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Le vent de l’été
Sur le chemin s’est levé
Où est donc mon père
*
Je dis
Je vois
sur le chemin
ma mère morte
comme si j’évoquais
une feuille morte
qui s’est détachée
de la lumière
Ma mère
et ses mains
flétries
étoilées
de taches rousses
après la lessive
Que voulez-vous
Il arrive
que les mères
comme les feuilles
cessent
de vivre
Aujourd’hui
ma mère est une feuille
que la vie dépose
sur la trace
de chacun
de mes mots
*
Toute petite
j’écrivais le long du chemin
dans l’herbe mouillée
dans les flaques
de neige fondue
dans les bosquets
de menthe
Je composais des phrases
avec de petits cailloux
des escargots ou des limaces
des fourmis rouges
des fétus de paille rousse
Un pétale
devenait un mot
une brindille
une virgule
un épi
une majuscule
une jeune pousse
une lettre minuscule
promise
à l’éclatante
croissance
Il n’y avait jamais
de point
Et j’allais si loin
en écrivant
que c’était moi ce point
sautillant
qui se jetait
dans l’espace blanc
d’un dimanche matin
À chaque fois que j’écris
en suivant
les pas
de cette petite fille
qui s’efface
je dis adieu
à un instant d’enfance
*
Écris dit-elle
il n’y a que cela de vrai
dans la vie
Ces mots
dont l’encre
passe
Tout le reste
n’est que rêve
Géraldine ANDRÉE
Quand j’écris, je fais apparaître le matin que je préfère.
Comme ceci :
Que le murmure vienne des voix d’en bas je serai le sang neuf qui en irriguera ma chambre
Que les grains du temps soient à moudre je serai leur profonde carafe de porcelaine
Que la lumière se mêle à la soie blanche de la taie je serai l’une de ses mèches
Que le silence referme son mouchoir sur le chagrin de la veille je serai la paume qui le contient
Que le souvenir des absents traverse les murs je serai leur cortège
Quand un rayon de soleil souligne les lattes de bois il est déjà mon pas
Quand mon souffle me réveille il a déjà frémi au bord de chacun de mes cils pour que s’ouvrent mes paupières sur la seule présence de la fenêtre
Quand la patte du chat gratte la porte elle a déjà trouvé dans les replis de l’ombre les gemmes du jour
Et quand les lueurs de celles-ci se révèlent je sais qu’elles se poseront dans un instant en points de suspension sur ma page
Sous ma couverture la couverture dorée
de ce livre qui rejoint la compagnie de tous les autres
Dans l’angle le papillon de ma lampe
qui a pris ma table pour corolle
juste avant que les couleurs de ses ailes ne s’éteignent
Voici le moment de porter le premier mot à mes lèvres
celui qui se détache du chapelet des heures à venir
et de prier
le jardin le thym la nèfle et le pain
dont le merle picore les miettes
entre deux notes
Géraldine Andrée
Et pour le poème en audio, c’est ici !
On se connaît si peu !
On ne va jamais aux confins de soi-même, de cette terre que chacun porte à l’intérieur de lui, de cette zone d’ombre, faite d’instincts refoulés, de peines enfouies, d’émotions non libérées.
Tant que l’on ne sera pas devenu l’éclaireur de ses traumatismes, on restera un inconnu pour soi-même.
Chaque blessure demande un regard, une prise de conscience.
En quoi l’écriture te permet-elle de cheminer aux frontières de l’inconscient ?
Extrait de Guérir avec mon cahier – La pratique du journal de guérison
La pratique du journal de guérison
J’écris, de manière ininterrompue.
J’écris sans discontinuer.
J’écris comme la rivière coule entre les terres et y laisse ses méandres.
J’écris comme l’oiseau migre.
Dans le vaste ciel, il ne peut plus compter sur la moindre branche, le moindre rebord de fenêtre.
Il ne peut se fier qu’à l’endurance de ses muscles, à la force de sa volonté.
J’écris.
