Publié dans Poésie, Un troublant été

La bibliothèque de la plage

Elle arrive
dans un nuage
d’or,
la bibliothèque
de la plage
et l’on peut suivre,

les pieds nus,
la trace
de sa venue
dans le sable
jusqu’à ce qu’elle cale
ses roues.

La voilà
qui ouvre
ses volets de bois
à la vue
et à la joie
de tous.

Et nous accourons
pour une autre
promenade
après notre baignade,
la peau encore
étoilée de sel,

l’esprit ivre
du souffle
de la mer.
L’escalier étroit
craque
sous nos pas.

À l’intérieur,
le silence
déploie
en un instant
son éventail
de pages.

Entre les étagères,
le petit Rémi
vient
à notre rencontre
sur son chemin de pluie
et il s’exclame

devant notre âme
qu’il a reconnue :
-C’est toi, ma famille !
Dans un ouvrage
à la couverture
brune,

Heidi danse
sur un rayon de lune,
chargée d’un bouquet
d’edelweiss
cueillis tout en haut
du monde.

Et dans un livre
brillant
comme une enluminure,
Jean Valjean
nous présente
Cosette

qu’il tient
par la main
à travers le temps.
Là-bas, au large,
la mer blanche
célèbre

le bon choix
de chacun
avec ses paillettes
qu’elle accroche
aux embruns.
Il est l’heure

de s’en revenir
sur sa serviette
multicolore,
de disperser
les grains
de sable

espiègles
qui cachent
les mots.
Vois comme le vent
tourne lui-même
nos pages !

Il nous invite
à lire,
à nous en aller
plus loin
avec nos héros
ou nos héroïnes,

avant que la vague
ne roule vers nous
et ne signe
la fin du jour
alors que l’histoire
commence…

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un troublant été

Y aura-t-il un autre été ?

Y aura-t-il un autre été ?
Je ne sais.
Ce qui est sûr,
c’est que le reflet des feuilles
du pommier
changera toujours
selon l’éclat
de chaque seconde
dans le vent,
qu’il n’y aura jamais
le même nombre
de gouttes
dans le murmure
de la fontaine,
que le chemin
s’évanouira
comme un rêve
dans l’ombre
du soir
et que si ces fleurs
se ressemblent,
telles des sœurs,
elles ont toutes
une lueur unique
qu’elles entretiennent
encore
derrière tes paupières,
avant de se clore
et de pencher
leur corolle
vers la terre.
Alors,
y aura-t-il un autre été ?
Je ne sais.

Géraldine Andrée

Publié dans Un troublant été

Dans le domaine de La Sperenza

Dans le domaine de La Sperenza,
il y avait le muret roux le long duquel couraient les lézards ;
le craquement des pins quand le vent venu de la mer se faisait plus vif ;
le chemin des menthes où nous allions ensemble ;
le soleil qui allumait un reflet mordoré sur les pastèques coupées ;
le panier d’osier où se nichait le pain frais ;
les pieds nus sur la terrasse ;
l’ombre de la chambre qui laissait s’avancer un peu de lumière pour la suite du roman;
les volets vénitiens cachant le silence d’un rêve lorsque la chaleur s’annonçait ardente dès le matin ;
le parfum du lait de corps après la baignade ;
le chant d’un brin d’herbe entre les lèvres au cours de la promenade ;
les légendes mystérieuses que l’on se racontait au sujet de la falaise ;
la Dame Blanche que l’on croyait voir apparaître depuis le rivage ;
les cigales qui conversaient peut-être avec les étoiles ;
l’arrivée de Victor et les sourires échangés sans que l’on ne se dise rien ;
le cœur qui battait soudain pour un simple baiser sur la joue ;
puis l’attente jusqu’à ce que toute la famille s’endorme ;
la bougie qui s’éteignait toute seule, bien longtemps après que nos pas avaient franchi le seuil ;
les corps abandonnés sur l’océan du drap ;
le réveil à l’aurore par l’eau qui arrosait les roses.
Dans le domaine de La Sperenza, il y avait l’espoir que les vacances durent toujours :
il suffisait pour cela de bercer chaque instant du jour comme un nouveau-né.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Journal de mon jardin, musique, peinture, Poésie, Poésie-thérapie

La fontaine ressuscitée

Hélas !
La fontaine est sèche,
depuis le temps
que le jardin est fermé !

Elle n’est plus
que pierres empilées
sous lesquelles
grouillent

des fourmis
rouges
qui transportent
des brindilles !

La prière
de mon cœur
n’a pas la force
nécessaire

pour faire jaillir
son eau
dans la lumière.
Alors, avec mon crayon,

je trace
d’un trait
le contour
de sa vasque

et en guise
de jet,
je compose
un svelte

poème
qui tombe
dans le cercle
puis s’élance

vers le ciel
blanc
du papier.
Voilà.

J’ai ressuscité
dans le plus grand
silence
le chant

de la fontaine
oubliée.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la Lorraine, Psychogénéalogie, Toute petite je

Sans titre

Toute petite, j’assistais à tes séances de bricolage. Je me souviens comme tu soudais. De crépitantes lueurs jaillissaient de tes doigts. Tu viens du pays des forges, des flammes qui se lèvent haut. J’appartiens, moi aussi, par ton sang, à ce pays de suie et de feu, à cette succession de villages et de villes qui se terminent par -Ange (Algrange, Volmerange, Gandrange, Hayange), à ces paysages constellés d’étoiles noires, tombées sur les toits et les chemins. Maintenant, tu es feu. Mais lorsque je traverse cette région en voiture ou en train et que je vois le soleil briller sur l’acier rouillé, il me semble que ta main invisible soude dans une myriade d’étincelles mes jours reliés à toi depuis le ciel.

Géraldine Andrée