Sur le seuil de la porte
ses pantoufles
comme s’il allait revenir
avec le pain du jour
Géraldine Andrée
Sur le seuil de la porte
ses pantoufles
comme s’il allait revenir
avec le pain du jour
Géraldine Andrée
Tu le sais
ton poème
est corps
et pour qu’il se déhanche
d’une ligne
à l’autre
sur le papier
fais-toi
mouvement
solaire
avec tes os tes muscles tes tendons ta chair
Sois conscient
de la pulsation
du sang
de ton encre
dans tes hanches
Sens
le souffle
de la phrase
monter
le long
de ta colonne
vertébrale
son rythme
irradier
autour
de ton bassin
à partir
de l’étoile
de ton plexus
pour atteindre
ce noyau
de l’Univers
ton âme
qui s’exclame
Je suis
le Poème
debout
sur le monde
Géraldine Andrée
Après avoir laissé des traces dans son corps
il froisse les pages de son journal intime
dépose des taches de salive
entre les pliures
et pour conclure
il rit
Qu’est-ce que tu es naïve
Je vais t’apprendre à vivre
Géraldine Andrée
Elle dit
qu’un seul mot
ouvre ses chaînes
pour qu’elle puisse
écrire
Poésie
Géraldine Andrée
Elle se souvient
de ce dimanche
comme si c’était hier
C’est lorsqu’elle est arrivée
à cloche-pied
au Ciel de la marelle
qu’il l’a serrée
contre son ventre
que son souffle
a répandu
sur ses lèvres
de fillette
une odeur
de liqueur
à la mirabelle
qui lui a donné
un haut-le-cœur
Depuis
elle ne sait plus
où est la place
de son cœur
dans sa cage
thoracique
tout ce qu’elle sait
c’est qu’elle continue
à sauter
dans cette cage
qu’est devenue
dans sa tête
la marelle
pourtant
depuis longtemps
effacée
Géraldine Andrée
Sa mère
entre deux tartines
lui dit
qu’elle l’a appelée
Marie-Louise
car elle est venue
au monde
seule
pour deux
Alors
dans sa chambre
elle est Marie
qui parle à Louise
ou Louise
qui parle à Marie
C’est comme
elle l’entend
Mais laquelle
des deux
l’entoure
de ses bras
quand
elle tremble
seule
dans la nuit
Géraldine Andrée
Quand elle regarde
dans le miroir
ses yeux profonds
elle sait bien
qu’elle se ment
Géraldine Andrée
Les lampes
du café
s’allument
une à une
Dehors
le trottoir
est noir
Elle voudrait bien
rentrer
chez elle
mais de sa main
il lui enserre
le poignet
en lui disant
Reste
J’ai pour nous
une grande
maison
au bord
de la mer
Géraldine Andrée
Ils parlent
à voix basse
autour
du corbillard
et quand elle s’approche
ils se taisent
C’est pas grave
se dit-elle
dans ce secret
qu’elle se destine
à elle seule
Je te place
ma chérie
dans la confidence
Ce sont eux
les étrangers
Géraldine Andrée
Elle fixe
sa lampe
de chevet
pour oublier
les yeux
de son père
incapable
de fermer
les paupières
Géraldine Andrée