Qui sème les souvenirs
dans ma mémoire fertile,
pour qu’ils refleurissent ?
Qui me dit :
« Le temps veille sur leur germination » ?
Qui dicte
à la bille de mon stylo :
« Fais confiance à la force encore frêle
de leurs jeunes pousses,
au point encore invisible
de leurs bourgeons »,
comme s’il me fallait renaître,
cette fois-ci,
dans la connaissance précise
des cycles ?
Qui me murmure
depuis un lointain pays :
« Elles se lèvent,
les tiges des rires ;
elles se préparent,
les corolles
des regards ;
ils s’apprêtent,
les pétales des paupières » ?
Qui m’annonce
de source sûre :
« L’heure est venue
de faire de ta mémoire
une récolte
avec laquelle tu pourras franchir
le seuil
de demain » ?
Mais, lorsque je cueille,
hélas,
les myrtilles, les trèfles,
les cosmos, l’anis
en étoile
que tout le ciel
de ma paume
de jadis
contenait,
qui sait
pourquoi je ne ressens rien
de leur rondeur,
de leur piquant,
de leur parfum ?
La myrtille
est une si petite lueur,
le trèfle,
une feuille feue,
le cosmos,
un œil
qui se ferme avant la fin du jour,
l’anis,
une étoile éteinte.
Qui est le témoin
de cette évidence :
les souvenirs
ne sont que des mots
qui remplissent
le panier de papier
d’un vieux cahier retrouvé,
ni plus ni moins ?
Et qui, alors,
me console
en me soufflant :
« Continue ce que tu as commencé !
Chacun
de tes souvenirs
fait fleurir
un poème
pour le monde,
quand celui-ci sera prêt
à accueillir
la belle saison » ?
Qui m’invite
à vivre encore
pour écrire,
seulement
écrire ?
Géraldine Andrée
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