Publié dans Poésie

Poésie ce pays

En ce monde,

il n’est nulle clairière,

nul buisson,

nul brin d’herbe

qui n’appartiennent

à un pays.

 

La moindre feuille,

la moindre fleur,

la moindre frange d’écume

à fleur de terre

sont revendiquées

par une nation.

 

Je sais,

cependant,

un pays

où tu es libre

d’entrer

et de sortir

 

à ta guise,

guidé

en chemin

par les signes

invisibles

de la brise ;

 

un pays

qui te donne

le droit absolu

de traverser

toutes les frontières

puis de revenir,

 

avec ce pas

alerte

de l’enfance

reconquise

au fil

d’un rire ;

 

un pays

où tu peux te cacher

parmi les feuilles

des plantes

ou les épis de blé

sans être cherché ;

 

un pays

où il est légitime

de posséder

un jardin

abondant

en toute saison

 

sans avoir à montrer

un titre quelconque

de propriété,

sans avoir à déclarer

le nombre

de fruits qui poussent ;

 

un pays

qui n’attend pas

que tu déclines

ton identité

sur un passeport

en lettres sonores,

 

mais qui espère

que tu aies

un regard

éveillé

pour l’annonce

de l’aurore ;

 

un pays

qui ne te demandera

jamais

ton adresse

car il sait

que tu as

 

ton coeur

– cette profonde

demeure –

bien ouvert

pour faire entrer

quand les nuits

 

sont longues

et que le temps

est à l’hiver

tous les enfants

qui  sont nés

de lui.

 

Ce pays

unique

en ce monde,

c’est,

mon ami,

la Poésie.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Le poème est une femme, Poésie

Pour écrire un poème

Pour écrire

un poème,

je prends comme

références

 

les méandres

que trace

le chant

de l’eau,

 

le souffle

du vent

qui rassemble

les murmures

 

des feuilles

pour en faire

une frémissante

reliure,

 

le ciel

qui donne

forme

au nuage

 

dont le regard

ignorait

encore

l’existence

 

un instant

auparavant,

et qui semble

 

d’un rêve

de passage

dans l’âme

d’un enfant,

 

la vague

laissant

sur le sable

son alphabet

 

lisible

seulement

pour le promeneur

qui se penche,

 

la couleur

de l’azur

destinée

à s’étendre

 

sur tout ce qui

respire

et tremble,

jusqu’à la moindre

 

corolle

cachée

dans le pli

de la longue

 

robe

de l’ombre,

et quand

le jour

 

se termine,

je signe

mon poème

d’ici-bas

 

avec cette goutte

d’encre

ultime

qu’un autre Poète

 

ajoute

aux lisières

et qui enlumine

le silence…

 

Géraldine Andrée

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeule, mon amie

La Bohème de Violette

Lorsque je demande
à ma grande amie Violette
comment elle a résisté aux camps,
Violette pourrait me répondre
« Par une foi immense »,
mais elle m’offre la réponse
à laquelle peu de monde s’attend :
Par un chemin frêle,
un poème
de quatorze vers
dit un sonnet,
intitulé Ma Bohème
d’Arthur Rimbaud.
Ce poème,
elle le faisait tourner
silencieusement
dans sa bouche
comme un tendre
bonbon de miel
quand elle sentait
ses jours comptés
pour son souffle :

« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse,
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! »

Habituée au froid coupant
des matins de Pologne,
Violette en cheminant
à travers Ma Bohème
redécouvrait
la saine rosée
des soirs de fin d’été.
Et la musique
des sphères
lui rappelait
les notes
du piano
dans le salon,
lors des dimanches
baignés de lumière.

Exilée,
Violette habitait
désormais
le poème
Ma Bohème.
En allant
de mot
en mot,
de vers
en vers,
elle retrouvait
l’odeur des crayons
d’école
avec lesquels
elle le recopiait
sur son cahier,
la belle corolle
dorée
de la lampe
éclose
dans l’hiver
où elle l’apprit
par coeur,
l’estrade
de bois
qu’elle entendait
encore
craquer
quand elle y monta
pour le réciter,
les mains
dans les poches
de son tablier.

