Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Parlez ! Je vous écoute !

Faire écrire une biographie

Faire écrire une biographie, c’est faire apparaître celui ou celle que l’on est fondamentalement.

C’est ôter les préjugés que l’on entretient sur soi ; se délivrer des étiquettes ; avoir une autre perspective sur ce que l’on a vécu, un regard plus large sur chaque événement.

C’est découvrir des qualités méconnues en soi à travers le miroir de la mémoire : Tiens ! Je ne me savais comme ça !

C’est s’étonner du moindre détail qui nous transforme.

C’est naître à nouveau dans ce passé que le présent de l’écriture actualise.

C’est renouer avec l’éternel enfant unique qui se cache derrière ce nom de famille que l’on porte depuis tant d’années.

Faire écrire une biographie, ce n’est pas seulement raconter sa vie. C’est aussi se raconter, soi, de plus en plus vivant sous l’encre au fil des jours.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie, Parlez ! Je vous écoute !

Comment se passe, concrètement, l’écriture d’une biographie ?

Ecrire une biographie est un beau projet mais il peut sembler abstrait, surtout s’il est de longue haleine… Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

Vous me contactez par le formulaire de contact de ce blog ou par téléphone.

Ensemble, nous cernons le motif de votre écriture biographique (rendre hommage, laisser une trace, léguer un patrimoine immatériel à ses descendants, mieux se comprendre à partir de ses ancêtres).

Nous avons ensuite un entretien soit à mon domicile s’il est proche de chez vous, soit au vôtre s’il est proche et accessible, soit par téléphone, soit par Google Hanghouts ou par Skype pour les longues distances, de région à région, de pays à pays et pour vous éviter d’avoir à payer un prix aux kilomètres que je parcourrais pour venir jusqu’à chez vous, ce qui se révélerait très vite exorbitant – sauf si vous tenez à ce que l’entretien ait lieu dans votre cadre.

Ensemble, nous prenons le temps. Vous prenez le temps de faire remonter les souvenirs et moi, je prends le temps de vous écouter. Ne vous souciez pas de l’ordre de ces souvenirs. Laissez-vous guider par le flux de votre mémoire. Elle sait très bien ce qu’elle fait. Les images ne surgissent jamais par hasard. Si vous avez des trous de mémoire, je peux vous aider à la relancer à partir d’un détail anodin – une couleur, une plante, un nom – ou à partir d’un visage, d’un épisode, d’un lieu.

Je prends des notes de ce que vous dites. Et si vous l’acceptez, je vous enregistre.

Vous payez ensuite l’entretien et la séance d’écriture à venir via Ma boutique ou par ma page Paypal .

Je rédige la séance d’écriture et je vous la propose – soit par envoi électronique, soit par courrier ; dans ce cas, des frais d’impression et d’envoi sont ajoutés, de 5 à 10 euros – tout dépend de la distance et du poids.

Vous me suggérez les éventuelles modifications nécessaires.

Je vous renvoie le texte modifié dans les mêmes conditions que celles décrites ci-dessus.

Lorsque vous vous sentez prêt pour une nouvelle séance, vous reprenez rendez-vous.

 

Une biographie demande de l’investissement – en temps et en argent.

Mais sachez que c’est vous qui définissez votre rythme d’écriture.

Vous êtes libre de poursuivre ou d’arrêter à tout moment.

Aucun contrat ne vous engage sur la durée.

Vous ne payez aucun forfait mais à la séance.

Une séance se compose d’une heure d’entretien à 50 euros et de l’écriture qui suit à 50 euros. Vous dépensez donc à chaque fois 100 euros.

Si vous voulez faire double séance (deux heures), vous payez 200 euros.

Vous ne payez pas d’avance mais au fil des séances. Je n’applique aucun forfait.

Si vous souhaitez un devis, en cas de travail particulièrement intense, c’est possible mais vous paierez toujours à la séance. Pour information, sachez qu’une biographie complète de 250 pages environ demande 25 séances, soit 2500 euros en tout, mais toujours en paiement fractionné au rythme des séances.

Vous êtes donc libre de disposer de votre temps et de votre argent, de gérer cet investissement comme bon vous semble. Le travail biographique avec moi ne vous emprisonnera pas car les valeurs de la liberté me sont chères.

C’est votre vie que j’écoute et que j’écris.

Je restituerai toujours votre voix – jamais la mienne et ce, dans un constant souci de fidélité envers vos souvenirs.

