Publié dans Journal de la lumière, Le journal de mes autres vies, Mon aïeul, mon ami., Un cahier blanc pour mon deuil

Les soirs anciens

Quand j’écoute
l’Ami
m’évoquer
les soirs anciens
je revois
les visages
qui se touchent
dans la lumière
de la lampe
rouge
et ce souffle
des lèvres
qui précède
chaque mot
Alors
je me dis
que ce que j’ai vécu
n’est en rien
un mirage
un tour
ambigu
que me joue
ma mémoire
mais un présent
absolu
qui m’éclaire
jusqu’à l’aurore
quand je me souviens
avec remords
des jours
qu’il me semble
avoir perdus

Géraldine

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ta mémoire est une maison

Ta mémoire est une maison.

Tu me demandes d’y aller

pour retrouver dans l’ombre des tiroirs

exhalant leur odeur

de vieux bois noir

ces cadres dorés

qui entourent

les photos de l’ancien temps,

Claire déjà née,

la place aux marronniers,

André si fringant

avant son ultime baignade

dans la Moselle perfide.

Ta mémoire est la maison de Chaudeney,

depuis longtemps disparue

où l’on retrouve

-tu me l’assures

avec un ton qui se fait dur-

les choses qui ne sont plus.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Une après-midi de décembre

Une association péruvienne est venue à l’Ehpad.
Quelques pas suffisent
et voici les beaux coloris,
la laine tressée,
les franges qui dansent
quand on essaie le vêtement.
La douceur des tissus
nous fait oublier
la maladie ;
les fils multicolores
qui se croisent
semblent retarder
l’avancée de la fatalité.
 » Regarde ce bonnet ! Il est original ! « 
 » Et ce pancho,
chic sur un pull noir ! « 
« Ce collier !
Comme les perles sont belles ! »
« Prends-le, toi ! Moi, je ne sors pas ! »
 » Mais non ! Prends-le ! Il te va bien ! »
Comme on ne sait pas choisir,
je prends tout
ce que ton doigt a désigné.
Quand je dis que c’est pour toi,
tu crois que c’est pour moi.
Tu n’as jamais fait la différence
entre toi et moi.
La nuit de décembre est tombée.
A quelques années près,
on serait allées à la galerie marchande
de ma ville natale.
On se serait enivrées de parfums, de soies, de frous-frous.
Maintenant, nous nous enveloppons de laine
pour moins sentir la peine.
C’est une après-midi qui ressemble aux anciennes
après-midi de shopping.
Quelques pas suffisent
et nous voici dans l’ombre de ta chambre
où s’allument les lueurs
de ces nouveaux présents.
Avant de descendre dans le salon pour rejoindre les autres,
tu mets fièrement ton nouveau cache-coeur.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

La maison s’est effacée

La maison s’est effacée
avec ses fenêtres,
son seuil,
son toit de tuiles brunes.

Elle a emporté avec elle
le jardin aux mille soleils
tout étoilé
de cerfeuil

et de feuilles
autour desquelles
les papillons
sèment leurs lueurs.

Pendant un instant
encore,
la treille
m’a montré ses couleurs.

J’ai recueilli
une larme
qui coulait du coeur
fendu d’une prune.

Et le chat
aux profondes
prunelles
m’a regardée

entre les branches
de la haie
comme si je quittais
ce monde.

Et puis, tout
a disparu tel
le reflet
d’une bulle

qu’emporte
un souffle
d’enfant
qui joue.

A la fin,
il n’y avait plus
que moi
seule

avec le temps.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, histoire

Le Tour de France

Le Tour de France a toujours été pour moi le signe délicieux que les vacances commencent.


Il me revient certains Tours de France de ma vie.


Le Tour de France que mon oncle d’Annecy regardait tout l’après-midi. La pluie de l’orage se déversait sur la maison pendant que s’alternaient à la TV les pentes ensoleillées


Le Journal du Tour de France après les informations, au moment où l’on versait la première goutte de porto dans le coeur creusé des melons de Méditerranée


Le Tour de France qui est passé tout près de chez moi alors que j’habitais à D, dans le Nord. J’étais accaparée par l’attente d’un amoureux qui vint très tard. J’entendais les cris d’encouragement et je me sentais clandestine dans mon petit studio. J’aurais dû être dehors


Le résultat du Grand Vainqueur du Tour de France que clamait un transistor par la fenêtre ouverte, dans un village du Loiret. La chaleur nous avait invités à nous installer en terrasse et à remettre la visite des châteaux au lendemain


La voix du chroniqueur du Tour de France qui s’accélérait pendant que l’on ôtait doucement les grains de sable accrochés à la peau. C’était à Bray-Dunes ou ailleurs


Puis, cette coupure de vieux journal retrouvée dans la maison de mon grand-père, et qui était tombée par hasard sur les cartons du déménagement. Il y était relaté un Tour de France datant de plus de quinze ans. J’imagine mon grand-père le lisant, tout près de son café, avant de retourner jardiner. Où étais-je ? Peut-être juste à côté, occupée à habiller ma poupée.


Il me semble, même si je peux me tromper,

que mon enfance a été

un long été

que je continue aujourd’hui encore

à traverser.


Géraldine Andrée