Le vent de l’été
Sur le chemin s’est levé
Où est donc mon père
*
Je dis
Je vois
sur le chemin
ma mère morte
comme si j’évoquais
une feuille morte
qui s’est détachée
de la lumière
Ma mère
et ses mains
flétries
étoilées
de taches rousses
après la lessive
Que voulez-vous
Il arrive
que les mères
comme les feuilles
cessent
de vivre
Aujourd’hui
ma mère est une feuille
que la vie dépose
sur la trace
de chacun
de mes mots
*
Toute petite
j’écrivais le long du chemin
dans l’herbe mouillée
dans les flaques
de neige fondue
dans les bosquets
de menthe
Je composais des phrases
avec de petits cailloux
des escargots ou des limaces
des fourmis rouges
des fétus de paille rousse
Un pétale
devenait un mot
une brindille
une virgule
un épi
une majuscule
une jeune pousse
une lettre minuscule
promise
à l’éclatante
croissance
Il n’y avait jamais
de point
Et j’allais si loin
en écrivant
que c’était moi ce point
sautillant
qui se jetait
dans l’espace blanc
d’un dimanche matin
À chaque fois que j’écris
en suivant
les pas
de cette petite fille
qui s’efface
je dis adieu
à un instant d’enfance
*
Écris dit-elle
il n’y a que cela de vrai
dans la vie
Ces mots
dont l’encre
passe
Tout le reste
n’est que rêve
Géraldine ANDRÉE