Et, soudain, ce mouvement qui me pousse en avant,
s’amplifie et m’allège.
Je me sens protégée par la page,
comme l’est l’oiseau par l’envergure de ses ailes.
Je suis à ma place dans l’espace.
Je me coule dans l’encre.
Je fends le silence.
J’écris avec la foi de ma plume.
Je traverse tous les jardins de jadis et je m’élève au-dessus des feuilles.
La ruelle le long de laquelle j’ai sautillé, enfant, est devenue un mince ruban.
Je quitte le souvenir des visages, des mains, des regards.
Je suis maintenant si loin
du point scintillant du coquillage ou de l’étoile en papier sépia
que j’avais collés dans mon cahier d’écolière.
Je m’éloigne de tout ce que j’ai appris.
Je fais fi de toutes les barrières, de toutes les frontières.
Vus d’en haut, mes anciens chagrins sont minuscules.
L’écriture est migration.
Elle s’enivre de son propre élan.
Voilà qu’elle s’approche de l’océan.
Inutile de redouter les rochers noirs que frappent les vagues.
L’écriture triomphe de l’abrupt, surplombe le sauvage.
Elle me berce dans le déploiement de ses ailes.
Quel pays suis-je sur le point d’atteindre ?
Qu’en sais-je ?
L’écriture est déjà un continent
qui oscille
entre le bleu et le blanc.
J’ignore à quel mot j’arriverai.
J’ignore quand le temps sera venu de me poser.
Je me fie aux signes de la lumière,
au souffle du vent.
L’écriture m’a appris à les reconnaître et à les déchiffrer.
Il sera temps de me dire
« Je suis arrivée »,
quand ma plume
tombera d’elle-même
sur un sentier, un banc, un rebord de fenêtre.
Alors, peu importe que je perde le souffle durant ce voyage,
car j’ai l’intuition profonde
qu’un inconnu recueillera ma plume
pour voler à son tour
au-dessus du monde.
Géraldine Andrée
On tient habituellement un journal intime de sa vie.
Et si je vous parlais de la tenue d’un journal intime sur l’écriture ?
Le journal qui parle de lui-même, c’est-à-dire de sa propre écriture.
Passionnant, n’est-ce pas ?
Il y a le journal des différentes saisons.
Il y a le journal qui retrace l’accomplissement de chaque jour.
Voilà comment j’écris mon chemin.
Ou comment mon chemin s’écrit à travers moi.
Les feuilles de mes cahiers se tournent au fil du temps.
Le temps passe de feuille en feuille.
À chaque mot, je vieillis, bien sûr.
À chaque trait de plume, il y a un peu moins de fil d’encre pour ma vie.
Mais, tandis que j’écris, ma mémoire s’allège, mon âme sautille sur la marelle du papier ligné, court après les billes des mots,
joue si bien à être une enfant qu’elle le redevient.
Si je vieillis en vivant,
je rajeunis en écrivant.
Géraldine Andrée
Le ciel est parsemé de montgolfières.
Où est la mienne ?
Flotte-t-elle, avide d’infini ?
Vogue-t-elle, libre dans sa solitude,
parmi toutes les autres ?
Ou est-elle encore
arrimée à la terre ?
Je scrute l’azur,
les mains en visière
au-dessus de mes paupières,
pour ne pas me laisser éblouir
par l’or de la lumière :
je ne la vois pas.
Et je songe :
« C’est peut-être mieux ainsi. »
N’existe-t-il pas une sensation plus légère
que celle de mon rêve de montgolfière ?
Je me souviens
de l’après-midi d’un dimanche de printemps.
Mon père et moi,
nous nous asseyons dans le panier,
qui tangue un peu sous notre poids.
Les couleurs du ballon ondoient
lorsque la montgolfière s’élève dans les airs,
aspirée par son désir de hauteur.
Mais, à ma grande déconvenue,
nous ne quittons pas définitivement la terre.
Dans mon esprit d’enfant,
je pense que c’est pour que je ne perde pas de vue
mes devoirs à faire
au retour,
et la perspective de l’école,
si tôt le lendemain.
