Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La porte de la petite armoire

La porte de la petite armoire vitrée demeure ouverte depuis plus d’un an, selon le même angle, comme si tu étais juste venu y prendre quelque chose – un clou, un tournevis, un outil.

Et je cherche sur la table l’ultime objet que tu as posé, mais je ne le trouve pas car il se confond avec tant d’autres objets que tu as placés là, des mois avant lui.

Telle est l’absence :
une porte ouverte dans l’invisible
et qui fait revenir le dernier souvenir
parmi d’autres souvenirs qui lui ressemblent.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Un cahier blanc pour mon deuil

L’astreinte

Quand elle me demande
où tu es,
je lui dis que tu travailles,
que tu es d’astreinte
les nuits
où les étoiles
sont les plus visibles.

Alors, elle s’écrie :
– Mais pourquoi
ne m’envoie-t-il
pas de carte
pour me dire
qu’il ne viendra pas ?
Je lui réponds

que ta carte
est en route.
Et d’ailleurs,
quand je vois
l’étoile du Nord
se placer
dans le ciel

clair encore,
je crois
que ta carte
est bel et bien arrivée
et que tu travailles
pour que chaque
circonstance

se rencontre
à point nommé.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Journal de ma résilience, Un cahier blanc pour mon deuil

Je te dis

Je te dis que les beaux jours
reviendront bientôt
même si l’on est en novembre
et que le froid rend plus aigu
le silence des absents.

Pour que ta folie s’apaise,
je t’annonce que les lueurs
des bougies de ce soir
précèdent l’aurore
et qu’importe que l’on craigne

ensemble
les jours devenus si courts,
je sais que le printemps
fera son retour
tôt ou tard

car tout est cycle.
Alors, pour éloigner
les signes
de la maladie
de ton regard,

j’efface la mort
et je la remplace
par « vacances »,
« envol »,
« carte postale ».

Je remplis
d’étoiles
un ciel du Sud,
je sème
du sable

et je déroule
des vagues
dans ta solitude,
puis je t’emmène
jusqu’à la terrasse

pour que ce mal
de la mémoire
t’oublie
aujourd’hui
-rien qu’aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

L’ami

Lorsqu’il faut que je me console
de ton absence,
je prends sous mon bras
ce vieil ami
qui sait garder
le silence,
mon cahier,
et je m’en vais loin
pour raconter
avec toute
ma sincérité
une histoire
où il est possible
que tu renaisses
en une feuille
dont le bourgeon
attend
patiemment
mes pas
pour éclore…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Sans titre

Souvent, je me dis :
Il faut que j’écrive
ce que je veux vivre,
donner avec ma plume
de l’élan à ma vérité.
C’est alors
qu’une petite voix
d’enfant
m’interrompt
et me murmure
comme si c’était
un secret
dont je devais
absolument
me rappeler :
Tout est déjà
écrit dans ton coeur !

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de la lumière, Poésie

Elle reviendra

Elle reviendra, la lumière, dans l’ancienne demeure.

Elle sèmera ses pétales d’or sur le fauteuil, la crédence, le tapis

et on croira que la jeune Annie

depuis longtemps partie

sera rentrée de promenade,

chargée de mille fleurs.

On retrouvera le chant de source du silence

à partir duquel la vraie joie commence

et lorsqu’on passera devant le miroir,

on reverra le visage de notre enfance,

celui d’avant la conscience de l’adieu

et du sourire que l’on garde à jamais en mémoire,

au-delà des yeux.

Elle reviendra, la lumière,

aussi inattendue qu’un étincelle qui s’allume

au coeur de ce que nous fûmes.

Il faut juste croire

en la grâce

que cache

la patience.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Journal de ma résilience, Méditations pour un rêve, Poésie

Ton pays

Ton pays ne figure sur aucune carte d’état-major
Aucune pancarte ne l’indique quelle que soit la route
On ne trouve pas de photo de lui sur Google Earth

Et pourtant je sais
son murmure de feuilles vives
le rire de ses cascades qui courent avec la brise

la couleur de sa terre dans la paume
la lumière que des oiseaux aux étranges plumages
annoncent très tôt

C’est comme si j’avais goûté ses fruits
croisé ses animaux sauvages
caressé son rayon de lune sur mon épaule

Pour ton pays nul besoin
d’un ticket de train
ou d’un numéro de porte d’aéroport au petit matin

Ton pays n’a ni tracé ni nom
mais sa langue déborde du silence
de ma chambre

pour me parler de la joie
de m’y rendre
Ton pays est en moi

Géraldine Andrée