L’art d’aller aux confins de soi-même par l’écriture
Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison de Géraldine Andrée – éditions Librinova et Bookmundo
On se connaît si peu !
On ne va jamais aux confins de soi-même, de cette terre que chacun porte à l’intérieur de lui, de cette zone d’ombre, faite d’instincts refoulés, de peines enfouies, d’émotions non libérées.
Tant que l’on ne sera pas devenu l’éclaireur de ses traumatismes, on restera un inconnu pour soi-même.
Chaque blessure demande un regard, une prise de conscience.
En quoi l’écriture te permet-elle de cheminer aux frontières de l’inconscient ?
Extrait de Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison
La pratique du journal de guérison
J’écris, de manière ininterrompue.
J’écris sans discontinuer.
J’écris comme la rivière coule entre les terres et y laisse ses méandres.
J’écris comme l’oiseau migre.
Dans le vaste ciel, il ne peut plus compter sur la moindre branche, le moindre rebord de fenêtre.
Il ne peut se fier qu’à l’endurance de ses muscles, à la force de sa volonté.
J’écris.
Et, soudain, ce mouvement qui me pousse en avant,
s’amplifie et m’allège.
Je me sens protégée par la page,
comme l’est l’oiseau par l’envergure de ses ailes.
Je suis à ma place dans l’espace.
Je me coule dans l’encre.
Je fends le silence.
J’écris avec la foi de ma plume.
Je traverse tous les jardins de jadis et je m’élève au-dessus des feuilles.
La ruelle le long de laquelle j’ai sautillé, enfant, est devenue un mince ruban.
Je quitte le souvenir des visages, des mains, des regards.
Je suis maintenant si loin
du point scintillant du coquillage ou de l’étoile en papier sépia
que j’avais collés dans mon cahier d’écolière.
Je m’éloigne de tout ce que j’ai appris.
Je fais fi de toutes les barrières, de toutes les frontières.
Vus d’en haut, mes anciens chagrins sont minuscules.
L’écriture est migration.
Elle s’enivre de son propre élan.
Voilà qu’elle s’approche de l’océan.
Inutile de redouter les rochers noirs que frappent les vagues.
L’écriture triomphe de l’abrupt, surplombe le sauvage.
Elle me berce dans le déploiement de ses ailes.
Quel pays suis-je sur le point d’atteindre ?
Qu’en sais-je ?
L’écriture est déjà un continent
qui oscille
entre le bleu et le blanc.
J’ignore à quel mot j’arriverai.
J’ignore quand le temps sera venu de me poser.
Je me fie aux signes de la lumière,
au souffle du vent.
L’écriture m’a appris à les reconnaître et à les déchiffrer.
Il sera temps de me dire
« Je suis arrivée »,
quand ma plume
tombera d’elle-même
sur un sentier, un banc, un rebord de fenêtre.
Alors, peu importe que je perde le souffle durant ce voyage,
car j’ai l’intuition profonde
qu’un inconnu recueillera ma plume
pour voler à son tour
au-dessus du monde.
Géraldine Andrée
