
Les vagues s’avancent sur le sable.
La marée monte.
Le vent se lève.
Et l’ombre gagne
sur le soleil.
Il est temps
de fermer le parasol
qui, une fois décroché
de son socle,
ressemble
à un tournesol
déclos.
Et je songe à tous les parasols
qu’il a fallu fermer
parce qu’il était temps :
celui de la place du village
car l’orage
arrivait au galop,
celui de la terrasse,
démonté alors qu’il faisait encore beau,
car Reine voulait raccourcir les vacances
pour préparer son concert de piano,
le parasol d’Italie
aussi,
quand une lettre
m’a annoncé
que tu ne viendrais pas de sitôt,
le parasol du café des amoureux
sous la première goutte de pluie,
et celui du club du Rivage
qui cesserait ses activités
pendant la morte-saison.
Rendez-vous l’été suivant.
D’ici là, soyez bien sages,
les enfants…
J’ai toujours songé
que les parasols
pouvaient se fermer
sans que nous éprouvions
une once
de regret,
car nous reviendrions
demain
ou plus tard,
à la prochaine
villégiature.
Mais je me souviens bien
du parasol du jardin
qui entourait
nos visages
de son ombre d’or
et qui protégeait
avec toute sa corolle
déployée
nos yeux
de la lumière d’août.
En posant sur la table
son verre
de limonade,
Claire s’est soudain
sentie mal.
Un voile est tombé
dans son regard.
Et elle a eu besoin
de compagnie
pour se rendre
jusqu’à son lit.
Pris en tenaille
par le sombre
pressentiment
qu’il n’y aurait plus jamais
de réunion
familiale
dans le jardin,
et la volonté
d’espérer encore
en de lumineux
lendemains,
nous avons rangé
au fond de la remise
le parasol
qui a gardé
ses pétales
repliés
contre le mur
de grès
avant qu’il ne soit vendu,
un matin de mars,
dans un quelconque
marché aux puces.
On ne fait pas revenir
les tournesols
quand le temps
n’y est plus.
Géraldine Andrée
