Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Les poèmes de mon père

Le soir, avant de m’endormir, je demande à mon père de me faire signe.

J’attends quelques instants ; je respire.

Puis, j’ouvre mon anthologie de poèmes regroupés par jour, par saison, comme dans un agenda de floraison.

Et un poème vient à ma rencontre. C’est, souvent, un poème qui évoque l’automne, où mon père est né et mort.

J’entre alors, corps et âme, dans « les eaux du temps » de Maurice Carême, « les taffetas morts » et les flammes levées des lampes de Luc Bérimont, « le sourd frémissement des forêts » de Théophile Gautier. Je comprends ce que signifie l’absence, et les frêles lueurs qu’elle laisse dans le temps.

Je lis et relis, par exemple, les Pensées d’automne du 10 novembre, date à laquelle mon père a donné la main à son ombre.

Puis, un autre signe m’est envoyé. Le soir de la journée du 30 mars qui s’achève pour moi, le poème Les Hirondelles, extrait du Livre de mon père d’Emile Henriot, rend mon âme légère comme des ailes qui reviennent.

C’est ainsi qu’éclot dans ma solitude une grande certitude :

chaque poème est mon père retrouvé

entre mes mains qui tiennent le livre ouvert.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Tout ce qui a été effacé

Tout ce qui a été effacé
tout ce qui a été volé à ton regard
tes rêves tes projets tes désirs
tes créations tes poèmes tes affirmations positives

tout ce que tu regrettes
et qui t’empêche de vivre
pleinement ton présent
laisse

quelque part
dans l’univers
une trace
de lumière

qui s’apprête
à revenir
vers toi
demain

ou plus tard
dans le dessin
d’un chemin
à suivre

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Dans mon rêve

Dans mon rêve
de ce matin
je me voyais écrire
sur mon cahier blanc
comme une fenêtre ouverte
sur l’océan

tout ce que je désirais
vivre
et je voyais se dessiner
dans l’encre
de chaque phrase
la frêle trace

de mes pas
sur la fine terre
de l’allée
qui mène à la maison
où tu résides
pour tout le temps

que je dois vivre
et c’est ainsi qu’avançant
de mot en silence
de silence en mot
je te voyais me transmettre
l’essentiel

d’un ciel de printemps
comme si ma page
était devenue
ta fenêtre ouverte
sur le chemin
du temps

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Il me tarde d’avoir de tes nouvelles

Il me tarde
D’avoir de tes nouvelles
Je ne peux t’en donner
Car bien que je possède
De l’encre et du papier à lettres
Je n’ai pas ton adresse
C’est donc à toi
De m’envoyer ton message
Dont je sais
Qu’il sera sans ligne
Peut-être
Juste un signe
Très bref
Alors je me fais
A chaque instant
Fenêtre
Pour te laisser
Libre d’apparaître

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Le journal de mes autres vies, Mon aïeul, mon ami., Un cahier blanc pour mon deuil

Les soirs anciens

Quand j’écoute
l’Ami
m’évoquer
les soirs anciens
je revois
les visages
qui se touchent
dans la lumière
de la lampe
rouge
et ce souffle
des lèvres
qui précède
chaque mot
Alors
je me dis
que ce que j’ai vécu
n’est en rien
un mirage
un tour
ambigu
que me joue
ma mémoire
mais un présent
absolu
qui m’éclaire
jusqu’à l’aurore
quand je me souviens
avec remords
des jours
qu’il me semble
avoir perdus

Géraldine

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Autrefois

Autrefois
n’est pas mort
avec ta mort

Il demeure
encore
dans la chambre

de ma mémoire
ta lampe
allumée

le temps
que tu finisses
ton journal

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Cette phrase de mon père

Cette phrase de mon père
qui me revient
soudain
comme s’il était là
près de moi
ancienne enfant
qui ai si faim
aujourd’hui
de vie
de bonheur
à faire grandir

Tu vas avoir !

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Je ne savais pas

Je ne savais pas
dans toutes
ces cartouches
d’encre
que j’ai achetées
l’an dernier
qu’il y aurait
tant de gouttes
pour des mots
qui te seraient destinés

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal d'une maison de retraite, Un cahier blanc pour mon deuil

Le tableau des rêves

Tu m’as demandé des crayons de couleur pour peindre le vaste océan.

Tu veux recréer le tableau de la plage de ta jeunesse, ce souvenir que tu as toujours rêvé de retrouver.

Tu veux faire renaître les bleus mêlés au soleil, l’ocre du sable mouillé et par quelques fines touches de glacis, les éclaboussures de la vague sur les chevilles.

Je t’ai acheté les crayons de couleur. Mais ils sont inutilisables car tu ne peux plus colorier. Ta main tremble, désorientée. La vague de la maladie t’a rattrapée.

Tu as trop tardé pour raviver le pays de tes vacances qui demeure intact dans ta mémoire morcelée.

J’aime croire que tu reviendras dans une autre vie pour peindre ce tableau. Tu es même pressée. Tu dis

« Je voudrais mettre au monde de grandes choses. »

Tu écoutes le murmure de l’océan en toi et tu veux y répondre. Tu as des projets.

Je crois qu’il n’est jamais trop tard pour Demain en ce monde.

Aujourd’hui, je t’ai acheté un tableau qui représente l’Atlantique. Ce sera ta fenêtre ouverte.

Et je vous le dis, à vous qui vous aventurez par hasard ou choix ici :

Ne remettez pas à plus tard vos désirs. Prenez vos crayons de couleur et créez tout de suite le tableau de vos rêves.

Soyez le regard et l’océan.

Soyez la force qui fait que votre rêve devienne vérité.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de ma résilience, Un cahier blanc pour mon deuil

Tenir un journal de ton absence

Tenir un journal de ton absence
et m’apercevoir
au fil des mots qui me mènent
vers tes gestes tes paroles notre histoire
que tu es toujours présent

Géraldine Andrée