Si vous souhaitez publier votre biographie, c’est tout à fait possible. Je peux le faire pour vous, soit par le biais de la création d’un blog , soit par auto publication (par e-book ou livre Broché). J’ai déjà publié moi-même certains de mes propres livres et des sites comme Amazon, Chapitre ou des maisons d’édition alternatives comme Edilivre proposent ces services gratuitement.  Je m’occupe, en ce cas, de la mise en page et de l’envoi, sauf opposition de votre part. Si vous souhaitez passer par un éditeur classique, c’est possible aussi mais les chances de publication sont plus aléatoires.

Je reviendrai sur nos droits d’auteur dans un autre billet intitulé Charte.

Je vous souhaite de tracer avec plaisir votre vie au fil de ma plume !

A bientôt,

à la fenêtre des mots !

 

Géraldine Andrée

L’Encre au fil des jours

 

Publié dans Je pour Tous

Je vous écris

le parfum d’une fleur,

la couleur de l’herbe au petit matin,

le murmure d’un chemin tôt emprunté,

la dentelle que la vague dépose sur vos souliers,

les promenades de l’ancienne enfance,

le souvenir des jeux où vous vous perdiez en riant,

la chaleur de la main tenue,

la rencontre de la flamme en hiver.

Je vous écris votre voix.

Je laisse, page après page,

derrière vos mots prononcés,

une trace unique

qui montrera demain au monde entier

combien, pas après pas,

vous avancez,

vous existez.

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie

Un cas concret d’écriture biographique : la forme achevée des souvenirs

Je soumets à Berthe, lors de la séance suivante, ces deux témoignages qu’elle valide car elle sent que sa voix est restituée. Il est désormais temps pour nous de définir clairement le projet qui doit appartenir, selon son souhait, au genre du « récit de vie ».

Dans cette optique, je demande à Berthe pour qui elle veut écrire : Berthe m’indique qu’elle veut d’abord écrire pour elle, pour se libérer de ce sentiment d’urgence qui l’habite depuis sa jeunesse, né de la peur d’être – comme elle l’a dit – « arrachée aux moments qui comptent le plus. » Elle ajoute que ce récit de vie s’adresse également à ses proches, surtout ses petites-filles auprès desquelles elle désire témoigner de l’éducation stricte qu’elle a reçue à son époque, éducation qui a façonné tant de jeunes filles dans un modèle, voire un carcan de « savoir vivre » qui empêchait l’épanouissement de l’Être.
« Que mes petites-filles prennent conscience de la chance elles ont d’avoir une éducation libérée aujourd’hui, une éducation qui leur donne la chance d’être à l’écoute de leurs désirs et de se rapprocher au plus près de ce qu’elles veulent faire, de ce qu’elles veulent devenir ! »

Ce récit intime possédera donc une dimension universelle, puisqu’il restitue la voix d’une jeune fille appartenant à l’ancienne génération et s’adressant aux jeunes filles de la nouvelle génération. De même, il illustrera un cahier d’or, « le cahier des jeunes années », substitut du journal intime perdu, que Berthe a préparé « pour laisser une trace de son passage sur cette terre » ; il accompagnera en tant que « légende personnelle » les trois photographies que je rends à ma narratrice.

Ensemble, nous définissons d’autres orientations à donner à l’écriture.

Les deux récits obéissent tout naturellement à une structure chronologique : le texte décrivant l’arrachement à la maison de Beaujour vient en premier ; lui succède le texte évoquant la délivrance du pensionnat du Luxembourg. Cette structure chronologique devient, de ce fait, circulaire, car les futures lectrices que sont les petites-filles de Berthe devineront qu’à cet épisode succédera un nouvel arrachement ; et ainsi de suite ; telle est, en effet, l’alternance qui a dominé la jeunesse de ma narratrice.

Cette structure chronologique conditionne aussi une structure thématique. Les deux textes seront construits sur des réseaux d’antithèses : la nuit qui s’annonce et le gris du pensionnat s’opposent à la lumière du jardin retrouvé ; les cheveux liés contrastent avec les cheveux déliés ; les vieilles galoches sont remplacées par de légères sandales d’été ; les motifs des fruits se gâtant et du brin de senteur se desséchant sont supplantés par le motif des senteurs qui s’exhalent dans l’air… Ces antithèses confrontent les deux univers qui ont marqué la psychologie de Berthe et l’ont intérieurement divisée. La douleur, exprimée sous forme d’images précises, pourra ainsi être mise à distance. L’écriture imagée donnera peut-être le pouvoir à Berthe de se sentir enfin en paix avec elle-même et réconciliée avec son adolescence.

