Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie

Je suis attirée par la page

Je suis attirée par la page comme par l’infini.
Lorsque j’ai joué, ri et dansé sous les étoiles d’été, je reviens à l’encre.
Je profite de la moindre lueur pour noter tout ce que j’aime.

Et lorsque j’ai de la peine,
lorsque je cherche un astre dans la nuit noire,
je trace le chemin d’une phrase sans savoir où il me mène,

quitte à oublier qui je suis,
petit point gris dans la blanche lumière de l’espace
à partir duquel commence l’infini.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Ce message

Ce message 
dans le rêve de ma sieste :

une voix bien claire 
derrière l’ombre des persiennes

qui annonçait 
dans la chambre de mon coeur :

ton père est absent de cette terre
mais il est présent sous une autre forme.

Appelle-le :
il viendra à toi,

aussi léger 
qu’une lettre

qu’un souffle a dépliée
pendant que tu dormais.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Journal de ma résilience

Le pari

Dans le grand salon de l’Ehpad,

une dame vêtue de blanc

essuyant régulièrement

la bouche de son mari

qui bave

me dit :

« Est-ce que Dieu existe, ici ?

Est-ce qu’il existe

dans les varices,

le handicap,

l’arythmie,

l’amnésie,

l’aphasie ?

Est-ce qu’il existe

dans l’attente

de la prochaine visite ?

Dans les yeux anxieux

de Madame X.

qui fixe

la vitre ?

Pascal a dit

qu’il fallait en faire

le pari.

Si Dieu existe

ici,

alors, tant mieux !

Et s’il a oublié cet endroit,

on n’a rien perdu

d’avoir gardé la foi.

Toute notre vie,

après tout,

on l’a vécue.

Alors, le temps qu’il nous reste,

on peut bien le passer à croire.

Qui sait ?

Peut-être que Dieu

existe déjà

dans le regard

du nouveau venu,

un peu désorienté encore,

mais éclairé par la lampe

de notre table,

ce soir… »

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Un rien

Un rien
annonce
l’automne :

trois points
roux
sur les prunes,

l’herbe
qui s’incline
et parsème

la ligne
du chemin
de virgules

tremblantes
sous un soupir
qui se brise…

Un rien
annonce
le silence :

des points
de suspension
alors

que la phrase
s’élance
encore,

un espace
minuscule
comme

signe
que la page
se termine…

Et voilà
que malgré
l’attente

d’une suite,
tout
est écrit !

Mais
il suffit
d’un battement

de cil
pour reconnaître
la palpitation

des feuilles
d’une nouvelle
saison…

Un rien
suffit
pour désigner

le point
du jour
à l’horizon…

Un clignement
de l’oeil
qui encourage

ce souffle
en chemin
vers son message…

Géraldine Andrée

Publié dans Journal créatif, Journal de ma résilience, Un cahier blanc pour mon deuil

Ma carte postale pour ton pays

Il n’y a pas de carte postale pour le pays où tu es parti.

Alors, j’y mets les lumières, les herbes et les ciels que j’imagine.

Pour tes promenades, je veux un chemin de terre fine,

pour tes baignades, un reflet d’émeraude entre deux collines,

pour ton repos, le balancement d’une note argentine sur l’air d’une blanche matinée,

et puisque rien ne me dit que les ailes des oiseaux qui reviennent du Sud

pour la brève saison d’ici

m’apportent l’un de tes signes,

je signe mon poème avec ton nom.

Je fais ainsi de mon rêve une certitude,

et de ton absence un pays.

Guy

Géraldine Andrée