Il se fait tard
Alors sur ma page
où se dessine
un chemin à l’encre fine
un rayon de lune
m’accompagne
Géraldine Andrée
Il se fait tard
Alors sur ma page
où se dessine
un chemin à l’encre fine
un rayon de lune
m’accompagne
Géraldine Andrée
Ma mère et moi déplaçons nos chaises selon le mouvement des nuages devant le soleil.
Soudain, ma mère me demande :
-Qui est cette Autre assise à côté de toi ?
Je lui réponds de ma voix qui se veut la plus calme :
-Mais Maman ! Il n’y a que nous deux !
A moins que… ma mère ne voie une véritable amie d’âme, invisible pour moi qui me sens seule parfois…
Ma mère me donne des nouvelles de ses parents qui ont, paraît-il, loué un studio dans la grande avenue et font leurs courses tous les jours dans la petite épicerie qui n’est qu’à quelques pas d’ici.
Oui, ils sont bien revenus de l’au-delà, plus jeunes qu’autrefois.
Si tu le veux bien , on organisera un déjeuner dimanche prochain, puisque ce sera Pâques.
Tu pourras te libérer, j’espère… Il faut que je prévoie le menu. Et si je faisais un soufflé aux pommes de terre ? Après, on partira pour une promenade…
On est le quatre août mais peu importe. Claire et Pierre s’annoncent à notre porte dès la première note de cloche.
Ma mère s’inquiète de savoir si l’arbre sur la place du village de son enfance a dépassé les tuiles de sa maison.
Puis, elle se plaint que ses ongles sont trop longs.
Alors, je les lui coupe.
On est tranquille. Ils peuvent repousser au rythme monotone des jours
pendant que la mémoire gambade dans un autre temps
où les morts sont bien vivants.
Géraldine Andrée
Quand l’enfance s’en est-elle allée ?
Est-ce lorsque j’ai rangé toutes mes poupées ?
Ou quelques jours avant,
lorsque, dévalant la pente à bicyclette,
j’ai senti le soleil monter dans mes reins ?
Ce qui est certain,
c’est que je n’étais plus une enfant
après la première goutte de sang carmin
sur ma jambe…
Et encore,
je cherchais le visage des fées
dans les édredons des nuages
bordés d’or
tandis que rien
dans le ciel
ne laissait présager
cet événement.
Mais pendant que je me baissais
pour tracer
la marelle
à la craie
et que j’y sautais ensuite
à cloche-pied,
je ressentais une présence
dense
tout près de mon coeur.
C’étaient – je m’en aperçus
au cours des baignades –
mes seins naissants.
Laquelle des deux,
mon enfance et moi,
a quitté l’autre
d’abord ?
J’ai seulement souvenance
que nos pas, un jour,
se sont confondus
au moment
d’emprunter
le chemin bleu.
Puis, je me suis perdue
au point
que le toit
de la maison
s’était échappé loin
de mes yeux.
J’ai bien sûr eu peur
de ma soudaine
indépendance
et à mon retour,
bien que l’on m’ait trouvée
la même,
je m’éprouvais un peu
différente.
En septembre,
j’étais trop grande
pour porter mon manteau
d’école
et je l’ai laissé
suspendu
sur le patère
de l’entrée.
C’est alors, je crois,
que j’ai pris vraiment
conscience
de cette absence.
Mon enfance s’en était allée
et il y avait désormais
entre elle et moi
la distance d’une vie
à combler.
Géraldine Andrée
Dans le calme d’aujourd’hui
je mire mon âme.
Ce jour ressemble aux jours de jadis
passés dans la maison
de mes feux grands-parents.
Le silence m’envoyait
le messages des arbres,
porté par les ailes d’une mésange.
Je n’attendais rien du temps,
aucune nouvelle,
sinon l’unique événement
d’une feuille
qui tombait inéluctablement
sur la page
de mon livre d’images.
Géraldine Andrée

Écrire une page puis une autre
Se lever pour préparer un café
Commencer à écrire une autre page
S’interrompre au milieu d’une phrase
Laisser un espace blanc entre deux mots
Comme un peu de ciel entre deux bourgeons
Pour boire une gorgée de café
Puis reprendre le fil du temps le fil de l’encre
Après avoir observé pendant quelques secondes
Un petit nuage de beau temps
Au-dessus de ce point du monde
Géraldine Andrée
La violette cachée dans l’herbe
me montre que toute existence a un sens
Tableau : Samoukan Assaad, Huile sur toile, 60×70, Damas, Syrie
Poème : Géraldine Andrée, Nancy, France
Relire dans Les Malheurs de Sophie
les phrases que j’ai déjà lues petite fille
c’est comme emprunter à rebours
un sentier de vacances
qui me mène à la lumière
de mes boucles
c’est revenir à chaque mot
sur les pas de l’enfance
et retrouver les feuilles de trèfle
les frêles cailloux les fraises douces
les bouquets d’angélique vive
les prunes dorées les abricots roux
que récolte en toute
clandestinité
Sophie mon héroïne
dans ces histoires
où elle joue à faire des bêtises
depuis toujours
et qui sont ensuite
déposés
au seuil de ma mémoire
en guise
de Présents
dérobés au temps
Géraldine Andrée
J’ai souvenance
des matins de mon enfance,
beaux comme les sous neufs
d’une bourse qui s’ouvre.
J’espérais toujours quelque chose
du scintillement d’une jeune aube.
J’avais tant de choix devant moi
que je ne savais que faire
face à la naissance
de cette lumière.
Baigner mon ours
dans la rosée fraîche ?
Suivre à bicyclette
ce sentier
pour aller à la cueillette
du trèfle mouillé ?
Déchiffrer l’alphabet
des racines qui s’enchevêtrent ?
Ou alors colorer des cailloux
de bleu, de rouge, de roux ?
J’attendais de ces matins
un véritable miracle
qui changerait mes peines
en joie,
qui détournerait le cours
des événements de la veille
jusqu’à l’embouchure
de tous les possibles,
qui multiplierait le soleil
dans une seule goutte.
Et mon coeur battait
jusqu’à l’heure de la sieste
où le rêve remplaçait
mon heureuse attente.
C’est parce que j’ai eu foi
en ces matins de jouvence
que j’écris de préférence
quand le jour commence.
Et même lorsqu’il fait noir
dans le froid qui s’attarde,
je donne à ma page le pouvoir
de devenir fenêtre
pour qu’une clarté d’enfance
puisse à mes yeux apparaître.
Géraldine Andrée
Je suis allée
dans le jardin
écrire
à l’heure
de la rosée
Et quand
je suis rentrée
dans ma chambre
les yeux
bleus
de mes mots
pleuraient
Géraldine Andrée
J’ai rêvé d’un savon rond de Méditerranée,
un savon qui fleure bon le laurier-rose et la rose-thé,
un savon doux pour le retour des après-midi de plage.
C’est à cela que sert chaque page
de mon carnet de chevet :
noter tout ce qui est,
comme le sillage
qu’a laissé il y a bien longtemps sur la peau
une mousse de lumière et d’eau.
Géraldine Andrée