Quel temps dois-je utiliser ? Nous décidons, d’un commun accord, que j’emploierai le présent pour les deux textes : un présent de narration qui aura pour effet d’actualiser le souvenir, de le rendre plus intense, de lui donner un effet d’immédiateté afin que, paradoxalement, il puisse perdre ensuite de son emprise.

Les deux textes seront-ils écrits en langue courante ou soutenue ? Berthe a reçu une éducation littéraire dans les institutions elle a fréquentées ; ses parents étaient lettrés ; son père lisait beaucoup et il était passionné d’œuvres d’art. Pour cette raison, le style sera soutenu, sans être pédant. Berthe demande à ce que les termes employés parlent à son coeur ; en effet, des « paysages – états d’âme » sont évoqués. L’emploi d’une langue poétique, qui ne sera pas ampoulée, conviendrait donc à l’expression d’une telle nostalgie. Mais cette langue exclut l’usage du vers dans lequel Berthe ne se reconnaîtrait pas. Une musicalité délicate – créée par les images, le rythme singulier de certaines phrases, les échos sonores – rapprocherait les textes du poème en prose, genre susceptible de donner à voir les deux univers. Lors de la séance suivante, j’apporte les travaux rédigés.

Je rentre toujours trop tôt au pensionnat.
Bien sûr, j’ai joué longtemps sous les branches et les ombres mauves du jardin annoncent la nuit.
Mais je rentre toujours trop tôt au pensionnat.
Mes bottines blanches du dimanche claquent sur les dalles grises du couloir. Il me faut promptement les enlever et chausser les galoches de la semaine. Quand je roule mes cheveux en chignon, une feuille perdue tombe de l’une de mes mèches et se dépose sur la vieille table de bois. Je range dans la profonde armoire, à mon grand regret, les robes légères promises à l‘oubli. Ma chère colline bleue a quitté mes yeux. La fenêtre de ma chambre s’ouvre sur d’autres fenêtres semblables et sur une cour très commune. Je rapporte souvent de la maison les premières cerises de la saison que je dispose dans une coupe. Hélas ! Elles se gâtent vite ! Les journées d’étude sont si longues que je ne songe pas à les manger… Il est aussi ce brin de senteur que je trempe dans un verre d’eau fraîche pour que son parfum se prolonge de jour en jour. Il se dessèche malgré mes soins. Et un soir, après un devoir, je m’aperçois que sa senteur s’est tarie. Je cherche, suspendu peut-être quelque part, le frêle fil de son parfum : en vain.
Je ne peux rien y faire. Je m’éloigne doucement du souvenir de mon beau dimanche. Et la perspective des vacances suivantes est si lointaine que je me sens, en les espérant, exilée de moi-même.
Je rentre toujours trop tôt au pensionnat.

Mais lorsque j’ai barré tous les jours d’étude du calendrier et que la dernière note de la cloche tinte dans les longs couloirs, je sais que c’en est fini de ma solitude : je rentre à la maison de Beaujour ! Madame Paule m’attend à la grille. Dès que je suis sortie du pensionnat gris, j’ôte mes vieilles galoches ; je chausse mes sandales fines que j’ai à moitié cachées dans mes poches devant Sœur Cécile; je monte dans la voiture blanche.
Pendant le voyage, le soleil fait danser ses rayons sur mon front et je fredonne sans cesse :
« La la la les vacances ! Tous les jours à Beaujour, ce sera dimanche ! »
Quand je pénètre dans ma chambre aux volets clos derrière les feuilles, je respire la bonne odeur de confiture chaude de reines-claudes.
Vite ! Je me débarrasse du poids de ma valise ; je vais à la penderie ; je décroche ma robe à bretelles et à volants fleuris !
Devant l’œil rond du miroir, je dénoue en un seul geste mon chignon et je cache l’épingle de fer noir dans le tiroir de la coiffeuse. Je retrouve comme de vieux amis mes cheveux longs, mes cheveux blonds.
Puis, je dévale l’escalier tout brillant de cire pour embrasser Flore, Alain, Cathou dont les doigts constellés de grains de farine se posent sur mes joues. Le chat se frotte à mes jambes. Je l’accompagne dans le jardin ou c’est lui qui me guide à pas de silence… Les senteurs des plantes s’élèvent, enivrantes, dans l’air. L’herbe, un peu sèche, craque sous mes pieds.
Au fond du jardin, la petite barrière est ouverte. Malgré l’interdiction, je sors en cachette. Comme il bat fort, mon cœur !
Je veux précéder le bonheur…

