Quand j’écris, je fais apparaître le matin que je préfère.
Comme ceci :
Que le murmure vienne des voix d’en bas je serai le sang neuf qui en irriguera ma chambre
Que les grains du temps soient à moudre je serai leur profonde carafe de porcelaine
Que la lumière se mêle à la soie blanche de la taie je serai l’une de ses mèches
Que le silence referme son mouchoir sur le chagrin de la veille je serai la paume qui le contient
Que le souvenir des absents traverse les murs je serai leur cortège
Quand un rayon de soleil souligne les lattes de bois il est déjà mon pas
Quand mon souffle me réveille il a déjà frémi au bord de chacun de mes cils pour que s’ouvrent mes paupières sur la seule présence de la fenêtre
Quand la patte du chat gratte la porte elle a déjà trouvé dans les replis de l’ombre les gemmes du jour
Et quand les lueurs de celles-ci se révèlent je sais qu’elles se poseront dans un instant en points de suspension sur ma page
Sous ma couverture la couverture dorée
de ce livre qui rejoint la compagnie de tous les autres
Dans l’angle le papillon de ma lampe
qui a pris ma table pour corolle
juste avant que les couleurs de ses ailes ne s’éteignent
Voici le moment de porter le premier mot à mes lèvres
celui qui se détache du chapelet des heures à venir
et de prier
le jardin le thym la nèfle et le pain
dont le merle picore les miettes
entre deux notes
Géraldine Andrée
Et pour le poème en audio, c’est ici !
