J’ai écrit pendant des nuits. J’espérais que mes mots atteignent la lampe de la fenêtre d’en face, qu’ils roulent le long du périphérique, traversent la métropole pour toucher un cœur qui bat quelque part,
un regard.
Or, il n’en était rien.
J’en ai noirci, des pages et des pages dans la nuit. Lorsque mes mots s’approchaient de la flamme d’une bougie, ils n’allaient pas plus loin. Ils retombaient, les ailes repliées. Comme brûlés.
J’ai même créé des pages virtuelles, pour que ces mots fendent de leur vol tout l’espace qui existe et qu’ils atterrissent de l’autre côté de la planète.
Mais le silence était de mise. Il ne me revenait aucun signe de leur réception.
Un jour, j’en ai eu assez. Lorsque Maman est morte, je me suis dit que j’allais écrire pour moi. Rien que pour moi.
J’ai commencé à tenir un cahier de deuil, un cahier bleu Clairefontaine au cœur duquel je notais tout ce que je traversais. Mes émotions. Mon abandon. Mes différents renoncements.
Je ne cherchais rien d’autre.
Je ne cherchais plus l’autre.
Les mots ne regardaient que moi.
Puis, je me souviens de ce dimanche matin. Ce mail des éditions Advixo qui me demandaient d’écrire la vie de ma mère parce que le comité de lecture avait apprécié l’extrait de mon journal que je lui avais envoyé par hasard. Comme ça. Sans rien attendre. Le geste de cliquer sur la touche Envoi s’était suffi à lui-même.
Ainsi a commencé l’aventure.
Ainsi a débuté l’envol.
Rivée à ma chaise.
Courbée sous la lampe.
Des nuits à écrire.
Des nuits à me souvenir des souvenirs d’enfance que Maman m’avait racontés dans sa cuisine remplie de buée.
Des nuits à rallumer sa mémoire, elle qui est partie sans mémoire.
Des nuits à retracer le chemin de sa voix.
À travers les mots, c’étaient les yeux de ma mère qui me regardaient désormais et qui me disaient :
« Fais de mon histoire une hirondelle, s’il te plaît. Ouvre la cage de ton cahier quadrillé et laisse ma vie s’envoler vers le monde. »
Aujourd’hui, en cliquant sur le mail que m’a envoyé l’éditeur, j’ai su que Le Regard de ma mère était présent en vrai, sur les étagères des librairies à Genève, Lausanne, Fribourg.
J’aimerais traverser de mon doigt la photo pour toucher le livre, le visage de Maman sur la couverture, le grain du papier comme celui de sa peau, jadis.
Les yeux de ma mère là-bas regardent passer les lecteurs dans les dédales de la librairie pour les mener à mes mots.
Des yeux bleus comme ceux qu’elle posait sur moi en lavant la vaisselle, en me grondant ou en resserrant mon écharpe autour de mon col, juste avant que je n’aille à l’école :
« Surtout, ne t’enroue pas ! »
C’est elle, le guide.
J’ai toujours gardé l’espoir de voir réapparaître ma mère, alors qu’il m’arrive d’entendre sa voix en rêve.
Je me demande au réveil : se réincarnera-t-elle ? En quoi ? En qui ? En une autre femme ? En fleur ? En hirondelle ?
Aujourd’hui, j’ai la réponse : ma mère s’est réincarnée en livre dans lequel mes mots longtemps invisibles
Qu’est-ce qui me motive à écrire des billets jour après jour, semaine après semaine ?
Ai-je envie d’être lue ? Peut-être, mais ce n’est pas ma seule motivation, car je n’ai pas tant de lecteurs que cela… Alors, hormis la quête d’un éventuel lectorat, quelle est cette force instinctive qui me pousse à aller sur mon tableau de bord et à cliquer sur le signe + pour rédiger un billet ?
Afin de trouver une réponse parmi d’autres, je remonte au souvenir de la création de mon premier blog en 2007. Celui-ci était alors hébergé par skynet, plateforme qui a, depuis, fermé ses portes pour les blogueurs.
Jusqu’en 2007, j’écrivais en secret. Certes, j’avais participé à quelques concours littéraires qui m’avaient très honorablement primée. Mais mes textes étaient réunis dans différents cahiers, comme pendant mon adolescence. Des cahiers de toutes les couleurs, de tous les formats, de toutes les textures, souvent raturés.
Parfois, il me venait l’envie de dactylographier ces brouillons. Alors, je les tapais sur ma machine à écrire noire de jais avant de faire dupliquer et relier leur version définitive dans un magasin de photocopies. J’en ai retrouvé beaucoup dans des porte-documents datant de plus de vingt ans ou réunis dans une maquette plastifiée, dont la spirale avait quelque peu rouillé ou s’était détachée du papier.
Attendrissement.
Cependant, quelque chose en moi trépignait. Mes textes – nouvelles, poèmes, récits, débuts de roman – avaient beau être classés, le silence de mon secrétaire profond les recouvrait d’oubli.