J’ai présenté ces poèmes en diptyque pour bien marquer l’opposition entre les deux univers. Je me suis surtout attachée à enrichir certaines images poétiques : en effet, Berthe a évoqué « l’emprisonnement » et « la liberté » à notre première rencontre et j’ai noté moi-même, en consultant les photographies qu’elle m’avait confiées, des mots comme « rigueur », « obéissance » opposés à des termes comme « insouciance », « rêverie ». Aucun de ces mots n’est fidèlement repris dans les deux récits de vie ; en revanche, tout un réseau lexical renvoie à chacun des deux thèmes que sont « l’emprisonnement » et « la liberté ». Et pour accentuer la structure à la fois thématique et chronologique, j’ai désiré matérialiser les sentiments, concrétiser les impressions : il en est ainsi du « frêle fil » du parfum dispersé dans la chambre au bout de quelques jours de captivité – motif ajouté par rapport au témoignage retranscrit, de même que « la cour très commune » vue en photo qui s’oppose aux « feuilles » voilant « les volets clos ».
J’ai voulu, en outre, préciser chaque sensation éprouvée par la narratrice : l’odeur de « confiture chaude de reines-claudes » est  « bonne » ; le miroir a un « œil rond » – personnifier le miroir renvoie ainsi la jeune fille à la reconquête de son identité et de sa féminité perdues lors de sa scolarité au pensionnat du Luxembourg. Les échos sonores comme les allitérations de fricatives (« le frêle fil de son parfum ») ou de palatales appuyant sur la voyelle du « o » fermé (« volets clos », « reines-claudes ») renforcent cette dimension sensorielle à laquelle Berthe était si sensible jadis et que le souvenir aiguise.
Quant aux phrases qui reviennent dans les textes ou qui constituent une chute, elles sont mises en valeur à chaque fois par un alinéa : il en est ainsi de la tournure répétitive « Je rentre toujours trop tôt au pensionnat » et de la phrase finale « Je veux précéder le bonheur ». Un parallèle peut donc être fait entre les deux temporalités précoces, le fait que Berthe rentre trop tôt du pensionnat – et donc qu’elle veuille encore s’attarder à la maison de Beaujour – contrastant avec son empressement à vivre à la fin du second texte.

Dix heures m’ont été nécessaires pour effectuer un tel travail : cinq heures ont été consacrées à ma rencontre avec Berthe. Ces heures comprennent l’entretien initial, la transcription des deux témoignages, la soumission des témoignages rédigés, le dessin de l’écrit et enfin la restitution de l’écrit définitif. Les cinq autres heures ont été consacrées à mon travail personnel – l’une fut utilisée pour l’analyse des photographies et de la situation personnelle de Berthe ; les deux autres heures ont été employées à la rédaction des témoignages ; les deux heures finales m’ont permis de rédiger les poèmes. Une telle exploration aura duré trois semaines.
Le 30 mai, Berthe a validé les deux récits de vie. Elle a ensuite acheté son cahier d’or dans lequel elle a mis en page les photographies et les poèmes. Il n’est pas exclu que j’écrive pour elle d’autres récits de vie. Elle m’a dit qu’elle avait retrouvé la même façon de rire que lorsqu’elle était jeune fille ; les mots avaient remplacé la nostalgie par la joie.
Mais à notre grand regret, l’aventure s’arrêtait là, sur cette difficile et néanmoins fabuleuse expérience qu’est le partage de l’indicible entre l’écrivain public et son client.

Telle est la démarche biographique de mon entreprise.

Donner des mots à la Vie !

Donner Vie aux mots !

Tel est mon rêve, depuis l’enfance.

Donc, à bientôt,

à la fenêtre des mots !

Géraldine Andrée Muller

Publié dans Berthe mon amie

Un cas concret d’écriture biographique : la transcription des souvenirs

Le lendemain, à l’heure convenue, entre deux gorgées de thé versé dans la tasse de porcelaine bleue, je transcris le témoignage de Berthe que je restitue ici tel quel, afin de transposer fidèlement le rythme de la phrase, le souffle de ma narratrice :