En bas, je vois se dérouler
l’insolite tissu bigarré des prés,
bordé par le ruban des routes.
Les arbres ont rapetissé en bouquets.
Et les hommes, les animaux, les fleurs, les pierres,
que sont-ils devenus ?
Ils ne sont plus que des points invisibles,
comme s’ils n’avaient jamais existé.
Quant au grand champ du père Grandjean,
il pourrait tenir dans un mouchoir de poche.
Puis, la montgolfière amorce
sa descente
dans un bercement
qui me soulève
le cœur.
Elle n’en finit pas
de se rapprocher
de la terre,
de raser l’herbe,
et quand enfin le panier
touche
le sol
dans une secousse,
il me semble
que le contact
avec la terre
plate
déplace
mes reins,
me projette en avant,
me fait vivre
un insondable
vertige
alors que je suis
en bas.
Aussi,
voyez-vous,
à bien y réfléchir,
je préfère
vivre
le rêve
d’être
une plume,
une simple
plume,
grise
ou blanche,
peu importe.
Au moins,
je redescends
des cimes
en m’inclinant
gracieusement
dans la lumière,
telle
une ballerine.
Parfois,
je me penche
pour répondre
au désir
du vent.
De loin,
l’œil
peut croire
que je me cambre
sous la caresse
d’un amant.
Et dans
une infinie
glissade
entre deux
figures
de danse,
je me dépose
sur une feuille
de vélin
ou de soie
et j’attends
quoi ?
La main, le mot,
le souffle
d’un poème
peut-être,
avant de reprendre
mon vol
et de disparaître.
Géraldine Andrée
Qui sème les souvenirs
dans ma mémoire fertile,
pour qu’ils refleurissent ?
Qui me dit :
« Le temps veille sur leur germination » ?
Qui dicte
à la bille de mon stylo :
« Fais confiance à la force encore frêle
de leurs jeunes pousses,
au point encore invisible
de leurs bourgeons »,
comme s’il me fallait renaître,
cette fois-ci,
dans la connaissance précise
des cycles ?
Qui me murmure
depuis un lointain pays :
« Elles se lèvent,
les tiges des rires ;
elles se préparent,
les corolles
des regards ;
ils s’apprêtent,
les pétales des paupières » ?
Qui m’annonce
de source sûre :
« L’heure est venue
de faire de ta mémoire
une récolte
avec laquelle tu pourras franchir
le seuil
de demain » ?
Mais, lorsque je cueille,
hélas,
les myrtilles, les trèfles,
les cosmos, l’anis
en étoile
que tout le ciel
de ma paume
de jadis
contenait,
qui sait
pourquoi je ne ressens rien
de leur rondeur,
de leur piquant,
de leur parfum ?
La myrtille
est une si petite lueur,
le trèfle,
une feuille feue,
le cosmos,
un œil
qui se ferme avant la fin du jour,
l’anis,
une étoile éteinte.
Qui est le témoin
de cette évidence :
les souvenirs
ne sont que des mots
qui remplissent
le panier de papier
d’un vieux cahier retrouvé,
ni plus ni moins ?
Et qui, alors,
me console
en me soufflant :
« Continue ce que tu as commencé !
Chacun
de tes souvenirs
fait fleurir
un poème
pour le monde,
quand celui-ci sera prêt
à accueillir
la belle saison » ?
Qui m’invite
à vivre encore
pour écrire,
seulement
écrire ?
