Il est des voix qui demandent à être écoutées, entendues, vues, comprises.
Des voix qui cherchent une plume pour voler au-dessus du monde.
Je suis une plume pour ces voix.
Je suis une plume pour votre voix.
Mais, afin que vous sachiez comment j’écris pour vous,
je vais vous présenter qui je suis.
J’ai coutume de dire que j’écris depuis l’enfance.
Et je considère l’enfance autant comme une période de vie que comme un pays. Très jeune, j’ai tenu des carnets de poèmes auxquels je mêlais dessins et images.
La poésie m’a toujours habitée. Et j’ai toujours habité la poésie. Mon intuition et ma sensibilité m’ont permis de pénétrer au cœur des choses, des plantes, des animaux ; de saisir le sens du vivant ; de donner des voix aux fleurs, aux arbres, aux chemins. C’est ainsi que j’ai obtenu, à l’âge de treize ans, le troisième prix du Pont des Arts de la ville de Longwy pour mon conte Le Bateau abandonné.
Je peux affirmer aujourd’hui que l’écriture a été un membre de ma famille.
Dès mon adolescence, j’écrivais des lettres pour des proches, des amis. Je composais des récits dans lesquels je les mettais chacun en scène. Je faisais même les rédactions de mes camarades.
Pendant les repas du dimanche, je lisais mes poèmes au dessert.
L’écriture fut le fil qui a réuni tous les membres d’une famille où l’on ne se parlait guère.
Mon cheminement de biographe a commencé par l’écriture poétique de ma propre vie.
J’ai autopublié un roman à dominante autobiographique Le Grand Retour (dont le thème est un amour toxique de jeunesse) et j’ai obtenu, parallèlement à cette publication, le Premier Prix de Poésie libre du CEPAL pour mon poème La Petite chambre du sud.
Puis, le temps passant, j’ai ressenti que chaque expérience vécue de manière intime, secrète, avait une résonance collective, que, pour reprendre l’expression du poète Arthur Rimbaud,
« Je est un Autre. »
C’est ainsi que, tout naturellement, j’ai commencé à écrire des biographies pour autrui, des livres de vie, que j’appelle des livres vivants.
Mes épreuves, la différente palette des émotions que j’ai éprouvées me permettent aujourd’hui de capter ce que mon prochain ressent, et donc de dire l’indicible, tout en retraçant son existence que je mets en lumière.
L’écriture biographique est, pour moi, un acte de transmission pure.
J’aime mettre en exergue les petites anecdotes, les détails, les motifs du quotidien qui créent une atmosphère. J’aime condenser le souvenir en quelques mots, l’encrer/l’ancrer dans une sensation vibrante. Sons, odeurs, couleurs, textures s’entremêlent dans un livre de vie pour composer une véritable fresque quand il s’agit, par exemple, d’écrire une biographie familiale.
Mes études de psychothérapeute m’ont ensuite amenée à cibler une dimension plus spécifique de l’écriture biographique : la dimension thérapeutique.
En effet, j’ai pu expérimenter combien le fil des mots permet de réparer la vie de la voix qui raconte et, par conséquent, toutes les vies qui gravitent autour de cette voix.
En écrivant pour autrui, je suis accoucheuse d’âme, c’est-à-dire que j’aide l’autre à accoucher de son âme dans un livre qui lui ressemble, qui porte sa signature énergétique. J’ai ainsi été sollicitée pour écrire des biographies spirituelles, ésotériques, dans lesquelles l’on touche la frontière du mystère qui sépare cette vie-ci de la vie dans l’au-delà. Pour cette raison, je dirais que je suis spécialiste de l’écriture de livres de deuil qui amorce nécessairement un processus de renaissance. Et je continue d’approfondir la mission de biographe qui se mêle à celle de doula (personne accompagnatrice dans les grands changements de vie qui impliquent le renoncement et le renouveau dans cette métamorphose de l’être).
Enfin, je pense qu’un livre de vie raconte non seulement le passé – incitant ainsi le narrateur à le solder, voire à s’en libérer – mais il l’invite également à écrire l’avenir.
Or, il est indispensable, pour créer cet avenir, de le comprendre. Une séance d’entretien biographique peut être l’occasion de mettre à jour certaines mémoires familiales par une analyse transgénérationnelle, afin de les déposer dans les pages et d’inventer ensuite sa propre histoire future, celle que l’on se choisit, et non plus celle que l’on subit parce qu’elle a été inconsciemment écrite par des aïeux qui, eux-mêmes, ignoraient le scénario qu’ils jouaient à leur insu.
Aujourd’hui, je continue à écrire des vies, des vies de proches et les vies de tous ceux qui viennent à moi.
La parution de la biographie de ma mère, Le Regard de ma mère, récemment publiée aux éditions Advixo, alimente également les biographies de terroir lorrain que j’initie pour tous ceux qui veulent mettre en voix cette mémoire à la fois individuelle et collective, personnelle et sociale, dont les circonstances, les coïncidences et les synchronicités les ont précieusement rendus dépositaires.
Géraldine Andrée Muller