Je rentrais toujours trop tôt au pensionnat / Bien sûr / j’avais joué assez / et il faisait plus sombre dans le jardin / bientôt c’était la nuit / mais pour moi / il était toujours trop tôt / quand je rentrais au pensionnat.
Mes bottines blanches claquaient dans le couloir / vite / je devais les enlever et mettre les galoches de la semaine / je devais aussi me coiffer avec un chignon et je retrouvais parfois / dans mes cheveux / une feuille qui tombait sur la vieille table / les robes / il fallait aussi les ranger dans l’armoire / par la fenêtre de ma chambre / qui ressemblait à toutes les autres / je ne voyais plus ma colline bleue. Je rapportais souvent de la maison des fruits / les premières cerises / mais elles se gâtaient vite / les journées d’étude étaient trop longues / et j’oubliais de les manger / c’était pareil pour le brin de senteur / que je mettais dans un verre d’eau / pour qu’il sente longtemps / mais il séchait tout de même / et je m’apercevais / un soir/ au retour dans ma chambre / après un devoir / qu’il n’avait plus de parfum.
Je ne pouvais rien y faire / je n’étais plus libre / le dernier dimanche était passé / et les vacances prochaines n’arriveraient pas tout de suite. Plus je les espérais, plus je me sentais loin de chez moi / loin de moi-même.

Voici le témoignage de Berthe tel que je l‘ai ensuite rédigé :

Je rentrais toujours trop tôt au pensionnat. Bien sûr, j’avais joué longtemps et le jardin se faisait sombre. La nuit s’annonçait.
Mais je rentrais toujours trop tôt au pensionnat.
Mes bottines blanches claquaient dans le couloir. Il me fallait vite les enlever et chausser les galoches de la semaine. Je devais aussi me coiffer d’un chignon et de mes cheveux tombait parfois une feuille perdue qui se déposait sur la vieille table. Il fallait, à mon grand regret, ranger les robes dans l’armoire. Par la fenêtre de ma chambre qui ressemblait à toutes les autres fenêtres, je ne voyais plus ma chère colline bleue. Je rapportais souvent de la maison les premières cerises de la saison ; mais elles se gâtaient vite car les journées d’étude étaient si longues que j’oubliais de les manger. Il en était de même pour un brin de senteur que je mettais dans un verre d’eau pour qu’il diffusât son parfum. Il séchait malgré mes soins et je m’apercevais, un soir, alors que j’étais de retour dans ma chambre après un devoir, que sa senteur s’était tarie.
Je ne pouvais rien y faire. Je m’éloignais jour après jour de mon dimanche de liberté et je savais que les vacances suivantes n’arriveraient pas de sitôt. Plus je les espérais, plus je me sentais exilée, à la fois de la maison et de moi.
Je rentrais toujours trop tôt au pensionnat.

Je me suis efforcée, au cours de cette rédaction, d’être fidèle au ressenti de ma narratrice et à l’atmosphère dans laquelle elle vivait alors. Pour cette raison, j’ai respecté l’ordre des apparitions sensorielles. J’ai davantage enchaîné les phrases entre elles pour éviter une juxtaposition abrupte qui briserait, à mon sens, l’unité de l’évocation. Mais, à chaque phase, intervient un nouveau motif dont la symbolique est significative pour la narratrice d’un changement d’univers : les galoches, le chignon, les fenêtres monotones, les premières cerises dont Berthe anticipe le fait qu’elles se gâtent, le brin de senteur promis à la fenaison… La proposition « que sa senteur s’était tarie » est plus littéraire que l’expression initiale « qu’il n’avait plus de parfum » mais le verbe « se tarir » connote assez fidèlement l’assèchement psychologique qu’éprouvait alors la jeune Berthe lorsqu’elle rentrait dans cette chambre. J’ai substitué au terme « loin » (« loin de chez moi », « loin de moi »), l’adjectif « exilée » qui désigne un sentiment d’étrangeté à la fois spatial, temporel et affectif. J’ai également introduit une sorte de musicalité, représentative de ce sentiment répétitif « d’arrachement aux choses », par cette phrase qui prend la forme d’un refrain : « Je rentrais toujours trop tôt au pensionnat. »
Berthe utilise la phrase deux fois en changeant à la deuxième reprise sa tournure syntaxique (« Il était toujours trop tôt quand je rentrais au pensionnat »). Cette reprise est significative, bien sûr, et j’ai trouvé pertinent qu’une telle phrase achevât le témoignage : elle traduit le caractère à la fois répétitif et précoce d’un retour qui accentue la nostalgie d‘alors, éprouvée de manière toujours aussi vive par Berthe en tant que souvenir.

