Publié dans Poésie-thérapie

Petite précision à propos des Noyaux de pêche

Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :

votre noyau.

Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.

Elle,

ce peut être n’importe quelle femme,

celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,

« celle dont on ne dirait pas que »,

celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.

C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.

Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.

Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?

Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….

Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.

Chaque jour est une traversée de l’écorce.

À chaque jour donc, son noyau.

Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.

Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre

pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.

Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,

noyaux de pêche,
noyaux de l’être

seront publiés dans un recueil.

Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :

une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :

Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.

Sayo Hiwatari

Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.

Géraldine Andrée

Photo de LEONARDO VAZQUEZ

La connaissance est au centre de Soi

Publié dans Histoire d'écriture, Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 25

Elles avaient fini de garnir la pâte
quand sa mère lui a dit
d’une voix douce
à la lisière
du murmure

Tu sais
Je vais te confier
un secret
À ta naissance
j’attendais quelqu’un d’autre
que toi
Un garçon
pour tout dire
Mais ça va
Je m’y suis faite
Après tout
ce sont de bonnes pâtes
les filles

Depuis
elle écrit
elle écrit
parce qu’elle n’est toujours
pas sûre
qu’elle existe

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Noyau de pêche 24

Sur le seuil de la porte
ses pantoufles
comme s’il allait revenir
avec le pain du jour

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif, Poésie-thérapie

Méditation en écritothérapie : le corps du poème

Tu le sais
ton poème
est corps
et pour qu’il se déhanche
d’une ligne
à l’autre
sur le papier

fais-toi

mouvement

solaire

avec tes os tes muscles tes tendons ta chair

Sois conscient
de la pulsation
du sang
de ton encre
dans tes hanches

Sens
le souffle
de la phrase
monter
le long
de ta colonne
vertébrale

son rythme
irradier
autour
de ton bassin
à partir
de l’étoile
de ton plexus
pour atteindre
ce noyau
de l’Univers

ton âme
qui s’exclame

Je suis
le Poème

debout
sur le monde

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 23

Après avoir laissé des traces dans son corps
il froisse les pages de son journal intime
dépose des taches de salive
entre les pliures
et pour conclure
il rit
Qu’est-ce que tu es naïve
Je vais t’apprendre à vivre

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 22

Elle dit
qu’un seul mot
ouvre ses chaînes
pour qu’elle puisse
écrire

Poésie

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 21

Elle se souvient
de ce dimanche
comme si c’était hier

C’est lorsqu’elle est arrivée
à cloche-pied
au Ciel de la marelle

qu’il l’a serrée
contre son ventre
que son souffle

a répandu
sur ses lèvres
de fillette

une odeur
de liqueur
à la mirabelle

qui lui a donné
un haut-le-cœur
Depuis

elle ne sait plus
où est la place
de son cœur

dans sa cage
thoracique
tout ce qu’elle sait

c’est qu’elle continue
à sauter
dans cette cage

qu’est devenue
dans sa tête
la marelle

pourtant
depuis longtemps
effacée

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 20

Sa mère
entre deux tartines
lui dit
qu’elle l’a appelée
Marie-Louise
car elle est venue
au monde
seule
pour deux

Alors
dans sa chambre
elle est Marie
qui parle à Louise
ou Louise
qui parle à Marie
C’est comme
elle l’entend

Mais laquelle
des deux
l’entoure
de ses bras
quand
elle tremble
seule
dans la nuit

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 19

Quand elle regarde
dans le miroir
ses yeux profonds
elle sait bien
qu’elle se ment

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Récit de Vie

Noyau de pêche 18

Les lampes
du café
s’allument
une à une

Dehors
le trottoir
est noir
Elle voudrait bien

rentrer
chez elle
mais de sa main
il lui enserre

le poignet
en lui disant
Reste
J’ai pour nous

une grande
maison
au bord
de la mer

Géraldine Andrée