J’ai souvenance
des matins de mon enfance,
beaux comme les sous neufs
d’une bourse qui s’ouvre.
J’espérais toujours quelque chose
du scintillement d’une jeune aube.
J’avais tant de choix devant moi
que je ne savais que faire
face à la naissance
de cette lumière.
Baigner mon ours
dans la rosée fraîche ?
Suivre à bicyclette
ce sentier
pour aller à la cueillette
du trèfle mouillé ?
Déchiffrer l’alphabet
des racines qui s’enchevêtrent ?
Ou alors colorer des cailloux
de bleu, de rouge, de roux ?
J’attendais de ces matins
un véritable miracle
qui changerait mes peines
en joie,
qui détournerait le cours
des événements de la veille
jusqu’à l’embouchure
de tous les possibles,
qui multiplierait le soleil
dans une seule goutte.
Et mon coeur battait
jusqu’à l’heure de la sieste
où le rêve remplaçait
mon heureuse attente.
C’est parce que j’ai eu foi
en ces matins de jouvence
que j’écris de préférence
quand le jour commence.
Et même lorsqu’il fait noir
dans le froid qui s’attarde,
je donne à ma page le pouvoir
de devenir fenêtre
pour qu’une clarté d’enfance
puisse à mes yeux apparaître.
Géraldine Andrée