Le témoignage de Berthe se poursuit à la séance suivante. J’en reprends la transcription :

Mais lorsque j’avais barré tous les jours d’étude du calendrier / et que la cloche sonnait / dans les couloirs / je savais que je ne serais plus seule / et que je rentrerais chez moi. Madame Paule m’attendait à la grille. Dès que j’étais sortie du pensionnat / je me déchaussais / finies les vieilles galoches / et je mettais mes sandales que j’avais cachées à demi dans mes poches / devant Sœur Cécile. Je montais dans la voiture blanche / pendant tout le trajet / je sentais le soleil sur mon front / je fredonnais / la la la les vacances / tous les jours à Beaujour ce sera dimanche.
Dès que j’entrais dans ma chambre aux volets fermés / et qui sentait bon / la confiture chaude de reines-claudes / je me débarrassais de ma valise / j’allais à la penderie / je décrochais ma robe à bretelles / et à volants fleuris / devant le miroir / je dénouais vite mon chignon / je cachais ensuite l’épingle dans le tiroir de la coiffeuse / je retrouvais mes cheveux longs et blonds.
Je descendais à toute vitesse l’escalier ciré / pour embrasser Flore / Alain / Cathou qui avait sur ses mains des grains de farine collés / je les sentais sur mes joues / le chat se frottait à mes jambes / j’allais avec lui dans le jardin / l’air était saturé de l’odeur des plantes / j’entendais le bruit de l’herbe sèche sous mes pieds.
La petite barrière était ouverte au fond / je sortais en cachette / même si c’était interdit / mon coeur battait fort / je voulais être en avance pour toutes ces choses joyeuses qui s’annonçaient.

Voici le deuxième témoignage de Berthe tel que je l’ai rédigé ensuite :

Mais lorsque j’avais barré tous les jours d’étude du calendrier et que la cloche tintait dans les couloirs, je savais que je ne serais plus seule et que je rentrerais à la maison de Beaujour. Madame Paule m’attendait à la grille. Dès que j’étais sortie du pensionnat, j’ôtais mes vieilles galoches ; je chaussais mes sandales que j’avais à moitié cachées dans mes poches devant Sœur Cécile ; je montais dans la voiture blanche.
Durant tout le trajet, je sentais le soleil qui promenait ses rayons sur mon front et je fredonnais : « La la la les vacances ! Tous les jours à Beaujour, ce sera dimanche ! »
Quand je pénétrais dans ma chambre aux volets fermés, je respirais l’odeur de la confiture chaude de reines-claudes.
Vite ! Je me débarrassais du poids de ma valise ; j’allais à la penderie ; je décrochais ma robe à bretelles et à volants fleuris.
Devant le miroir, je dénouais en un seul geste mon chignon et je cachais l’épingle dans le tiroir de la coiffeuse. Je retrouvais mes cheveux longs, mes cheveux blonds.
Puis, je dévalais l’escalier ciré pour embrasser Flore, Alain, Cathou dont les doigts constellés de grains de farine se posaient sur mes joues. Le chat se frottait à mes jambes. Je l’accompagnais dans le jardin. Les senteurs des plantes saturaient l’air. L’herbe, un peu sèche, craquait sous mes pieds.
Au fond du jardin, la petite barrière était ouverte. Malgré l’interdiction, je sortais en cachette. J’entendais battre mon cœur. Je voulais précéder le bonheur.

Encore une fois, je n’ai pas changé dans ce témoignage l’ordre des différentes évocations qui traduit bien pour Berthe la progression de sa libération : à partir du moment où la cloche sonne, les étapes s’enchaînent et les différents motifs de la liberté retrouvée se succèdent (les sandales chaussées, le soleil sur le front, l’odeur de la confiture dans la chambre, la robe revêtue, les cheveux déliés, les baisers, puis le jardin et l’échappée…) Pour accentuer l’évocation de la délivrance, j’ai juxtaposé les propositions ; ce qui crée un rythme rapide à l’image de l’urgence joyeuse que devait ressentir Berthe. Le choix de certains verbes de mouvement comme « dévaler », « accompagner », « sortir » préparent le lecteur à la révélation finale de l’intention de Berthe (« Je voulais être en avance pour toutes ces choses joyeuses qui s’annonçaient ») que j’ai définie par une expression plus concise mais – je le pense – fidèle à ce qu’elle voulait vivre alors, à savoir « précéder le bonheur ». Aux verbes de perception employés par ma narratrice, j’ai substitué des notations sensorielles qui mettent précisément en scène le souvenir : « l’odeur de la confiture chaude de reines-claudes », « les senteurs des plantes », l’herbe sèche  qui « craquait sous les pieds ». En outre, j’ai voulu varier les expressions traduisant l’empressement avec lequel Berthe se métamorphose : « je dénouais vite mon chignon » devient « je dénouais en un seul geste mon chignon ». Enfin, je propose à Berthe de donner quelques détails qui apporteraient une dimension poétique à ce souvenir qui est de l’ordre de l’émerveillement renouvelé à chaque congé : c’est pourquoi j’ai choisi certaines expressions comme « les doigts constellés de grains de farine » ou encore des jeux sur des échos sonores : « mes cheveux longs », « mes cheveux blonds ». Je me suis efforcée de faire revivre, par ces images poétiques, un souvenir lointain et de le réactualiser pour atténuer peut-être la nostalgie toujours présente de Berthe. Le souvenir, ainsi, ne serait pas perdu. Le choix de mots littérairement précis pourrait en ranimer les sensations comme si Berthe les avait éprouvées hier…

Lors du prochain article, je relaterai la restitution de la biographie achevée à ma cliente.

