Adieu mon enfance telle que tu as été avec tes larmes et tes secrets enfouis dans les cheveux de mes poupées
Adieu ta bicyclette rouge dont les secousses montaient jusqu’à mon coeur lorsque je dévalais la pente du Crève-Coeur
Adieu mes peurs qui criaient en silence dès que la lune baignait de sa clarté rousse ma chambre
Adieu les maux de ventre quand j’avais été trop gourmande de sirop à la menthe
Adieu le petit théâtre de marionnettes qui ouvrait pour moi seule son rideau pour me divertir de la solitude
Adieu aussi mes conversations avec les arbres lors d’une fugue dont je ne revins jamais tout à fait
Adieu les boucles emmêlées qui me faisaient hurler sous le peigne la bouche entourée de terre les écorchures
les mensonges pour éviter d’être punie les Mange ta soupe Elle est bonne les chaussures trempées par la pluie d’automne qui me donnaient le rhume
Adieu les fièvres les brûlures des gifles sur les joues les éclaboussures de boue sur la robe qui me condamnaient à me coucher avant les premières étoiles
Adieu les devoirs les mots barrés les zéros les remarques dans le carnet gris et qu’il fallait présenter à la famille à la fin d’une longue journée d’hiver
Adieu la sensation troublante à la fois exquise et douloureuses que mes seins poussent lorsque je passe mes doigts à l’échancrure de ma chemise pendant la sieste
Je suis devenue une autre Mais de toi j’ai gardé la force des rêves le mouvement de sève de la liberté dont j’ai hérité lors de mes échanges avec le vent ivre du chant des tiges
Maintenant je suis capable d’être seule et de m’accompagner Et je sais que si je reviens un jour dans un autre corps après ma mort j’aurai une autre enfance qui me fera grandir jusqu’à mon âme