Géraldine Andrée
Pour l’écoute audio, c’est ici :
À moi mes mains
Leur forme
Leur désir d’être
Autonomes
Vis-à-vis du monde
À moi mes doigts
Pulpe Rose Chair
Qui ne ressemble
À aucune autre
Pour moi seule
La trace
De ce que ces doigts
Déposent
À moi cette paume
Cette pomme
Ronde
Pour les mots
À moi la pointe
Des articulations
Pour qu’elles se lèvent
Et s’ouvrent
Vers le ciel
Qui en vaut
La peine
À moi mes ongles
Pour déchirer
Les étiquettes
Et les chemins
Entrelacés
Des veines
Du poignet
Pour aller
Où
Je l’entends
Mes mains
Sont miennes
Et seuls
Les grains
De terre
La houle
Des sables
Le velours
Du papier
Ont le droit
De se souvenir
De leur passage
Seul
Mon souffle
Se faufile
Entre mes doigts
Pour faire chanter
La peau
Géraldine Andrée
Adolescente, j’avais une vaste chambre et une grande table sur laquelle je pouvais ouvrir plusieurs cahiers – ceux de mes leçons et de mes devoirs du jour, à côté de mon journal intime et de mon cahier de contes secrets. Je revois ma trousse profonde contenant tous mes stylos et feutres de couleur. Je possédais même une plume à tremper dans un encrier.
Vous pourriez me dire :
« Comme tu étais gâtée ! »
Et je vous comprends. Il ne me manquait rien. Ma chambre donnant sur un jardin, je disposais de tout l’espace pour étudier.
Ce que j’ignorais, c’est que j’avais également un autre espace de création, très important, et qui était régulièrement bafoué :
mon espace intérieur,
vous savez,
celui de l’âme, celui du cœur,
d’où jaillissent les rêves les plus féconds,
d’où naissent les désirs qui nous nourrissent.
Cet espace de trésors, j’en méconnaissais l’existence, le territoire, malgré mes voyages sur le papier ligné.
Pourquoi ?
Parce que mes parents et ma sœur pouvaient entrer comme ils voulaient, sans frapper.
Ils se permettaient d’ouvrir mes tiroirs. Un jour, ce fut l’esclandre, parce qu’ils avaient trouvé une boîte de pilules contraceptives.
Mon père surgissait pour m’empêcher d’écrire mes histoires personnelles qu’il nommait « fariboles ». Il craignait sans doute que mes fées, mes elfes et mes lutins n’éclairent une part d’ombre merveilleuse en lui qu’il voulait garder cachée à ses propres yeux.
J’ai acheté un cahier qui se fermait avec une clé dorée. Au moins cet endroit qui matérialisait mon espace psychique était-il protégé.
Mais un dérangement imprévisible était toujours possible, détournant le cours d’une idée, la rivière d’un poème, la source elle-même.
Cette négation de l’existence de mon espace de création intérieur m’a bloquée dans beaucoup de projets.
Je me souviens comment, dans la résidence universitaire où je logeais, une pseudo amie s’épanchait sur ses peines de cœur chaque soir, à demi couchée sur mon lit, m’empêchant de régler les miennes dans mon carnet ou de rendre cette dissertation urgente pour le lendemain.
Aujourd’hui, je ne résiste pas au vieux réflexe d’aménager mon espace de création extérieur pour créer.
Comme pour me préserver des éventuels importuns.
Allumer une bougie, faire la vaisselle, la lessive, chercher LE stylo du moment… Tout doit être propre et net pour démarrer ma séance d’écriture.
Je sais pertinemment que je procrastine et que je perds, en agissant ainsi, de précieuses minutes pour continuer à écrire quelques lignes de plus, alors que je suis déjà si pressée.
Mon amie Julia me l’a si souvent dit :
« Saisis un vieux stylo Bic, bon sang, un cahier de brouillon tout taché, et écris, même au milieu des miettes de croissant, des gouttes de Nutella, à côté de ta tasse de café froid. Pas besoin d’encens, de lampe tamisée. »
J’ai déjà eu l’occasion de le constater : je peux commencer à écrire dans un espace encombré et avoir les idées claires, démarrer un projet de roman tandis que la poêle à crêpes reste dans l’évier et trouver mon œuvre aboutie, réussie – in fine,
car toute création part de l’espace intérieur.
Et si je ne m’autorise pas à privilégier mon intériorité créatrice, qu’advient-il des mots en attente ? Ceux-ci continuent à patienter. Désespérément pour eux et pour moi.