A bientôt,

à la fenêtre des mots.

Géraldine Andrée Muller

Publié dans Berthe mon amie

Un cas concret d’écriture biographique : la rencontre avec Berthe

Je vous transmets, comme modèle de mon travail et en guise d’exemple, un cas concret d’écriture qui a validé ma formation au CNED avec mention Très Bien, rédigé dans le cadre d’un mémoire professionnel.

Je retrace, ici, le contact avec ma cliente qui est une personne âgée et le dessein ou dessin d’écriture qui se dégage de cette rencontre :

***

« J’ai toujours eu peur d’être arrachée aux choses… » me dit Berthe, en versant du thé dans des tasses de porcelaine bleue.

Le salon de Berthe contient tant de souvenirs de sa longue vie… Ici, un buffet profond. Là, un vaisselier en vieux bois de chêne qui craque parfois la nuit, me dit-elle ; près de la crédence sur laquelle sont disposées les photographies de ses petites-filles, une horloge très haute dont le balancier d’or scande les silences entre nos paroles.

« J’ai toujours eu peur d’être arrachée aux choses… Ce sentiment vient des années de pensionnat qui ont déterminé le cours de mon existence. Quand j’étais bien, heureuse dans la maison de Beaujour, je savais que ce bonheur ne durerait pas et que je reprendrais une vie plus triste pendant six longues semaines au sévère pensionnat du Luxembourg. Ces départs et ces retours successifs m’ont appris que rien ne durait, ni le chagrin, ni la joie, ni même l’ennui. Pour cette raison, je me dépêchais, quand j’étais heureuse, de savourer ce bonheur car il pouvait m’échapper, comme les fins de dimanches quand mon père me rappelait qu’il fallait que je fasse vite ma valise pour la pension… »

Berthe est la grand-mère d’une collègue qui s’avère aussi être mon amie. Elle est âgée de quatre-vingts ans.

« J’ai voulu raconter ma vie, quand j’étais jeune, surtout ces années d‘adolescence, vécues entre emprisonnement et liberté ; j’avais même commencé au début de mon mariage un journal intime que je n’ai pas poursuivi. Je l’ai perdu pendant un déménagement. Et puis, vous savez, avec le ménage, les enfants, le mariage… J’ai oublié mon envie d’écrire. Maintenant, je suis trop vieille. Mes yeux ne voient plus bien. Et je me fatigue vite. Pourtant, je n’ai pas envie de quitter ce monde sans avoir laissé une trace, une petite biographie sur mon adolescence… Relire ce récit de vie écrit par vos soins me permettra de comprendre cette nostalgie… Peut-être que je me sentirai plus apaisée, après… »

Je suis d’accord pour écrire un pan de la vie de Berthe. C’est à cette fin que mon amie m’a envoyée près d’elle.

Je dis à Berthe que c’est un peu dommage que ce journal intime ait été perdu, car j’aurais pu partir de ces anciennes pages pour écrire les nouvelles, fidèlement à son souvenir. Il eût ainsi constitué un document précieux.

Berthe s’exclame :
« Oh ! Cela ne fait rien ! Je n’y vois plus bien mais j’ai encore bonne mémoire. Je pourrai vous raconter de vive voix. Et puis… » Berthe fait quelques pas, tourne une petite clé dans le tiroir d‘une table ronde, en sort un album de velours rouge qu’elle ouvre, soulève un voile de papier blanc, glisse délicatement des pochettes transparentes trois photographies qu’elle me tend, d’une main visiblement tremblante d’émotion :

« Tenez ! Je vous les prête pour ce soir ! Vous pourrez les regarder tranquillement chez vous ! Vous me les rendrez demain. »

Le rendez-vous est donc pris pour le lendemain 10 mai après-midi, à la même heure. Je viendrai avec un calepin pour prendre des notes sur cet épisode central de la vie de Berthe, qui dura toute son adolescence : les allers et retours entre la maison de Beaujour et le pensionnat du Luxembourg qui créèrent en elle un profond sentiment d’instabilité qu‘elle voudrait dire afin de mieux l‘exorciser.

