c’est pour moi.
Tu n’as jamais fait la différence
entre toi et moi.
La nuit de décembre est tombée.
A quelques années près,
on serait allées à la galerie marchande
de ma ville natale.
On se serait enivrées de parfums, de soies, de frous-frous.
Maintenant, nous nous enveloppons de laine
pour moins sentir la peine.
C’est une après-midi qui ressemble aux anciennes
après-midi de shopping.
Quelques pas suffisent
et nous voici dans l’ombre de ta chambre
où s’allument les lueurs
de ces nouveaux présents.
Avant de descendre dans le salon pour rejoindre les autres,
tu mets fièrement ton nouveau cache-coeur.
Géraldine Andrée