Mais surtout,
elle retrouvait
son rêve
d’aller avec le jeune
adolescent,
ce météore,
feu depuis longtemps
parmi les champs
d’avoine blonde
et d’échanger
avec lui
un baiser.
Depuis qu’elle avait collé
sa photographie
de Carjat
sur son cahier,
elle s’en était
secrètement éprise.

Et elle apprit
dans le présent
du camp
d’où elle ne pouvait
s’échapper
à deviner
les étoiles
cachées
derrière
le voile
noir
lorsqu’elle vidait
les seaux
d’eau grise.

A l’intérieur
de ce poème,
Violette
pouvait courir,
voguer,
être libre
puisqu’elle aussi
avait les poches
crevées,
que tout son passé
s’en était
allé
au fil
des rails.
Voilà,
me dit Violette,
comment
j’ai résisté
aux camps :
par un poème
de quatorze
vers.
C’était
ma seule
demeure,
mon refuge
unique,
mon abri
invisible.
Aujourd’hui,
c’est en moi
qu’il habite.
Son adresse
est mon coeur.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Non classé

Liste de livres envoyée à une amie dans l’épreuve

Chère amie,

Je t’envoie une image du Jardin,

d’un coin secret de lecture sous les feuilles,

traversé par la lumière,

à fleur d’eau,

tout bruissant d’herbes et de silences

pour un rêve lors des temps difficiles.

 

Je t’envoie aussi, comme promis, ma liste de livres de Vie. Elle n’est pas par ordre alphabétique mais par ordre du coeur :

Sur le lien entre l’homme et l’animal :

20 ans avec mon chat de Inaba MAYUMI, éditions Philippe Picquier

Sur l’expérience de la vie après la mort (NDE, EMI) :

La Traversée de Philippe Labro, collection Folio

Sur la guérison de la dépression :

Tomber sept fois, se relever huit de Philippe Labro, collection Folio

Sur la survie dans les camps de déportation et les prisons :

Une Vie bouleversée d’Etty Hillesum, éditions Point

Rosa, la Vie ; lettres de Rosa Luxemburg en prison ; les éditions de l’Atelier

Journal d’Anne Frank ; collection Le Livre de poche

Sur la résilience et la reconstruction après des drames familiaux : 

Jean-Louis Fournier

Où on va, Papa ?

Il n’a jamais tué personne, mon papa

Ma mère du Nord

La Servante du Seigneur

Veuf

Collection Le Livre de poche

Sur la résilience après une tentative de suicide ; admirable livre :

La peine d’être vécue de Priscilla Deborah, collection Le Livre de poche

Sur le cancer du sein :

L’usage de la photo d’Annie Ernaux ; collections Folio ou Le Livre de poche

Mes petites machines à vivre de Maryse Vaillant, éditions Marabout

Voir les lilas refleurir de Maryse Vaillant, éditions Albin Michel

Une année singulière avec mon cancer du sein de Maryse Vaillant, éditions Albin Michel

Sur la psychanalyse, la maladie et le rapport mère/fille :

Les mots pour le dire de Marie Cardinal ; collection Le Livre de poche

Sur la condition féminine :

Une Vie de Guy de Maupassant, collection le Livre de poche

La Mère de Pearl Buck, collection Le Livre de poche

La Terrasse des Bernardini de Suzanne Prou, collection Le Livre de poche

Rebecca de Daphné du Maurier, collection Le Livre de poche

Sur la contemplation de l’instant présent :

Journal de Katherine Mansfield, collection Folio

La Grande Vie de Christian Bobin, collection Gallimard

Un trottoir au soleil de Philippe Delerm, collection Le Livre de poche / Gallimard

car la littérature est « un miroir que l’on promène le long de son chemin » (Stendhal).

Géraldine Andrée