Chez moi, sous la lampe du soir, je contemple les trois photographies.
Elles sont en noir et blanc, comme toutes celles prises à l’époque de la jeunesse de Berthe.

Sur la première photo, on voit une grande maison blanche dans un berceau de feuilles ; une allée y mène, bordée de verdure. Au moment où cette photographie a été prise, l’air mêlé de chants d’oiseaux doit bruire, frissonner. C’est l’été. L’allée invite à entrer ici ; d’ailleurs, la grille est ouverte. Il suffirait d’un pas…C’est une photographie baignée de soleil et d’ombrages. Berthe devait être heureuse dans la demeure de son enfance. Sur mon calepin d’aide à l’écriture, je note ces mots : « insouciance », « rêverie », « temps », « cachette », « durée », « éternité ». Bien sûr, ce sont mes mots, ceux que la photographie m’inspire, pas ceux de Berthe ; je ne les utiliserai pas forcément dans le récit de vie que je dois écrire pour la vieille dame, sauf si cette dernière les emploie elle-même, mais ces quelques mots ont le mérite de m’orienter vers une piste d’écriture et la photographie, quant à elle, spatialise la jeunesse de Berthe.

Sur la deuxième photo, s’élève une bâtisse austère, grise, aux fenêtres toutes similaires, entourant une cour au centre de laquelle pose une classe d’une trentaine de jeunes filles vêtues d’uniforme – veste noire, chemisier blanc, jupe de laine noire, collants et souliers épais. Les sourires sur les visages sont figés ; les lèvres sont serrées ; les cheveux sont relevés en chignon. Au deuxième rang, la pointe d’un feutre noir a entouré le visage d’une jeune fille, un peu plus petite que les autres, qui esquisse à peine un sourire ; le regard fixe quelque chose d’indéfinissable, qui se situe plus loin que l’objectif de l’appareil. C’est Berthe.

Je note ces mots : « uniformité »,  « ordre », « rigueur », « obéissance », et aussi « durée », « éternité » qui revêtent, bien sûr, une réalité contraire à celle évoquée précédemment. Sur la photographie précédente, le temps se dilate dans le bonheur ; Berthe ne devait pas le sentir passer. Sur cette photographie, en revanche, le temps doit traîner dans la monotonie, l’abnégation et l’ennui. Telles sont mes impressions visuelles et affectives devant de telles images.

Sur la troisième photo, voici à nouveau Berthe debout devant un guéridon au pied duquel fleurit une plante. Le décor de la photographie est convenu, comme c’était l’usage.

La posture de Berthe est étudiée : la main gauche posée sur le guéridon, la silhouette un peu de biais mais toujours droite. Berthe est vêtue d’une robe blanche, liée par une fine ceinture à la taille.

Elle porte un chapeau où sont accrochées quelques roses – sans doute artificielles. La photographie a dû être prise un jour de fête, un dimanche à la fin du printemps. Du chapeau de Berthe tombe une rivière de cheveux longs et clairs. La jeune fille paraît âgée de quatorze ans ; elle sourit, certes, sans desserrer les lèvres ; mais le sourire est plus accentué que sur la photo du pensionnat. Il creuse d’ailleurs quelques fossettes sur son visage encore poupin. Telle est Berthe qui vit chez elle, en compagnie de ses parents, de sa famille. Telle est aussi la destinée de cette timide jeune fille qui expérimente l’existence dans deux endroits opposés – la maison de Beaujour et le pensionnat du Luxembourg, où le temps s‘écoule si différemment, selon qu‘elle est en vacances ou scolarisée. Je scrute le regard de Berthe. Les yeux sont bleus, un peu rieurs mais j’y décèle encore une pointe de nostalgie. Sur mon calepin, je note : « Berthe, enfant sensible », « je pense qu’elle éprouve un intense désir de liberté qu’elle bride en raison de son éducation d‘alors, celle d‘une jeune fille bourgeoise que ses parents veulent bien ranger. » Si le récit de la vieille dame se confirme lors du prochain rendez-vous, je lui proposerai de mettre en valeur ce profond désir de liberté inhérent à sa personnalité de jadis et qui, parce qu’il était opprimé, éveillait peut-être en son cœur ce perpétuel sentiment « d’arrachement aux choses ».

Voilà un exemple de prise de contact.

Dans le prochain article, je vous montrerai le processus de transcription des souvenirs de ma cliente.

A bientôt,

à la fenêtre des mots.

Géraldine Andrée Muller

Publié dans Ecrire pour autrui

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