En 2007, après la lecture du livre d’Eva Arcady, Dépendance affective, oser être soi pour s’en libérer, qui répertoriait en annexes certaines références dont le blog de peinture spirituelle de cette autrice, je suis allée sur la plateforme qui hébergeait son travail.
Je me souviens. C’était un dimanche pluvieux de printemps. Cette simple question m’a saisie :
Et si je créais mon blog, moi aussi ?
C’est ainsi qu’est né https://lavieartistiquedegeraldine.wordpress.com/ (La vie, œuvre poétique), réunissant des poèmes de tous les styles, de tous les genres, de toutes les formes. Certains furent le point de départ de la publication de recueils ultérieurs. À cette époque, j’achetais dans des boutiques d’art des images que je scannais puis téléchargeais. Je passais beaucoup de temps à développer ma créativité. La vie de ce blog « s’épanchait dans la vie réelle » pour reprendre une expression du poète Gérard de Nerval. La vie artistique de Géraldine reflète vraiment l’évolution de mon écriture sur dix-sept années. Quand je relis des billets datant de 2007-2008-2009, je suis surprise par mes trouvailles et mes maladresses. J’ai l’impression que c’est une autre qui a écrit tous ces billets et que je ne suis plus « cette femme-là ».
Ensuite, me projetant déjà inconsciemment dans la publication de livres, je décidai de donner au blog une ligne directrice, un thème, une tonalité.
C’est ainsi que le blog initial La Vie artistique de Géraldine, migré chez WordPress, a tissé de nombreuses ramifications.
Un autre blog est né, consacré, lui, à des textes plus intimistes, sensoriels et nostalgiques : https://sensualitedesmots.wordpress.com/ (Les mots sont sensuellement possibles), alors que le blog précédent était davantage dédié à une inspiration cosmique, artistique et spirituelle.
Puis, j’ai créé un blog de poèmes courts, si brefs que leur concision est à la limite du haïku : https://petitesobservationsdujour.wordpress.com/ (Pensées du jour neuf). Je voulais produire un effet saisissant sur mon lecteur, au moyen de textes proposant une réflexion philosophique et introspective sur l’universalité de la condition humaine.
Enfin, le site https://quevivelavie.wordpress.com/ (Que vive la vie en vous) a vu le jour, dans l’objectif de relier la littérature au développement personnel.
Et ce site https://lencreaufildesjours.com (L’Encre au fil des jours) a professionnellement mis l’écriture au service d’autrui, dans une perspective biographique et thérapeutique.
Le point commun de tous ces sites montre combien les mots nous rendent intemporellement vivants. Chacun de mes blogs converse avec les autres, par la parution de billets appartenant à un site sur la page respective des autres sites, permettant ainsi une promenade littéraire, si le lecteur le désire.
Alors, pourquoi je blogue ?
Autant en identifier les raisons puisque je passe beaucoup de temps à cette activité non lucrative (chaque Newsletter est gratuite et le restera).
Je blogue parce que
J’aime publier autrement.
J’aime créer et développer mon activité avec une visibilité immédiate.
J’aime devenir le témoin de mon écriture, tandis que mon écriture se fait le témoin de ma vie et que le lecteur se fait le témoin de la vie de mon écriture.
J’aime mettre mon identité en ligne (une façon d’exister, d’afficher ma singularité dans une relative discrétion car, après tout, ces sites, il faut les trouver sur l’immense Toile !).
J’aime jouer avec les différents caractères des lettres.
J’aime choisir une image adaptée à la tonalité de mon texte.
J’aime me familiariser avec les techniques de l’informatique et de l’intelligence artificielle (apprendre, toujours apprendre)…
J’aime relire partout ce que j’ai écrit, sans emporter de cahier, de classeur… Un écran de portable suffit pour rentrer en contact avec mon être intérieur, alors que je me languis sur un quai ou dans une salle d’attente.
J’aime considérer que mon blog est un grand cahier qui ne finira pas. Il n’y aura jamais de dernière page (à moins que je ne le décide).
J’aime mesurer tout le chemin parcouru dans mon pays de Poésitanie (clin d’œil à Saravati, ancienne blogueuse. Si jamais tu passes par là, sache que je ne t’ai pas oubliée).
Tu peux m’objecter, cher lecteur, que les textes publiés sur Internet sont virtuels, fragiles. Ils peuvent disparaître comme ils sont apparus, dans le battement d’ailes d’un instant.
C’est vrai. Mais le papier que tu tiens entre tes mains peut se déchirer, brûler, se perdre, lui aussi. De surcroît, ne jaunit-il pas avec le temps ? Les mots ne s’effacent-ils pas au fil des ans ? Je connais des lettres d’amants dont l’encre s’affadit à fleur de blanc… Il ne reste plus que la frêle empreinte de leur passage dans une neige un peu brune…
L’écriture n’est pas indélébile, car la vie est éphémère.
Et toi, pourquoi blogues-tu ? N’hésite pas à me faire part de tes réflexions. Nous pourrons ainsi créer ensemble un petit atelier d’écriture… en ligne !