Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
Il pleut
des trombes
Elle attend le bus
Treize
Sa sœur passe
devant elle
en voiture
sans s’arrêter
Elle éprouve
le regret
que sa sœur
ne soit pas
une inconnue
pour elle
qu’elle ne soit pas
une inconnue
pour sa sœur
car elle n’aurait pas éprouvé
tant de peine
à attendre
ainsi
le bus Treize
depuis le cimetière
tandis qu’il pleut
à verse
Géraldine Andrée
– Je cherche
un cahier
aux immenses
pages
blanches
pour que les plumes
de mes rêves
volent
jusqu’à moi
et me donnent
des ailes
– En fait
tu cherches
le ciel
sur lequel
écrire
Géraldine Andrée

Tout cahier est un oiseau qui ouvre ses ailes
Sa mère lui dit
Ta sœur morte
était plus sage
que toi
Alors elle veut mettre
sa vie
en points
de suspension
disparaître
au point
qu’elle s’efface
tout de suite
et qu’elle se retire
en silence
dans sa chambre
pour écrire
Géraldine Andrée
Elle s’est endormie
à l’aube
couchée
près de son cahier
aussi fatiguée
qu’après une longue
nuit
d’amour
Géraldine Andrée
Elle examine
du doigt
toutes les marques
qu’il a laissées
Il a vraiment
pris
son corps
pour du papier
Géraldine Andrée
Il a prévu
pour eux deux
trois musiciens
une chandelle
une bouteille
de vin
du meilleur cru
Comme
c’est romantique
La soirée
promet
d’être bonne
Mais cet homme
bedonne
Forcément
c’est son oncle
Géraldine Andrée
Il lui écarte
les cheveux
des yeux
et lui dit
son souffle
très près
de sa bouche
Tu es exquise
Elle sourit
bien sûr
bien qu’elle ne soit pas
très sûre
de ressentir
du plaisir
à devenir
ce soir
dans l’ombre
de cette chambre
qui l’entoure
une cerise
Géraldine Andrée
Il sonne
puis il frappe
à la porte
plusieurs fois
Mais elle n’ouvrira pas
aujourd’hui
Elle n’ouvrira pas davantage
demain
Il lui en a fallu
du temps
pour prendre
conscience
qu’il tambourinait
ainsi
dans son corps
Maintenant
c’est fait
puisqu’elle note
dans son journal
intime
Désormais
je n’invite plus
n’importe qui
Un point
c’est tout
Géraldine Andrée