Biographie et transmission
Écrire votre biographie est un acte de transmission.
Transmission d’un patrimoine matériel, déjà.
En effet, votre livre de vie et sa diffusion font partie de la dévolution successorale. À ce titre, l’ouvrage et ses droits peuvent figurer dans un testament ou être reçus par vos héritiers.
Et aussi transmission d’un patrimoine immatériel.
Vous confiez à vos descendants tout ce que vous avez vécu : vos peines comme vos joies, vos espoirs comme vos déceptions, vos attentes comme vos accomplissements.
Ainsi, votre biographie est un témoignage à triple titre :
- Le processus de l’écriture en tant que tel se fait le témoin de votre vie. Toutes ces pages montrent que vous avez aimé, détesté, vibré, respiré. Elles constituent la trace de votre existence. Chaque phrase est la preuve de votre passage sur cette terre.
- De même, vos descendants, qui sont les dépositaires de votre histoire, deviennent aussi les témoins de tout ce qui s’est passé à l’intérieur, et donc à l’extérieur de vous : les mouvements de votre âme, le flux de vos émotions, vos fulgurances, vos révélations et les choix qui ont influencé la trajectoire de votre vie. En effet, le monde extérieur est le miroir de notre monde intérieur. En y projetant nos pensées, nous les matérialisons. La biographie montre ce cheminement des désirs à leur réalisation.
- Et, chose extraordinaire, vous devenez vous-même votre propre témoin. Vous pouvez vous regarder d’un œil extérieur et vous dire : « Voilà comment j’ai réalisé ma vie avec les ressources et les contingences dont je disposais. »
Une biographie transmet qui vous êtes.
Dans le livre de votre vie, vous transmettez les valeurs chères à votre cœur et à votre esprit (l’amour familial, l’engagement social, la fidélité…) ou un savoir-faire ancestral qui est passé par vous (l’art de cuisiner, de jardiner, de coudre, de réparer ou de construire des meubles…) Il en est ainsi des biographies qui relatent un parcours artisanal et entrepreneurial.
Et surtout, vous transmettez ce qui est, à mes yeux, un cadeau que vos proches garderont à vie : votre regard sur la vie et un savoir-être (en plus d‘un savoir-faire).
Voilà, par exemple, comment vous étiez quand vous cousiez ou inspectiez chaque plante de votre jardin. Heureux. Ce bonheur, il s’inscrit déjà dans les gènes de tous les lecteurs que sont les membres de votre famille.
Mais, m’objecterez-vous, nulle vie n’est parfaite.
« Il est des parcours de vie difficiles. Et des modèles à ne surtout pas imiter. D’ailleurs, je ne suis pas fier moi-même de certaines de mes réactions, de ce que j’ai pu dire ou faire. Il est aussi des loyautés familiales dont il vaut mieux s’extirper, des patterns toxiques qui ont dominé toutes les branches de l’arbre familial. Que faire de cela dans un livre ? Peut-on dire les douleurs claniques, les secrets, les tabous, les hontes transgénérationnelles ? »
Je vous répondrais que c’est peut-être l’objectif le plus important d’un projet biographique : transmettre un souci de vérité d’une part, et dire aux descendants ce qui a hanté leurs aïeux, formuler l’indicible (d’un adultère, d’une bâtardise, d’une « mort inacceptable, inconcevable » pour reprendre l’expression d’Anne-Ancelin Schützenberger dans son ouvrage Aïe, mes Aïeux !) d’autre part.
Comme le déclare Carl-Gustav Jung,
« ce qui n’est pas parvenu à la conscience revient sous forme de déterminisme ».
En écrivant, le livre de votre vie, vous transmettez à ceux qui vous succèdent dans l’existence un présent inestimable :
votre prise de conscience, ce qui permet de rompre immédiatement par les mots, au niveau de votre lignée, la chaîne des aliénations familiales. Vous empêchez la fatalité de frapper encore une fois. Vous ouvrez des cadenas en libérant la parole. Vous tendez à vos enfants et petits-enfants la clé de la délivrance :
« Mais oui, c’est vrai qu’il y a eu ça dans notre famille ! Cette culpabilité autour de la mort de Claire que l’on a attribuée au fait que sa grand-mère l’a fait sortir aux premiers jours du printemps sans bonnet. Or, on sait aujourd’hui qu’il n’y avait pas de lien de cause à effet. Empêcher un enfant de vivre n’est pas l’empêcher de mourir. Bien au contraire. Empêcher un enfant de vivre, c’est le tuer psychologiquement et, à terme, le rendre malade. On ne sauve pas un enfant de la mort en le mettant sous cloche. »
Vous montrez ainsi les schémas dont il faut se défaire, les comportements transmis de génération en génération et qu’il convient de ne plus imiter pour perpétuer la vie de l’arbre familial. Vous contribuez à en faire pousser les fruits de branche en branche – des fruits sains, sans ver susceptible d’en ronger le noyau.
Car c’est cela aussi, la transmission d’une biographie :
permettre aux descendants d’hériter du meilleur de leurs ancêtres, tout en se libérant de certaines maladies provoquées par le mal-à-dire transgénérationnel qui rendrait, à terme, l’arbre stérile.
Une biographie est cathartique. Elle libère la famille de ses névroses pour que chaque membre puisse vivre sa propre vie.
Tel est l’enjeu d’une écriture biographique : transmettre la vie dont vous êtes le messager.
Et je serai, à ce titre, votre accompagnatrice sur ce chemin intérieur.
Géraldine Andrée
