Publié dans Méditations pour un rêve, Poésie-thérapie, Journal de silence

Je me demande

Je me demande

pourquoi chaque note de pluie quand elle se brise laisse sur la rambarde de la terrasse une étincelle unique
pourquoi je me souviens si bien du jardin de jadis les nuits de pleine lune
où va le chemin tôt le matin
si le bleu de la mer se prépare à me rencontrer lorsque je trempe ma plume dans l’encrier
quand viendra l’Ami
s’il voit déjà de sa fenêtre la flamme de ma bougie
en quoi me réincarnerai-je dans ma prochaine vie : un chat un lys ou peut-être même l’éclat du lapis-lazuli
pourquoi je vis en rêve dans un village que je n’ai jamais visité en vérité
pourquoi j’entends si précisément le hennissement des chevaux sur sa place et le tintement des seaux à sa source
d’où viennent les poèmes qui affleurent le silence
et surtout je me demande
pour qui j’écris tout cela pour aviver quelle joie et apaiser quelle peine que je ne connais pas

Géraldine Andrée

Je me demande qui a déposé la lueur de cette voix dans mon coeur…

Publié dans Actualité, histoire, Le journal de mes autres vies

Le miroir

Je me souviens d’un miroir rond et doré dans ma chambre d’hôtel à Alep. L’hôtel n’existe plus. Il a été pulvérisé. Mais je revois si bien le miroir. Il étincelait sous les lampes de la salle de bain laquée de blanc. Et il me semblait qu’il allumait sur mon visage des étincelles de diamant. Le miroir a dû se briser en mille morceaux sous un souffle très puissant contre lequel on ne peut rien. Il est toujours là, pourtant. En quelques mots, je l’accroche dans un autre espace tout aussi blanc, celui de la page. Je le fais briller avec ma lampe de chevet. Je m’y regarde. Je me vois songer que rien ne se perd. Ma mémoire devient ce miroir où réapparaît tout ce que l’on croyait à jamais effacé. Ma mémoire devient miroir vivant.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de nuages, Un cahier blanc pour mon deuil, Journal d'une maison de retraite

Ma mère et moi

Ma mère et moi déplaçons nos chaises selon le mouvement des nuages devant le soleil.

Soudain, ma mère me demande :

-Qui est cette Autre assise à côté de toi ?

Je lui réponds de ma voix qui se veut la plus calme :

-Mais Maman ! Il n’y a que nous deux !

A moins que… ma mère ne voie une véritable amie d’âme, invisible pour moi qui me sens seule parfois…

Ma mère me donne des nouvelles de ses parents qui ont, paraît-il, loué un studio dans la grande avenue et font leurs courses tous les jours dans la petite épicerie qui n’est qu’à quelques pas d’ici.

Oui, ils sont bien revenus de l’au-delà, plus jeunes qu’autrefois.

Si tu le veux bien , on organisera un déjeuner dimanche prochain, puisque ce sera Pâques.

Tu pourras te libérer, j’espère… Il faut que je prévoie le menu. Et si je faisais un soufflé aux pommes de terre ? Après, on partira pour une promenade…

On est le quatre août mais peu importe. Claire et Pierre s’annoncent à notre porte dès la première note de cloche.

Ma mère s’inquiète de savoir si l’arbre sur la place du village de son enfance a dépassé les tuiles de sa maison.

Puis, elle se plaint que ses ongles sont trop longs.

Alors, je les lui coupe.

On est tranquille. Ils peuvent repousser au rythme monotone des jours

pendant que la mémoire gambade dans un autre temps

où les morts sont bien vivants.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe

Dans le calme d’aujourd’hui

Dans le calme d’aujourd’hui
je mire mon âme.
Ce jour ressemble aux jours de jadis
passés dans la maison
de mes feux grands-parents.
Le silence m’envoyait
le messages des arbres,
porté par les ailes d’une mésange.
Je n’attendais rien du temps,
aucune nouvelle,
sinon l’unique événement
d’une feuille
qui tombait inéluctablement
sur la page
de mon livre d’images.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Méditations pour un rêve, Toute petite je

Le retour chez Sophie

Relire dans Les Malheurs de Sophie
les phrases que j’ai déjà lues petite fille
c’est comme emprunter à rebours
un sentier de vacances
qui me mène à la lumière
de mes boucles

c’est revenir à chaque mot
sur les pas de l’enfance
et retrouver les feuilles de trèfle
les frêles cailloux les fraises douces
les bouquets d’angélique vive
les prunes dorées les abricots roux

que récolte en toute
clandestinité
Sophie mon héroïne
dans ces histoires
où elle joue à faire des bêtises
depuis toujours

et qui sont ensuite
déposés
au seuil de ma mémoire
en guise
de Présents
dérobés au temps

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de la lumière, Poésie-thérapie

Le carnet de chevet

J’ai rêvé d’un savon rond de Méditerranée,
un savon qui fleure bon le laurier-rose et la rose-thé,
un savon doux pour le retour des après-midi de plage.

C’est à cela que sert chaque page
de mon carnet de chevet :
noter tout ce qui est,

comme le sillage
qu’a laissé il y a bien longtemps sur la peau
une mousse de lumière et d’eau.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Personne

Personne ne peut prolonger
la lueur d’une luciole d’un ver luisant
d’une flamme de bougie
d’un météore dans le soir

Personne n’a ce pouvoir
Mais il demeure
la mémoire
pour témoigner

qu’une telle lueur
a existé
dans une nuit
comme celle-ci

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie

La biographie de l’être

Vous pouvez venir chez le biographe avec la liste de tout ce que vous avez fait depuis votre naissance.

Vous pouvez établir une liste des dates importantes correspondant à ces actes.

Vous pouvez raconter comment vous êtes devenu enseignant, chercheur, couvreur, plombier, commercial, mère de famille…

Là encore, ce que vous êtes, vous le faites.

Mais vous pouvez aussi écrire une autre biographie.

Celle des instants qui ont le plus compté pour vous,

celle qui va rassembler dans un récit des fragments de votre vie

que vous avez vraiment aimés

et où, tout simplement, vous étiez vous,

joyeux, vibrant, vivant :

un coucher de soleil, un matin au jardin, les marrons sur le chemin de l’école, la robe violette de vos dix ans, ce match de foot où vous avez gagné et où vous sentez encore le rouge du bonheur vous monter aux joues, les bâtons de réglisse pendant votre convalescence qui brunissaient votre bouche, votre costume de clown pour Mardi-Gras, les dessins de votre souffle sur la fenêtre…

Vous pouvez écrire comment la Vie s’est accomplie à travers vous,

une biographie de l’Être.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ma mère me dit

Ma mère me dit :
Prends les clés de l’appartement
et ne rentre pas trop tard.
Il y a deux ans encore,
ces mots auraient eu un sens correspondant au présent où ils auraient été prononcés.
Mais aujourd’hui,
nul besoin de prendre les clés : toutes les portes sont ouvertes.
En guise d’appartement, ma mère a une petite chambre toute blanche, avec, en face de son lit, la photo d’un voilier, long pétale qui glisse à fleur de sa plage préférée : Roscoff où elle aurait aimé un jour retourner.
Et si je pars, je ne rentre pas. Je reviens seulement la semaine suivante.
Ma mère a beaucoup oublié. Elle n’a plus la notion du temps.
Mais ses mots, eux, ont gardé la mémoire.

Géraldine Andrée