Le journal intime de mon grand-père
Le journal intime de mon grand-père a disparu.
Je peux étoiler tous les espaces de mes mots, ouvrir chaque cahier comme la délicate corolle d’un jardin oriental, accrocher des myriades de feuilles à ma vie pour croire que j’ai le ciel et les racines…
Je ne retrouverai pas la trace des pensées secrètes de mon grand-père, les anecdotes de son récit de guerre, sa campagne dans le Nord, les différents noms des arbres et des fleurs, sa chanson Étoile des Neiges recopiée à l’encre bleu clair…
Ma plume aura beau prétendre courir comme l’alezan… Elle ne reconstituera jamais l’élan de cette écriture si déliée, si régulière, si noble, si fine…
Une écriture d’instituteur, dédiée au sens et au mouvement.
Chaque jour, je fais en sorte
que mon cahier
soit la porte
qui donne
sur ce journal intime.
Mais lorsque je m’avance sur le seuil,
il n’y a plus personne,
pas le moindre signe…
Je m’en retourne donc écrire…
Seule.
Géraldine