Nul besoin d’une vie en ordre pour dérouler la trame de cette broderie qu’est le texte qui demande à voir le jour.
Un marteau-piqueur peut tonitruer dans l’espace de création extérieur… Tant que vos projets ne sont pas dérobés dans la chambre de votre cœur par ce que je nomme aujourd’hui « une intrusion » ou une « interférence », vous êtes en sécurité dans la vie que vous donnez à votre rêve, pour qu’il naisse, un jour, sur l’immense table du monde.
Géraldine Andrée
Et si je vous disais qu’après des pages et des pages d’écriture, il ne reste plus que le silence ?
J’ai écrit Le Regard de ma mère chaque jour de l’été 2025, tandis que la lumière que filtraient mes volets mi-clos rayait les feuillets de mon cahier.
Je ne passais pas la journée à écrire. Je me réservais des plages pour avancer dans l’œuvre. J’ai toujours procédé ainsi pour mes projets, page après page, mot après mot. L’écriture est un parcours de longue distance qui s’effectue un pas après l’autre. Il faut économiser ses forces si l’on veut arriver à destination. Le souffle est compté – d’autant plus que j’avais mesuré celui de Maman en instants. Autrement dit, j’avais intégré l’écriture de mon livre à ma vie et non le contraire. Une fois les pages du jour remplies, je vaquais à mes activités quotidiennes.
Les motifs du livre se sont déroulés naturellement et lentement, comme les arabesques d’un tapis persan. Je possédais la trame du récit. Maman m’avait suffisamment narré des épisodes de sa vie dans la cuisine de mon enfance. Je tenais fermement le fil de leur chronologie.
Et si je vous disais le plus important dans ce billet ?
J’ai su que le livre était fini au grand silence que j’ai ressenti au point final placé après le mot « point ».
Ce n’est pas ce mot en lui-même qui fut le signe de l’achèvement de l’ouvrage, non, mais ce silence perçu par tous les pores de ma peau, et parfaitement entendu, comme lorsque je me suis retrouvée en 2006 seule dans le désert – avec l’autocar du voyage organisé qui attendait tout de même, à moitié caché derrière une dune.
Le crépitement du sable balayé par la main du vent.
Des grains qui étoilaient mon visage et m’aveuglaient.
L’écho du ciel.
Le murmure du sang dans mes tempes.
Le sentiment d’être en-dehors de l’espace, au milieu de l’immensité.
Un minuscule point, en quelque sorte, entre les replis d’une page ocre.
Ma respiration imperceptible dans l’infini.
Le désert me renvoyait à mon propre pouls.
Voilà comment m’est parvenu le silence après l’écriture du livre :
une pulsation.
Comme si le souvenir du souffle de ma mère que je retraçais dans ces pages m’avait vidée.
Pourtant, paradoxalement, je me sentais comblée.
En effet, si je n’avais plus rien à dire, c’était parce que j’avais tout dit.
Tout dit au sujet de ma mère et de la fille que j’avais été.
Peu m’importait que ce livre fût lu. Il existait. C’était l’essentiel.
Ensuite, je ne sais plus.
Est-ce le livre qui s’est éloigné de moi ?
Est-ce moi qui me suis éloignée du livre ?
Je sais seulement qu’un sillage s’était creusé entre la passagère que j’étais – l’initiatrice du projet de voyage – et le véhicule – l’écriture – qui m’avait déposée au cœur du sable. Preuve, certes, qu’une distance inexorable se créait, mais aussi qu’une rencontre significative avait bel et bien eu lieu.
J’avais accompli ce qui devait l’être : redonner une mémoire à la vie effacée de cette femme parmi tant d’autres, et pourtant unique, puisqu’elle fut ma mère.
Je pouvais retrouver la paix.
Alors, je m’en suis retournée vers l’autocar de ma vie en prenant soin de poser mes pieds dans l’exacte empreinte de mes pas.
Maintenant, le livre va
vers un horizon que je ne connais pas.
Géraldine Andrée
