Tu es parti une nuit de novembre,
aussi vite qu’une étoile filante.
Que ce poème soit cette trace qui me manque.
Géraldine Andrée
Tu es parti une nuit de novembre,
aussi vite qu’une étoile filante.
Que ce poème soit cette trace qui me manque.
Géraldine Andrée
Lorsqu’il faut que je me console
de ton absence,
je prends sous mon bras
ce vieil ami
qui sait garder
le silence,
mon cahier,
et je m’en vais loin
pour raconter
avec toute
ma sincérité
une histoire
où il est possible
que tu renaisses
en une feuille
dont le bourgeon
attend
patiemment
mes pas
pour éclore…
Géraldine Andrée
Comment est-ce possible
que je voie de manière si précise
ce grain de beauté sur ton menton,
les reflets roux du jour
sur ton crâne chauve,
les deux boutons gris
en haut de ton col de chemise,
l’éclat de ton alliance
quand tu lèves la main gauche
pour verser le vin du dimanche,
la paire de lunettes que tu changes
avant de lire le journal ?
Derrière les verres épais,
ton regard me semble loin
en allé sur le chemin
d’une phrase
et pourtant, je le retrouve
lorsque tu as fini
de lire ton article
et que tu quittes
ta chaise
pour éteindre la lampe…
Comment est-ce possible
que je te voie ainsi vivre,
alors que tu es mort
depuis presque un an ?
Géraldine Andrée
Ma mère
dépose
au seuil
de mon sommeil
une liste
de courses
Pommes de terre douces
petites tomates rousses
pois en leur cosse
plus une botte
de persil
et au moment
où je lis
ce mot
je revois
le persil
bien vert
bien haut
qui déborde
du cabas
que tu portes
en reprenant
ton souffle
et que tu poses
sur le seuil
de la porte
Il n’est plus
le temps
où tu es mort
On dînera
bientôt
Géraldine Andrée
Je rêve que je me réveille tard.
Le soleil est déjà haut.
Mais il n’est pas trop tard. Vite !
Un café chaud
et bientôt la mer
qui fait le gros dos
en bas de l’escalier
de pierre,
puis le pique-nique
sous le parfum
des pins,
juste avant
la sieste
dans les herbes,
à l’écart des sentiers
de la promenade.
Ce soir,
ivre de lumière,
de marche,
de nage,
je noterai
dans mon cahier
les instants intenses
de ma journée,
jusqu’à ce que je m’aperçoive
que tout ce que je vis
m’éloigne de toi
à jamais
et qu’il est donc
de plus en plus tard…
Géraldine Andrée
Tu marchais
souvent
sur le carrelage
encore
mouillé
et les traces
de tes pas
s’effaçaient
au soleil
pendant
que les dalles
séchaient
J’ai rêvé
de ton passage
Dans la nuit
étincelaient
les preuves
que tu avais traversé
la cuisine
de l’enfance
tout juste
lavée
et je me laissais
guider
jusqu’au seuil
de la porte
qui mène
au jardin
et soudain
plus rien
Ta trace
avait disparu
comme si tu n’étais
jamais venu
J’étais seule
avec mes pas
Il n’y avait là
que l’allée
principale
qui s’enfonce
en plein jour
dans l’ombre
humide
des arbres
Je crois
que j’écris
pour te suivre
là où je ne vais pas
Géraldine Andrée
Elle est lointaine, ta voix qui me parlait de la beauté de l’arbre centenaire du jardin.
Elle date de plus d’un an, d’un été qui ne reviendra pas.
Mais tes mots remontent le courant du temps.
Alors que ton nom est gravé dans le marbre,
ils flottent comme des rubans de couleur dans le silence de ton absence.
C’est un bel arbre.
Géraldine Andrée
Tu me dis :
Et si on allait à Chaudeney ?
Là-bas, il n’y aurait plus de problèmes.
Pour toi, tout change à l’ombre bleue de la place de l’église.
On ne voit plus la vie de la même façon.
D’ailleurs, Jeanne t’attend encore sans doute
sous les feuilles bordées de roux du marronnier
en cette fin de mois d’août
pour échanger sur ce que réserve l’avenir.
Puis, soudain, tu te ravises.
Est-ce à cause de cette clarté devenue grise
à la fenêtre de ta chambre ?
Il faut d’ailleurs que je vérifie
si ton rendez-vous avec ta jeune amie
est bien noté dans ton calepin jauni.
Et tu ajoutes :
La place de l’église a sûrement changé.
Est-ce que vraiment je la reconnaîtrais ?
Tout passe tellement vite.
A chaque instant que l’on vit,
on n’est plus jamais le même.
Géraldine Andrée
Depuis que j’écris mes intentions dans ce cahier rouge, j’ai découvert que ma mission de vie n’était pas de « faire » mais d’ « être ».
Je me suis tant perdue à aider les autres, à me sacrifier pour eux que je veux aujourd’hui me retrouver, me centrer sur moi, profiter de la vie, avoir plus de plaisir, créer ma liberté et ma joie.
Qu’est-ce qui me fait vibrer chaque jour ?
Ecrire dans mes blogs, sur mes cahiers, voir couler l’encre d’un poème de ma main à ma page, lire de la poésie aussi sous la lampe basse d’une fin d’après-midi, découvrir ce roman récemment acheté, me lancer le défi de lire tous les livres que j’ai acquis au cours de ces années et que je n’ai pas encore lus, écouter de la musique, danser, écouter des vidéos de développement personnel, sortir au théâtre, aller à des concerts, manger de bons gâteaux, de la crème au chocolat, me promener, suivre les sentiers étoilés de chants d’oiseaux.
Vivre pour moi car je suis née seule et je repartirai seule.
Être au centre de mon existence en étant consciente de ma respiration et de mes sensations.
Toucher, voir, sentir.
Être sensible à la couleur du jour qui change, au mouvement d’un nuage devant la lune qui tremble comme un voile, au reflet du vin dans le verre, au parfum de l’herbe après la pluie, à la texture d’une peau, d’un tissu, au bercement de l’instant sur une sonate de Chopin.
Cesser d’accomplir à tout prix mais laisser le temps et la vie s’accomplir en moi.
Géraldine Andrée
Elle reviendra, la lumière, dans l’ancienne demeure.
Elle sèmera ses pétales d’or sur le fauteuil, la crédence, le tapis
et on croira que la jeune Annie
depuis longtemps partie
sera rentrée de promenade,
chargée de mille fleurs.
On retrouvera le chant de source du silence
à partir duquel la vraie joie commence
et lorsqu’on passera devant le miroir,
on reverra le visage de notre enfance,
celui d’avant la conscience de l’adieu
et du sourire que l’on garde à jamais en mémoire,
au-delà des yeux.
Elle reviendra, la lumière,
aussi inattendue qu’un étincelle qui s’allume
au coeur de ce que nous fûmes.
Il faut juste croire
en la grâce
que cache
la patience.
Géraldine Andrée